Sa charité envers les pauvres et les malades.
Il gardait dans ses visites la règle prescrite par l’apôtre[36]; il
n’allait voir que les orphelins et les veuves dans leur affliction.
Lorsque les malades le demandaient pour qu’il vînt prier Dieu pour eux
et leur imposer les mains, il accourait. Quant aux monastères de femmes,
il ne les visitait que dans une extrême nécessité.
[36] Jac., I, 27.
Il disait qu’un serviteur de Dieu devait observer dans sa vie et sa
conduite certaines maximes qu’il tenait d’Ambroise, de sainte mémoire,
savoir: de ne faire pour personne aucune demande de mariage, de ne pas
appuyer de sa recommandation ceux qui veulent entrer dans la carrière
militaire, et de n’accepter dans son pays aucune invitation aux festins.
Et il rendait raison de chacune de ces maximes. Il fallait craindre
qu’une union malheureuse n’attirât sur l’auteur de cette union la
malédiction des époux. Toutefois, quand les partis étaient d’accord, le
prêtre devait se rendre à leur invitation, pour confirmer et bénir leurs
mutuelles promesses. Quant au refus de recommander ceux qui se
destinaient aux emplois militaires, c’était de peur qu’ils ne
compromissent par une mauvaise conduite la recommandation qui les avait
produits. Il fallait craindre enfin que l’occasion fréquente des festins
hors de chez soi ne fît perdre la règle de la tempérance.
Il nous rappelait encore souvent, avec de grands éloges, une sage et
pieuse réponse de cet évêque de bienheureuse mémoire arrivé au terme de
ses jours. Dans sa dernière maladie, entouré de l’élite des fidèles,
qui, réunis auprès de son lit, et le voyant sur le point de passer du
siècle à Dieu, songeaient avec douleur que l’Église de Dieu allait être
privée de ce grand dispensateur des Sacrements et de la parole divine,
et le conjuraient en pleurant de demander lui-même au Seigneur la
prolongation de sa vie, le saint évêque leur répondit: «Je n’ai point
vécu de manière à rougir de vivre encore au milieu de vous; mais je ne
crains pas non plus de mourir, parce que nous avons un bon maître».
Augustin, dans sa vieillesse, admirait l’urbanité et la mesure de ces
paroles. Il remarquait avec éloges qu’en disant: Je ne crains pas de
mourir, parce que nous avons un bon maître, saint Ambroise voulait
écarter jusqu’au soupçon d’une présomptueuse confiance dans la pureté de
sa vie, dont on eût pu accuser cette autre parole: Je n’ai pas vécu de
manière à rougir de vivre encore au milieu de vous. Et il parlait ainsi
eu égard à ce que l’homme peut connaître de l’homme. Mais, sachant quel
examen il faut subir devant la justice divine, il se reposait sur la
bonté du Seigneur, à qui il disait, dans sa prière de chaque jour:
«Remettez-nous nos dettes[37]».
[37] Matth., VI, 12.
Le saint citait encore très souvent les paroles d’un évêque de ses amis
qui touchait à ses derniers moments, et qu’il venait visiter. L’évêque,
aux approches de la mort, lui faisait signe de la main que bientôt il
allait franchir le seuil du siècle. Augustin lui répondit qu’étant si
nécessaire à l’Église, il pouvait vivre encore. Mais le mourant, pour
éloigner de lui l’apparence d’être retenu par l’amour de la vie: «Si
l’on ne devait jamais mourir, reprit-il, à la bonne heure; mais
puisqu’il faut mourir un jour, pourquoi pas à l’instant?» Et le saint
admirait qu’une telle parole fût sortie des lèvres d’un homme né et
élevé dans une métairie, craignant Dieu à la vérité, mais peu initié la
culture de l’esprit, et il opposait ces sentiments à ceux d’un autre
évêque malade, dont le martyr Cyprien, dans sa lettre sur la peste,
parle ainsi: «Un de nos collègues dans le sacerdoce, sentant ses forces
épuisées et les angoisses de la mort prochaine, pria Dieu de lui
accorder quelques jours encore. A sa prière, parut auprès du mourant un
jeune homme éclatant de majesté, d’une taille haute, d’un aspect
éblouissant, et qui ne pouvait être visible qu’à des yeux près de se
fermer. Et une voix frémissante d’indignation fit entendre ces mots:
«Vous craignez de souffrir! vous refusez de partir! que ferai-je de
vous[38]?»
[38] Cypr., _De Mortalitate_.