II

Où fuit l’impie, en fuyant Dieu?

Où vont, où fuient loin de vous ces hommes sans repos et sans équité?

Vous le voyez; votre regard perce leurs ténèbres; laideur obscure qui

fait ressortir la beauté de l’ensemble. Quel mal ont-ils pu vous faire?

Quelle atteinte porter à votre empire qui demeure dans sa justice et son

inviolabilité du plus haut des cieux au plus profond des abîmes? «Où

ont-ils fui, en fuyant votre face»? Où pouvaient-ils vous échapper? Ils

ont fui, afin de ne pas voir celui qui les voit, pour heurter contre

vous dans leur aveuglement. Car «vous n’abandonnez rien de ce que vous

avez fait». Les injustes vous ont rencontré pour leur juste supplice;

ils se sont dérobés à votre douceur, pour trouver votre rectitude et

tomber dans votre âpreté. Ils ignorent que vous êtes partout, vous pour

qui l’espace n’est pas, et que seul vous êtes présent même à ceux qui

vous fuient.

Qu’ils se retournent donc et qu’ils vous cherchent; car pour être

abandonné de ses créatures, le Créateur ne les abandonne pas. Qu’ils se

retournent et qu’ils vous cherchent! Mais vous êtes dans leur cœur, dans

le cœur de ceux qui vous confessent, qui se jettent dans vos bras, qui

pleurent dans votre sein au retour de leurs pénibles voies. Père tendre,

vous essuyez leurs larmes, et ils pleurent encore, et ils trouvent leur

joie dans ces pleurs; car ce n’est pas un homme de chair et de sang,

mais vous-même, Seigneur, qui les consolez, vous, leur Créateur, qui les

créez une seconde fois! Et où étais-je, quand je vous cherchais? Et vous

étiez devant moi, mais absent de moi-même, et ne me trouvant pas, que

j’étais loin de vous trouver!

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 87 / 306 题