Les âmes trouvent en Dieu le repos et l’immortalité.
Si les âmes te plaisent, aime-les en Dieu. Muables en elles-mêmes, elles
sont fixes et immuables en lui; sans lui elles s’évanouiraient dans le
néant. Qu’elles soient donc aimées en lui. Entraîne avec toi vers lui
toutes celles que tu peux, et dis-leur: Aimons-le, aimons-le. Il a tout
fait, et il «n’est pas loin» de ses créatures. Il ne s’est pas retiré
après les avoir faites, mais c’est en lui, comme de lui, qu’elles ont
leur être. Voici où il est: où réside le goût de la vérité, dans
l’intimité du cœur; mais le cœur s’est détourné de lui, «Revenez à votre
cœur, hommes de péchés, et rattachez-vous à celui qui vous a faits[94]».
Demeurez avec lui, et vous serez debout. Reposez-vous en lui, et vous
serez tranquilles. Où allez-vous? au milieu des précipices? Où
allez-vous? Le bien que vous aimez vient de lui. Bien véritable et doux
tant que vous l’aimerez pour Dieu, il deviendra justement amer, si vous
avez l’injustice de l’aimer sans son auteur. Pourquoi vous engager ainsi
dans ces sentiers rudes et laborieux? Le repos n’est pas où vous le
cherchez. Cherchez votre recherche; il n’est pas où vous cherchez. Vous
cherchez la vie bienheureuse dans la région de la mort; elle n’est pas
là. Comment la vie bienheureuse serait-elle où la vie même n’est pas?
[94] Isai., XLVI, 8.
Et notre véritable vie est descendue ici-bas, et elle s’est chargée de
notre mort, et elle a tué notre mort par l’abondance de sa vie. Et sa
voix a retenti comme un tonnerre, afin que nous revinssions à lui dans
le secret d’où il s’est élancé vers nous, quand, descendu de ce sein
virginal, où il a épousé la créature humaine, la chair mortelle pour la
soustraire à la mort, «il est sorti comme l’époux de sa couche, et comme
un géant qui dévore sa carrière[95]». Il ne s’est point arrêté, mais il
a couru, criant par ses paroles, ses actions, sa mort, sa vie, sa
descente aux enfers, son ascension, que nous retournions à lui. Et il a
disparu de nos yeux, afin que, rentrant dans notre cœur, nous l’y
trouvions. Il s’est retiré, le voilà, il est ici. Il n’a pas voulu être
longtemps avec nous, et il ne nous a pas quittés. Il est retourné d’où
il n’était jamais sorti; «car le monde a été fait par lui; et il était
dans ce monde, et dans ce monde il est venu sauver les pécheurs[96]».
[95] Ps. XVIII, 6.
[96] Joan., I, 10; I Tim., I, 15.
C’est de lui que mon âme implore sa guérison, «parce qu’elle a péché
contre lui. Fils des hommes, jusques à quand porterez-vous un cœur
appesanti[97]?» La vie est descendue vers vous, et vous ne voulez pas
monter vers elle et vivre? Mais où monterez-vous, puisque vous êtes en
haut, le front dans les cieux? Descendez pour monter, pour monter
jusqu’à Dieu. Vous êtes tombés en montant contre lui. Dis-leur cela, ô
mon âme! afin qu’ils pleurent dans cette vallée de larmes, dis, et
emporte-les avec toi vers Dieu; car tu parles par son esprit, si ta
parole est brûlante de charité.
[97] Ps. XL, 5; Ps. IV, 3.