Les créatures changent; Dieu seul est immuable.
Ne sois pas vaine, ô mon âme! prends garde de perdre l’ouïe du cœur dans
le tumulte de tes vanités. Écoute donc aussi: Le Verbe lui-même te crie
de revenir; là est le lieu du repos inaltérable, où l’amour n’est pas
renoncé s’il ne renonce lui-même. Vois; ces objets passent, d’autres
leur succèdent, et de ces éléments particuliers se forme l’universalité
de l’ordre inférieur. Et moi, est-ce que je passe? dit le Verbe de Dieu;
fixe ici ta demeure; place ici tout ce que tu possèdes, ô mon âme! car
tu dois être lasse de mensonges. Remets à la vérité tout ce que tu as
reçu de la vérité, et tu ne perdras rien; tes plaies seront fermées, tes
langueurs guéries, tout ton être éphémère rétabli, renouvelé, lié à
toi-même; il ne te portera plus au lieu où il descend, mais il
subsistera avec toi, appuyé à la stabilité permanente de Dieu.
Pourquoi t’égarer à suivre ta chair? Elle-même, que ne revient-elle à te
suivre? Que connais-tu par elle? Quelques parties d’un tout que tu
ignores, et tu te complais en si peu! Mais si le sens charnel était
capable de comprendre ce tout, et s’il n’eût reçu pour son châtiment de
justes bornes, tes désirs hâteraient le passage de tout ce qui existe
dans le présent, afin de jouir de l’ensemble. C’est par ce sens charnel
que tu entends la parole, et tu ne demandes pas l’immobilité des
syllabes, mais leur rapide écoulement, et l’arrivée des dernières pour
entendre le tout. Et toutes choses forment un certain ensemble, non par
coexistence, mais par succession, et le tout a plus de charmes que la
partie, quand il se laisse voir aux sens. Mais combien est plus
excellent celui qui a fait cet ensemble de toutes choses! Et celui-là,
c’est notre Dieu. Et il ne passe pas, parce que rien ne lui succède. Si
les corps te plaisent, prends-en sujet de le louer; réfléchis ton amour
vers leur auteur, de peur qu’en t’arrêtant à ce qui te plaît, tu ne lui
déplaises.