IX

Il combat les Donatistes.

Évêque, ce fut avec plus de zèle encore, avec plus de ferveur et

d’autorité, qu’il annonçait, non dans un seul pays, mais partout où on

l’en priait, la parole du salut, à la joie et à l’accroissement de

l’Église; toujours prêt à rendre raison de la foi et de l’espérance qui

est en Dieu. Ses paroles ou les copies qu’on en recueillait étaient

portées aux évêques donatistes par les Donatistes d’Hippone ou des cités

voisines. Lorsque les évêques, à leur tour, s’exprimaient contre la

doctrine du saint, ou ils étaient réfutés par leurs peuples, ou leurs

réponses étaient portées à saint Augustin. Il en prenait connaissance,

et travaillant «avec patience, avec douceur», et, comme il est écrit,

«avec crainte et tremblement, au salut de tous[14]», il montrait toute

l’impuissance de la volonté et des efforts de ses adversaires pour

détruire ce que l’Église établit et enseigne. Telle était l’occupation

de ses jours et de ses nuits. Car il écrivait en particulier aux évêques

et aux laïques les plus considérables de ce parti pour leur ouvrir les

yeux sur leur égarement, pour les exhorter à abjurer cette erreur, ou du

moins à entrer en discussion avec lui. Eux, au contraire, se défiant de

leur propre cause, ne voulurent jamais lui répondre, sinon par des

paroles injurieuses, des cris de fureur, l’appelant en public et en

particulier séducteur et corrupteur des âmes, loup ravissant,

qu’il fallait tuer pour le salut de leur propre troupeau, et

qu’infailliblement celui qui le tuerait pourrait obtenir de Dieu la

rémission de tous ses péchés: c’est ainsi qu’ils foulaient aux pieds et

la crainte de Dieu et la honte humaine[15]. Pour lui, il travailla à

mettre au jour leur défiance en leur propre cause. Convoqués à une

conférence publique, ils n’osèrent s’y rendre.

[14] Philipp., II, 12.

[15] An 403.

X

Fureur des Circoncellions.

Les Donatistes avaient aussi dans presque toutes leurs églises une

certaine espèce d’hommes, monstres de violence et de perversité, qui,

sous prétexte de professer la continence, se répandaient partout. On les

appelait Circoncellions. Ils étaient nombreux et établis dans presque

toutes les provinces de l’Afrique. Séduits par des docteurs d’iniquité,

dans l’emportement de leur orgueil et de leur témérité, contre toute

justice, ils défendaient aux citoyens de poursuivre leurs droits ou

leurs créances; la désobéissance à leurs ordres était suivie des plus

cruels traitements. On les voyait, munis de toutes sortes d’armes,

courir comme des forcenés, ravageant les terres, pillant les villes;

leur fureur allait jusqu’à l’effusion du sang. Et lorsque la prédication

assidue de la parole de Dieu cherchait à traiter de la paix avec les

ennemis de la paix, ils interrompaient par des brutalités gratuites les

paroles de conciliation. Cependant la vérité, contraire à leur secte, se

répandait, et ceux qu’elle ramenait s’arrachaient ou se dérobaient,

suivant leur pouvoir, à la tyrannie de ces sectaires, pour se réunir

autant que possible en groupes, à la paix et à l’unité de l’Église.

Ceux-ci, voyant s’éclaircir les rangs de l’erreur et jaloux de

l’accroissement de l’Église, ne mirent plus de limites à leur fureur;

ils se rallièrent pour déchirer par d’horribles persécutions le sein de

l’Église; les prêtres et les ministres catholiques étaient jour et nuit

en butte à leurs agressions et à leurs brigandages. Ils versèrent le

sang d’un grand nombre des serviteurs de Dieu. Ils jetèrent dans les

yeux de quelques-uns de la chaux détrempée avec du vinaigre; ils en

égorgèrent d’autres. Ces Donatistes ou Rebaptisants devenaient pour leur

parti même un objet d’horreur.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 12 / 306 题