Équité et charité de saint Augustin dans le jugement des procès.
«Quelqu’un parmi vous, dit l’Apôtre, ayant un différend avec un autre
fidèle, ose-t-il bien plaider devant des hommes injustes et non devant
les saints? Ne savez-vous pas que les saints jugeront ce monde? Et si
vous êtes les juges du monde, êtes-vous indignes de juger les moindres
choses? Ne savez-vous pas que nous serons les juges des anges mêmes?
Combien plus le serons-nous des choses du siècle! Si donc vous avez
entre vous des différends temporels, prenez pour juges les moindres
membres de l’Église. Je vous le dis pour vous faire honte: est-il
possible qu’il ne se trouve point parmi vous un seul homme sage qui
puisse être juge entre ses frères? Mais un frère plaide contre son
frère, et cela devant les infidèles[24]»! Or, quand saint Augustin était
prié par des chrétiens ou par des hommes appartenant une secte quelle
qu’elle fût, il écoutait l’affaire avec attention et piété, ayant en
même temps devant les yeux ce qu’un autre avait dit à ce sujet: qu’il
aimait mieux être juge entre des personnes inconnues qu’entre ses amis,
parce qu’entre les premiers, celui en faveur de qui la justice
l’obligeait de prononcer pouvait être acquis à son amitié, au lieu que,
jugeant entre ses amis, il était en danger de perdre celui qu’il
condamnait. Il siégeait souvent ainsi jusqu’à l’heure de son repas; et
lorsqu’il jeûnait le jour entier, il donnait tout ce temps à écouter ces
sortes d’affaires et à les vider. Et en écoutant les plaideurs, il
examinait l’état de leurs âmes, il remarquait le degré où chacun d’eux
était avancé dans la foi et dans les bonnes œuvres, et quand il trouvait
le moment favorable, il enseignait aux parties la vérité de la loi
divine, il la leur inculquait de tout son pouvoir, les exhortant par ses
paroles à chercher la vie éternelle. Il ne leur demandait pour prix du
temps qu’il leur donnait que cette obéissance et cette charité
chrétienne qui est due à Dieu et aux hommes. Mais il reprenait les
pécheurs devant tous, afin que les autres eussent de la crainte; et il
agissait ainsi, comme la sentinelle du Seigneur commise à la garde de la
maison d’Israël, annonçant la parole, pressant les hommes à temps et à
contre-temps, reprenant, suppliant, menaçant, toujours plein de patience
et de lumières; donnant tous ses soins à former ceux qui étaient
capables et à instruire les autres[25]. Souvent, à la prière de
plusieurs, il écrivait des lettres relatives à leurs affaires
temporelles; et cette occupation était de celles qu’il mettait au nombre
des plus pénibles et des plus onéreuses, lui qui n’avait d’autre joie
que de parler et de s’entretenir des choses de Dieu dans l’intimité de
la vie fraternelle.
[24] I Cor., VI.
[25] I Tim., V; II Tim., IV, 2.