XVII

Vanité de ses études.

Permettez-moi, mon Dieu, de parler encore de mon intelligence, votre

don; en quels délires elle s’abrutissait! Grande affaire, et qui me

troublait l’âme par l’appât de la louange, par la crainte de la honte et

des châtiments, quand il s’agissait d’exprimer les plaintes amères de

Junon, «impuissante à détourner de l’Italie le chef des Troyens[73]»,

plaintes que je savais imaginaires; mais on nous forçait de nous égarer

sur les traces de ces mensonges poétiques, et de dire en libre langage

ce que le poète dit en vers. Et celui-là méritait le plus d’éloges qui,

fidèle à la dignité du personnage mis en scène, produisait un sentiment

plus naïf de colère et de douleur, ajustant à ses pensées un vêtement

convenable d’expression. Eh! à quoi bon, ô ma vraie vie, ô mon Dieu! A

quoi bon cet avantage sur la plupart de mes condisciples et rivaux, de

voir mes compositions plus applaudies? Vent et fumée que tout cela.

N’était-il pas d’autre sujet pour exercer mon intelligence et ma langue?

Vos louanges, Seigneur, vos louanges dictées par vos Écritures mêmes,

eussent soutenu le pampre pliant de mon cœur. Il n’eût pas été emporté

dans le vague des bagatelles, triste proie des oiseaux sinistres; car il

est plus d’une manière de sacrifier aux anges prévaricateurs.

[73] _Æneid._, I, 36, 75.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 50 / 306 题