XX

Il intercédait en faveur des coupables.

Nous savons qu’il a souvent refusé à ses plus chers amis des lettres de

recommandation auprès des puissances du siècle, disant qu’il fallait

suivre le sentiment d’un sage, dont il est rapporté qu’il refusa

plusieurs services à ses amis par égard pour sa propre réputation. Il

ajoutait encore que la puissance qui oblige s’impose bientôt. Mais quand

il se voyait obligé d’intercéder pour quelqu’un, il le faisait avec tant

de convenance et de modération, que, loin de se rendre importun et

onéreux, on admirait sa réserve. Ayant, dans une occasion importante,

intercédé à sa manière en faveur d’un suppliant, auprès de Macedonius,

vicaire de l’Afrique, celui-ci, non content de se rendre à son désir,

lui écrivit encore en ces termes: «Je suis merveilleusement touché de la

sagesse qui brille et dans les livres que tu as mis au jour et dans ce

que tu veux bien prendre la peine de m’écrire en faveur de ceux qui sont

en peine. Car je vois d’une part tant d’esprit, de science et de

sainteté, qu’on ne peut rien désirer au delà, et, d’autre part, tant de

retenue, que si je ne t’accordais ce que tu me demandes, la faute en

serait à moi, et non aux difficultés, ô mon vénérable seigneur et père.

Tu ne cherches pas, solliciteur inquiet, comme la plupart des gens de ce

pays, à emporter de vive force tout ce que tu veux; mais ce qui te

paraît pouvoir être demandé à un juge, distrait par tant de soins, tu le

demandes sous forme d’avis, avec cette convenance qui est, entre gens de

bien, le moyen le plus puissant pour aplanir les difficultés. J’ai donc

sur-le-champ fait droit à ta recommandation, et j’avais commencé par

donner bon espoir».

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 22 / 306 题