VIII

Ce qu’il avait aimé dans ce larcin.

Malheureux! quel avantage trouvais-je donc alors dans ces actions, dont

aujourd’hui la pensée me fait rougir, et surtout dans ce vol où je

n’aimai que lui, rien que lui; rien sans doute, car lui-même n’était

rien, ô misère! Et pourtant seul je ne l’eusse pas fait. Ma mémoire me

représente bien mon âme alors; non, seul, je ne l’eusse pas fait. C’est

donc, en outre, la société de mes complices que j’ai aimée. J’ai donc

aimé autre chose que le vol? Mais quoi? rien; car cela même encore n’est

rien.

Qu’y a-t-il donc là en réalité? Qui me l’enseignera, que Celui qui

éclaire mon cœur et en dissipe les ténèbres? Quelle est enfin la cause

de cet acte coupable? Mon esprit la recherche; il la poursuit; il veut

la pénétrer. Si j’aimai ces fruits, si je les désirai, que ne les

volai-je seul? Ne suffisait-il pas à ma convoitise de commettre

l’iniquité, sans envenimer par le frottement de la complicité les

démangeaisons de mon désir? Mais ce plaisir que ces fruits ne me

donnaient pas, je ne le trouvais dans le péché que par cette association

de pécheurs.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 60 / 306 题