XIV

Eméritus, évêque donatiste, confondu.

Mais, après cette conférence, plusieurs ne manquèrent pas de dire que

les évêques donatistes n’avaient pas eu la permission d’exposer tous

leurs moyens de défense auprès de l’autorité qui devait les entendre,

parce que le juge, appartenant à la communion catholique, favorisait son

Église. Quoique ces plaintes ne fussent qu’une vaine et dernière excuse

de leur défaite, puisque avant les débats ils savaient que le juge était

catholique, et qu’ils avaient promis de prendre part à la conférence où

il les convoquait par des actes publics, quand ils pouvaient s’y refuser

s’il leur était suspect, cependant il advint, par une providence

particulière du Tout-Puissant, qu’Augustin, de vénérable mémoire, étant

appelé à Césarée[21] par des lettres du siège apostolique, avec

plusieurs autres évêques, pour mettre ordre à certaines affaires

urgentes, il vit l’évêque donatiste de cette ville, Eméritus, qui à la

conférence de Carthage s’était signalé dans la défense de sa secte, et

disputa publiquement dans l’église contre lui en présence d’un grand

nombre de témoins de communions différentes, les provoquant à une

conférence ecclésiastique, afin que toutes ces raisons, qu’il n’avait

pas eu, disait-il, la permission d’exposer dans le débat de Carthage, il

voulût bien les donner en ce moment, où l’absence d’une autorité

séculière lui laissait toute liberté et toute sécurité; que, dans sa

propre cité, en présence de ses concitoyens, il ne refusât pas de

défendre avec confiance sa communion. Ces exhortations furent vaines, et

les instances de ses parents et de ses concitoyens, qui lui promettaient

de revenir à lui au risque même de leurs biens et de leur salut

temporel, s’il parvenait à triompher des doctrines catholiques. Mais il

ne voulut ni ne put rien dire que cette parole: «Les actes de la

conférence de Carthage témoignent si nous avons été vainqueurs ou

vaincus». Ensuite, invité par le notaire à répondre, il se tut, et ce

silence, qui manifesta sa défiance en sa propre cause, affermit et

augmenta le progrès de l’Église de Dieu. Or, quiconque voudra pleinement

connaître le zèle ardent d’Augustin, de bienheureuse mémoire pour la

prospérité de l’Église de Dieu, qu’il parcoure ces actes, et il verra

tout ce que le saint a mis d’éloquence et d’adresse pour provoquer à la

discussion son savant et éloquent adversaire; de quelles instances il le

pressa pour qu’il prît, comme il l’entendrait, la défense de son parti:

il reconnaîtra bientôt qu’Eméritus a été vaincu[22].

[21] Alger.

[22] Honorius XII et Theod. VIII, consuls, 12 kal. octob., l’an 418,

dans l’église principale d’Alger.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 16 / 306 题