Dernière maladie de saint Augustin.
Il arriva qu’un jour, étant réunis à table et conversant ensemble, il
nous dit: «Écoutez-moi; ce que je demande à Dieu dans cette affliction,
c’est qu’il lui plaise de délivrer cette ville des ennemis qui
l’assiègent, ou, s’il en a ordonné autrement, qu’il donne à ses
serviteurs la force de soutenir le poids de sa volonté, ou du moins
qu’il me retire du siècle pour m’appeler à lui». Nous profitâmes de
cette parole et de cette instruction, et tous nous nous joignîmes à lui,
ainsi que la ville entière, adressant à Dieu les mêmes instances. Et en
effet, le troisième mois du siège, il fut pris de la fièvre, obligé de
se mettre au lit, et cette dernière maladie ajoutait encore à ses vives
souffrances. Dieu ne refusa pas à son serviteur le fruit de sa prière,
comme il avait souvent exaucé en d’autres temps les prières et les
larmes que le saint avait versées, soit pour lui-même, soit pour la
ville. Prêtre et évêque, on vint plus d’une fois lui demander ses
prières pour des possédés; j’en ai été témoin; il offrait alors à Dieu
ses prières avec ses larmes, et les démons abandonnaient leur proie. Il
était à son lit de mort; un homme vint avec son fils malade et le pria
d’imposer les mains sur son enfant pour lui rendre la santé. Le saint
répondit que s’il avait ce pouvoir de guérir, il eût commencé par
lui-même. Mais cet homme lui dit qu’il avait eu une vision dans son
sommeil, et qu’il avait entendu cette parole: «Va trouver l’évêque
Augustin; qu’il impose les mains, et ton fils sera sauvé». Augustin le
fit alors sans différer; et aussitôt, par la grâce du Seigneur, le
malade s’en retourna guéri.