Eméritus, évêque donatiste, confondu.
Mais, après cette conférence, plusieurs ne manquèrent pas de dire que
les évêques donatistes n’avaient pas eu la permission d’exposer tous
leurs moyens de défense auprès de l’autorité qui devait les entendre,
parce que le juge, appartenant à la communion catholique, favorisait son
Église. Quoique ces plaintes ne fussent qu’une vaine et dernière excuse
de leur défaite, puisque avant les débats ils savaient que le juge était
catholique, et qu’ils avaient promis de prendre part à la conférence où
il les convoquait par des actes publics, quand ils pouvaient s’y refuser
s’il leur était suspect, cependant il advint, par une providence
particulière du Tout-Puissant, qu’Augustin, de vénérable mémoire, étant
appelé à Césarée[21] par des lettres du siège apostolique, avec
plusieurs autres évêques, pour mettre ordre à certaines affaires
urgentes, il vit l’évêque donatiste de cette ville, Eméritus, qui à la
conférence de Carthage s’était signalé dans la défense de sa secte, et
disputa publiquement dans l’église contre lui en présence d’un grand
nombre de témoins de communions différentes, les provoquant à une
conférence ecclésiastique, afin que toutes ces raisons, qu’il n’avait
pas eu, disait-il, la permission d’exposer dans le débat de Carthage, il
voulût bien les donner en ce moment, où l’absence d’une autorité
séculière lui laissait toute liberté et toute sécurité; que, dans sa
propre cité, en présence de ses concitoyens, il ne refusât pas de
défendre avec confiance sa communion. Ces exhortations furent vaines, et
les instances de ses parents et de ses concitoyens, qui lui promettaient
de revenir à lui au risque même de leurs biens et de leur salut
temporel, s’il parvenait à triompher des doctrines catholiques. Mais il
ne voulut ni ne put rien dire que cette parole: «Les actes de la
conférence de Carthage témoignent si nous avons été vainqueurs ou
vaincus». Ensuite, invité par le notaire à répondre, il se tut, et ce
silence, qui manifesta sa défiance en sa propre cause, affermit et
augmenta le progrès de l’Église de Dieu. Or, quiconque voudra pleinement
connaître le zèle ardent d’Augustin, de bienheureuse mémoire pour la
prospérité de l’Église de Dieu, qu’il parcoure ces actes, et il verra
tout ce que le saint a mis d’éloquence et d’adresse pour provoquer à la
discussion son savant et éloquent adversaire; de quelles instances il le
pressa pour qu’il prît, comme il l’entendrait, la défense de son parti:
il reconnaîtra bientôt qu’Eméritus a été vaincu[22].
[21] Alger.
[22] Honorius XII et Theod. VIII, consuls, 12 kal. octob., l’an 418,
dans l’église principale d’Alger.