Saint Augustin miraculeusement préservé des pièges de ses ennemis.
Souvent ces mêmes Circoncellions se postèrent en armes sur les chemins
où devait passer le serviteur de Dieu, quand, ce qui arrivait
fréquemment à la prière des peuples catholiques, il allait les visiter,
les instruire et les exhorter. Aussi, souvent la victime échappa à leur
fureur; une fois entre autres, par la providence de Dieu et par l’erreur
d’un guide, le saint prêtre et ses compagnons arrivèrent à leur
destination par un autre chemin. Ils apprirent ensuite que cette erreur
les avait dérobés aux mains homicides.
En toutes ces circonstances, il rendit grâce à Dieu, son libérateur, et
ses ennemis, suivant leur coutume, n’épargnèrent, dans leur rage, ni
ecclésiastiques, ni séculiers, comme les actes publics l’attestent.
Ici, il ne faut point passer sous silence ce que le zèle de cet homme si
grand dans l’Église accomplit, pour la gloire de Dieu et de sa maison,
contre ces Donatistes rebaptisants. Un de ces évêques, sorti du
monastère et du clergé de saint Augustin, visitait un lieu dépendant de
l’église de Calame, son diocèse, pour combattre l’hérésie et distribuer
la doctrine de la paix qu’il avait apprise. Au milieu du chemin, il
tomba dans les embûches des Donatistes, qui fondirent sur lui et sur
compagnons, lui enlevèrent ses chevaux et ses bagages, en le chargeant
d’outrages et de coups[18]. Mais, de peur que ces violences ne
retardassent le progrès de la paix de l’Église, le défenseur de l’Église
ne crut pas devoir se taire en présence des lois; et Crispinus, évêque
de la même cité de Calame, dès longtemps célèbre parmi ceux de sa secte,
et regardé comme savant, fut tenu de payer l’amende portée par les lois
contre les hérétiques. Celui-ci refusa de se soumettre à la loi; il
comparut devant le proconsul, et soutint qu’il n’était pas hérétique. Le
défenseur de l’Église se retirant devant cette allégation, ce fut à
l’évêque catholique d’insister et de le convaincre. La tolérance en ce
cas eût donné lieu de croire que cet hérétique, niant qu’il le fût,
était un évêque catholique; d’où il eût résulté un scandale pour les
faibles. L’illustre évêque Augustin pressait l’affaire de tout son
pouvoir, et les deux évêques de Calame en vinrent à une conférence: les
débats s’engagèrent à trois reprises sur le différend entre les deux
communions; une immense multitude chrétienne attendait, à Carthage et
dans toute l’Afrique, quelle serait l’issue de cette affaire. Crispinus
fut déclaré hérétique par sentence écrite du proconsul[19]. L’évêque
catholique intercéda en sa faveur auprès du juge pour que la peine de
l’amende fût remise à son adversaire; il lui obtint cette grâce.
Celui-ci, par une singulière ingratitude, voulut en appeler au prince;
et la réponse de l’empereur à cet appel fut que les hérétiques
donatistes n’étaient l’objet d’aucune exception, et qu’ils devaient être
tenus partout à la rigueur des lois portées contre les autres
hérétiques; que non seulement Crispinus, mais le juge même et les
officiers de justice, pour inexécution de la loi, acquitteraient chacun
aux droits du fisc la somme de dix livres d’or. Néanmoins les évêques
catholiques, et particulièrement Augustin, de sainte mémoire,
poursuivirent encore la remise de cette amende, et, avec l’aide de Dieu,
ils l’obtinrent de l’indulgence du prince. Ce zèle si saint et si
charitable contribua beaucoup à l’accroissement de l’Église.
[18] S. Possidius lui-même.
[19] An 403, époque où, sous le IIe consulat de Stilicon et sous le
consulat d’Anthémius, la loi contre les Donatistes fut portée à
Ravenne, ides de décembre.