XII

Les âmes trouvent en Dieu le repos et l’immortalité.

Si les âmes te plaisent, aime-les en Dieu. Muables en elles-mêmes, elles

sont fixes et immuables en lui; sans lui elles s’évanouiraient dans le

néant. Qu’elles soient donc aimées en lui. Entraîne avec toi vers lui

toutes celles que tu peux, et dis-leur: Aimons-le, aimons-le. Il a tout

fait, et il «n’est pas loin» de ses créatures. Il ne s’est pas retiré

après les avoir faites, mais c’est en lui, comme de lui, qu’elles ont

leur être. Voici où il est: où réside le goût de la vérité, dans

l’intimité du cœur; mais le cœur s’est détourné de lui, «Revenez à votre

cœur, hommes de péchés, et rattachez-vous à celui qui vous a faits[94]».

Demeurez avec lui, et vous serez debout. Reposez-vous en lui, et vous

serez tranquilles. Où allez-vous? au milieu des précipices? Où

allez-vous? Le bien que vous aimez vient de lui. Bien véritable et doux

tant que vous l’aimerez pour Dieu, il deviendra justement amer, si vous

avez l’injustice de l’aimer sans son auteur. Pourquoi vous engager ainsi

dans ces sentiers rudes et laborieux? Le repos n’est pas où vous le

cherchez. Cherchez votre recherche; il n’est pas où vous cherchez. Vous

cherchez la vie bienheureuse dans la région de la mort; elle n’est pas

là. Comment la vie bienheureuse serait-elle où la vie même n’est pas?

[94] Isai., XLVI, 8.

Et notre véritable vie est descendue ici-bas, et elle s’est chargée de

notre mort, et elle a tué notre mort par l’abondance de sa vie. Et sa

voix a retenti comme un tonnerre, afin que nous revinssions à lui dans

le secret d’où il s’est élancé vers nous, quand, descendu de ce sein

virginal, où il a épousé la créature humaine, la chair mortelle pour la

soustraire à la mort, «il est sorti comme l’époux de sa couche, et comme

un géant qui dévore sa carrière[95]». Il ne s’est point arrêté, mais il

a couru, criant par ses paroles, ses actions, sa mort, sa vie, sa

descente aux enfers, son ascension, que nous retournions à lui. Et il a

disparu de nos yeux, afin que, rentrant dans notre cœur, nous l’y

trouvions. Il s’est retiré, le voilà, il est ici. Il n’a pas voulu être

longtemps avec nous, et il ne nous a pas quittés. Il est retourné d’où

il n’était jamais sorti; «car le monde a été fait par lui; et il était

dans ce monde, et dans ce monde il est venu sauver les pécheurs[96]».

[95] Ps. XVIII, 6.

[96] Joan., I, 10; I Tim., I, 15.

C’est de lui que mon âme implore sa guérison, «parce qu’elle a péché

contre lui. Fils des hommes, jusques à quand porterez-vous un cœur

appesanti[97]?» La vie est descendue vers vous, et vous ne voulez pas

monter vers elle et vivre? Mais où monterez-vous, puisque vous êtes en

haut, le front dans les cieux? Descendez pour monter, pour monter

jusqu’à Dieu. Vous êtes tombés en montant contre lui. Dis-leur cela, ô

mon âme! afin qu’ils pleurent dans cette vallée de larmes, dis, et

emporte-les avec toi vers Dieu; car tu parles par son esprit, si ta

parole est brûlante de charité.

[97] Ps. XL, 5; Ps. IV, 3.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 81 / 306 题