II

Dieu est en l’homme; l’homme est en Dieu.

Et comment invoquerai-je mon Dieu, mon Dieu et Seigneur? car l’invoquer,

c’est l’appeler en moi. Et quelle place est en moi, pour qu’en moi

vienne mon Dieu, pour que Dieu vienne en moi, Dieu qui a fait le ciel et

la terre? Quoi! Seigneur mon Dieu, est-il en moi de quoi vous contenir?

Mais le ciel et la terre que vous avez faits, et dans qui vous m’avez

fait, vous contiennent-ils?

Or, de ce que sans vous rien ne serait, ne suit-il pas que tout ce qui

est, vous contienne? Donc, puisque je suis, comment vous demandé-je de

venir en moi, qui ne puis être sans que vous soyez en moi? Et pourtant

je ne suis point aux lieux profonds, et vous y êtes; car «si je descends

en enfer je vous y trouve[60]».

[60] Ps. CXXXVIII, 8.

Je ne serais donc point, mon Dieu, je ne serais point du tout si vous

n’étiez en moi. Que dis-je? je ne serais point si je n’étais en vous,

«de qui, par qui et en qui toutes choses sont[61]». Il est ainsi,

Seigneur, il est ainsi. Où donc vous appelé-je, puisque je suis en vous?

D’où viendrez-vous en moi? Car où me retirer hors du ciel et de la

terre, pour que de là vienne en moi mon Dieu qui a dit: «C’est moi qui

remplis le ciel et la terre?[62]»

[61] Rom., XI, 36.

[62] Jérém., XXIII, 24.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 37 / 306 题