XVIII

Hérésie de Pélage.

Ce fut encore les Pélagiens, nouveaux hérétiques de notre temps,

disputeurs insidieux, écrivains subtils et dangereux, infatigables à

répandre leurs doctrines et en public et en particulier, qu’il combattit

pendant dix ans à peu près: il ne cessait d’écrire contre eux et de

prendre la parole dans l’église contre leur erreur. Et comme ces

perfides ennemis cherchaient par leurs artifices à persuader au

saint-siège même leur perfidie, les conciles d’Afrique eurent un soin

particulier de montrer au saint pape de Rome, d’abord le vénérable

Innocent, et après lui saint Zozime[23], combien cette secte devait être

abhorrée et condamnée par la foi catholique. Aussi les pontifes de ce

siège suprême, à différentes époques, les censurèrent et les

retranchèrent enfin du corps de l’Église; par des lettres adressées aux

Églises d’Afrique, d’Occident et d’Orient, ils ordonnèrent à tous les

catholiques de les anathématiser et de les fuir. Apprenant le jugement

que l’Église catholique de Dieu avait prononcé contre eux, le très pieux

empereur Honorius voulut s’y conformer. Il les condamna aussi par ses

lois, et ordonna qu’on les traitât comme hérétiques. Plusieurs d’entre

eux rentrèrent dans le sein de notre sainte mère l’Église, et d’autres

reviennent encore aujourd’hui, la vérité se manifestant de plus en plus

et la rectitude de la foi l’emportant sur cette détestable erreur.

[23] An 418.

Le grand évêque était le principal membre du corps du Seigneur, d’un

zèle et d’une vigilance toujours active pour le bien de l’Église

universelle. Et Dieu lui accorda de pouvoir jouir même dès cette vie du

fruit de ses travaux, ayant d’abord établi l’unité et la paix dans son

diocèse d’Hippone, et voyant ensuite dans les autres parties de

l’Afrique l’Église du Seigneur se répandre et se multiplier soit par

lui-même, soit par les prêtres qu’il avait procurés; et les Manichéens,

les Donatistes, les Pélagiens, les païens, renoncer pour la plupart à

leurs erreurs, se réunir à l’Église de Dieu; encourageant partout avec

ardeur le progrès et le zèle des bons; souffrant en esprit de pitié les

mouvements de ses frères contre la discipline; gémissant des injustices

des méchants intérieurs ou extérieurs à l’Église; n’ayant enfin de joie

ou de tristesse que pour les gains ou les pertes du Seigneur.

Il a dicté et publié tant d’ouvrages, soit controverses soutenues dans

l’église, qu’il a recueillies et corrigées, soit écrits contre les

hérétiques ou commentaires des livres canoniques composés pour

l’édification des saints enfants de l’Église, qu’un homme d’étude

pourrait à peine tout lire et tout connaître. Mais, pour que nous ne

paraissions refuser aucune occasion de s’instruire aux fidèles avides de

la parole de vérité, Dieu m’a inspiré la résolution de joindre à la fin

de cet opuscule une liste de tous ses livres, traités et lettres, afin

qu’après l’avoir lue, ceux qui préfèrent la vérité de Dieu aux richesses

temporelles puissent choisir les ouvrages qu’il conviendra à chacun de

lire et de connaître; qu’on les demande, pour les transcrire, à la

bibliothèque de l’église d’Hippone, où l’on pourra peut-être trouver les

exemplaires les plus corrects; qu’on se les procure enfin de quelque

manière que ce soit, qu’on les transcrive, et qu’on les communique sans

envie à ceux qui demanderont à les copier.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 20 / 306 题