Il intercédait en faveur des coupables.
Nous savons qu’il a souvent refusé à ses plus chers amis des lettres de
recommandation auprès des puissances du siècle, disant qu’il fallait
suivre le sentiment d’un sage, dont il est rapporté qu’il refusa
plusieurs services à ses amis par égard pour sa propre réputation. Il
ajoutait encore que la puissance qui oblige s’impose bientôt. Mais quand
il se voyait obligé d’intercéder pour quelqu’un, il le faisait avec tant
de convenance et de modération, que, loin de se rendre importun et
onéreux, on admirait sa réserve. Ayant, dans une occasion importante,
intercédé à sa manière en faveur d’un suppliant, auprès de Macedonius,
vicaire de l’Afrique, celui-ci, non content de se rendre à son désir,
lui écrivit encore en ces termes: «Je suis merveilleusement touché de la
sagesse qui brille et dans les livres que tu as mis au jour et dans ce
que tu veux bien prendre la peine de m’écrire en faveur de ceux qui sont
en peine. Car je vois d’une part tant d’esprit, de science et de
sainteté, qu’on ne peut rien désirer au delà, et, d’autre part, tant de
retenue, que si je ne t’accordais ce que tu me demandes, la faute en
serait à moi, et non aux difficultés, ô mon vénérable seigneur et père.
Tu ne cherches pas, solliciteur inquiet, comme la plupart des gens de ce
pays, à emporter de vive force tout ce que tu veux; mais ce qui te
paraît pouvoir être demandé à un juge, distrait par tant de soins, tu le
demandes sous forme d’avis, avec cette convenance qui est, entre gens de
bien, le moyen le plus puissant pour aplanir les difficultés. J’ai donc
sur-le-champ fait droit à ta recommandation, et j’avais commencé par
donner bon espoir».