Il combat les Donatistes.
Évêque, ce fut avec plus de zèle encore, avec plus de ferveur et
d’autorité, qu’il annonçait, non dans un seul pays, mais partout où on
l’en priait, la parole du salut, à la joie et à l’accroissement de
l’Église; toujours prêt à rendre raison de la foi et de l’espérance qui
est en Dieu. Ses paroles ou les copies qu’on en recueillait étaient
portées aux évêques donatistes par les Donatistes d’Hippone ou des cités
voisines. Lorsque les évêques, à leur tour, s’exprimaient contre la
doctrine du saint, ou ils étaient réfutés par leurs peuples, ou leurs
réponses étaient portées à saint Augustin. Il en prenait connaissance,
et travaillant «avec patience, avec douceur», et, comme il est écrit,
«avec crainte et tremblement, au salut de tous[14]», il montrait toute
l’impuissance de la volonté et des efforts de ses adversaires pour
détruire ce que l’Église établit et enseigne. Telle était l’occupation
de ses jours et de ses nuits. Car il écrivait en particulier aux évêques
et aux laïques les plus considérables de ce parti pour leur ouvrir les
yeux sur leur égarement, pour les exhorter à abjurer cette erreur, ou du
moins à entrer en discussion avec lui. Eux, au contraire, se défiant de
leur propre cause, ne voulurent jamais lui répondre, sinon par des
paroles injurieuses, des cris de fureur, l’appelant en public et en
particulier séducteur et corrupteur des âmes, loup ravissant,
qu’il fallait tuer pour le salut de leur propre troupeau, et
qu’infailliblement celui qui le tuerait pourrait obtenir de Dieu la
rémission de tous ses péchés: c’est ainsi qu’ils foulaient aux pieds et
la crainte de Dieu et la honte humaine[15]. Pour lui, il travailla à
mettre au jour leur défiance en leur propre cause. Convoqués à une
conférence publique, ils n’osèrent s’y rendre.
[14] Philipp., II, 12.
[15] An 403.
X
Fureur des Circoncellions.
Les Donatistes avaient aussi dans presque toutes leurs églises une
certaine espèce d’hommes, monstres de violence et de perversité, qui,
sous prétexte de professer la continence, se répandaient partout. On les
appelait Circoncellions. Ils étaient nombreux et établis dans presque
toutes les provinces de l’Afrique. Séduits par des docteurs d’iniquité,
dans l’emportement de leur orgueil et de leur témérité, contre toute
justice, ils défendaient aux citoyens de poursuivre leurs droits ou
leurs créances; la désobéissance à leurs ordres était suivie des plus
cruels traitements. On les voyait, munis de toutes sortes d’armes,
courir comme des forcenés, ravageant les terres, pillant les villes;
leur fureur allait jusqu’à l’effusion du sang. Et lorsque la prédication
assidue de la parole de Dieu cherchait à traiter de la paix avec les
ennemis de la paix, ils interrompaient par des brutalités gratuites les
paroles de conciliation. Cependant la vérité, contraire à leur secte, se
répandait, et ceux qu’elle ramenait s’arrachaient ou se dérobaient,
suivant leur pouvoir, à la tyrannie de ces sectaires, pour se réunir
autant que possible en groupes, à la paix et à l’unité de l’Église.
Ceux-ci, voyant s’éclaircir les rangs de l’erreur et jaloux de
l’accroissement de l’Église, ne mirent plus de limites à leur fureur;
ils se rallièrent pour déchirer par d’horribles persécutions le sein de
l’Église; les prêtres et les ministres catholiques étaient jour et nuit
en butte à leurs agressions et à leurs brigandages. Ils versèrent le
sang d’un grand nombre des serviteurs de Dieu. Ils jetèrent dans les
yeux de quelques-uns de la chaux détrempée avec du vinaigre; ils en
égorgèrent d’autres. Ces Donatistes ou Rebaptisants devenaient pour leur
parti même un objet d’horreur.