XII

Saint Augustin miraculeusement préservé des pièges de ses ennemis.

Souvent ces mêmes Circoncellions se postèrent en armes sur les chemins

où devait passer le serviteur de Dieu, quand, ce qui arrivait

fréquemment à la prière des peuples catholiques, il allait les visiter,

les instruire et les exhorter. Aussi, souvent la victime échappa à leur

fureur; une fois entre autres, par la providence de Dieu et par l’erreur

d’un guide, le saint prêtre et ses compagnons arrivèrent à leur

destination par un autre chemin. Ils apprirent ensuite que cette erreur

les avait dérobés aux mains homicides.

En toutes ces circonstances, il rendit grâce à Dieu, son libérateur, et

ses ennemis, suivant leur coutume, n’épargnèrent, dans leur rage, ni

ecclésiastiques, ni séculiers, comme les actes publics l’attestent.

Ici, il ne faut point passer sous silence ce que le zèle de cet homme si

grand dans l’Église accomplit, pour la gloire de Dieu et de sa maison,

contre ces Donatistes rebaptisants. Un de ces évêques, sorti du

monastère et du clergé de saint Augustin, visitait un lieu dépendant de

l’église de Calame, son diocèse, pour combattre l’hérésie et distribuer

la doctrine de la paix qu’il avait apprise. Au milieu du chemin, il

tomba dans les embûches des Donatistes, qui fondirent sur lui et sur

compagnons, lui enlevèrent ses chevaux et ses bagages, en le chargeant

d’outrages et de coups[18]. Mais, de peur que ces violences ne

retardassent le progrès de la paix de l’Église, le défenseur de l’Église

ne crut pas devoir se taire en présence des lois; et Crispinus, évêque

de la même cité de Calame, dès longtemps célèbre parmi ceux de sa secte,

et regardé comme savant, fut tenu de payer l’amende portée par les lois

contre les hérétiques. Celui-ci refusa de se soumettre à la loi; il

comparut devant le proconsul, et soutint qu’il n’était pas hérétique. Le

défenseur de l’Église se retirant devant cette allégation, ce fut à

l’évêque catholique d’insister et de le convaincre. La tolérance en ce

cas eût donné lieu de croire que cet hérétique, niant qu’il le fût,

était un évêque catholique; d’où il eût résulté un scandale pour les

faibles. L’illustre évêque Augustin pressait l’affaire de tout son

pouvoir, et les deux évêques de Calame en vinrent à une conférence: les

débats s’engagèrent à trois reprises sur le différend entre les deux

communions; une immense multitude chrétienne attendait, à Carthage et

dans toute l’Afrique, quelle serait l’issue de cette affaire. Crispinus

fut déclaré hérétique par sentence écrite du proconsul[19]. L’évêque

catholique intercéda en sa faveur auprès du juge pour que la peine de

l’amende fût remise à son adversaire; il lui obtint cette grâce.

Celui-ci, par une singulière ingratitude, voulut en appeler au prince;

et la réponse de l’empereur à cet appel fut que les hérétiques

donatistes n’étaient l’objet d’aucune exception, et qu’ils devaient être

tenus partout à la rigueur des lois portées contre les autres

hérétiques; que non seulement Crispinus, mais le juge même et les

officiers de justice, pour inexécution de la loi, acquitteraient chacun

aux droits du fisc la somme de dix livres d’or. Néanmoins les évêques

catholiques, et particulièrement Augustin, de sainte mémoire,

poursuivirent encore la remise de cette amende, et, avec l’aide de Dieu,

ils l’obtinrent de l’indulgence du prince. Ce zèle si saint et si

charitable contribua beaucoup à l’accroissement de l’Église.

[18] S. Possidius lui-même.

[19] An 403, époque où, sous le IIe consulat de Stilicon et sous le

consulat d’Anthémius, la loi contre les Donatistes fut portée à

Ravenne, ides de décembre.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 14 / 306 题