Le comte Pascentius, arien, confondu. Conférence avec Maximin, évêque
arien.
Il eut encore à combattre un certain Pascentius, comte de la maison
royale, Arien, rigide exacteur du fisc, et qui profitait de son autorité
pour attaquer la foi catholique, pour tourmenter et troubler, par ses
railleries et son pouvoir, les prêtres de Dieu vivant dans la simplicité
de la foi. Augustin, qu’il provoquait, eut, à Carthage, une conférence
avec lui en présence de témoins honorables et d’un rang élevé. Mais,
comme notre saint demandait avec instance, avant et pendant les débats,
la présence des notaires pour prendre acte de la conférence, son
adversaire s’y refusa absolument, disant que la crainte des lois
l’empêchait d’exposer ses paroles au danger d’une constatation par
écrit. L’évêque Augustin, voyant que les arbitres et les autres évêques
ses collègues consentaient à un simple entretien de vive voix, entra en
matière, non sans prédire, ce qui arriva en effet, qu’après la séance
levée, il serait libre à chacun de prétendre avoir dit ou n’avoir pas
dit certaine parole, sans qu’on pût opposer le témoignage des écritures
publiques. Il engagea donc la dispute, exposa les principes de sa foi et
entendit la profession de foi de son adversaire; il prouva, par la saine
raison et par l’autorité des saintes Écritures, la solidité des
fondements de notre foi, et démontra que les opinions de Pascentius
étaient destituées et de toute vérité et de toute autorité canonique.
Aussi, dès que l’on se fut séparé, Pascentius, outré de fureur, et
débitant beaucoup de mensonges à son avantage et au profit de ses vaines
croyances, se proclamait vainqueur de cet Augustin dont les louanges
retentissaient partout. Comme ces propos n’étaient point secrets, saint
Augustin fut obligé d’écrire à Pascentius, en taisant, par crainte de
son autorité, les noms de ceux qui l’avaient prévenu. Dans ces lettres,
il rappelle exactement à son adversaire ce qui s’est dit ou fait dans la
conférence: et s’il eût voulu nier, le saint avait, pour prouver ce
qu’il avançait, autant de témoins qu’il s’était trouvé cette assemblée
d’hommes illustres et honorables. Aux deux lettres d’Augustin,
Pascentius répondit à peine par une seule, où il trouva plutôt des
injures contre le saint que des arguments raisonnables en faveur de sa
secte; ce qui sera prouvé pour quiconque aura la volonté ou le pouvoir
de lire cette lettre.
Il eut une autre conférence avec un évêque arien, Maximin, venu en
Afrique avec les Goths. Cette conférence, que le saint accorda aux
désirs et aux prières d’un grand nombre, eut lieu à Hippone en présence
de témoins honorables; et ce qui se dit de part et d’autre fut écrit.
Les fidèles qui liront ces actes avec attention y trouveront sans aucun
doute de quels artifices cette hérésie couvre sa faiblesse pour séduire
et tromper, et quelle est la foi dont l’Église catholique fait
profession sur la Trinité divine. Or l’hérétique Maximin, de retour à
Carthage, se vantait d’être sorti victorieux de la conférence, ce qui
eût été assurément un triomphe dû sa loquacité; mais quoique cette
victoire fût un mensonge, néanmoins les gens étrangers à la connaissance
de la loi divine ne pouvaient pas aisément en connaître et en juger.
Aussi, le vénérable Augustin dut prendre la plume bientôt après pour
rédiger le sommaire de toutes les objections et réponses qui avaient été
faites dans les débats; il montra tout le vide des réponses de son
adversaire, et ajouta de nouvelles preuves que le trop court espace de
temps n’avait permis de donner ni d’écrire pendant la conférence; car
cet homme, par malice, avait tellement prolongé sa réponse, qu’il tint à
lui seul tout ce qu’il restait de jour.