VIII

Il est élevé à l’épiscopat, du vivant de Valérius.

Mais le bienheureux vieillard Valérius, triomphant plus que personne,

et, dans sa joie, rendant grâce à Dieu de cette faveur toute

particulière qu’il lui accordait, ne tarda pas à craindre (ô infirmité

de l’âme humaine!) qu’une autre Église, privée de pasteur, ne lui

enlevât Augustin pour l’élever à l’épiscopat. Ce qui fût arrivé, si

Valérius, instruit à temps, n’eût envoyé le saint en un lieu caché qui

le déroba à toutes les recherches. Cette expérience redoubla encore les

inquiétudes de ce vieillard vénérable, qui, se voyant faible de corps et

d’âge, écrivit secrètement au primat, évêque de Carthage, alléguant ses

infirmités et le poids de la vieillesse, et le conjurant de permettre

l’ordination d’Augustin à l’évêché d’Hippone, pour être non seulement

son successeur, mais le compagnon de son siège et de son épiscopat. Il

reçut une réponse favorable à ses désirs et à ses vives instances.

Quelque temps après, sur sa demande, Mégalius, évêque de Calame et

primat de Numidie, venant visiter l’église d’Hippone, Valérius déclara

aux évêques qui se trouvèrent présents, au clergé d’Hippone et à tout le

peuple, son intention jusqu’alors inconnue. Cette proposition est

accueillie de tous les assistants avec des transports de joie; tous

témoignent à grands cris leur impatience d’en voir l’accomplissement.

Mais l’humble prêtre refuse de recevoir l’épiscopat, contre l’usage de

l’Église, du vivant de l’évêque. On lui assure que cette coutume est

reçue, et des exemples empruntés aux églises d’Afrique et d’entre-mer

triomphent enfin de sa résistance. Il consent malgré lui à accepter la

charge et l’ordination supérieure de l’épiscopat[13]. Mais il a dit

depuis et écrit qu’on n’aurait pas dû en agir ainsi pour lui,

l’ordination d’un successeur, du vivant de l’évêque, étant défendue par

un concile général. Il ne connut cette règle qu’après son ordination, et

dans la suite il ne voulut pas qu’on fît pour d’autres ce qu’il

souffrait avec peine qu’on eût fait pour lui. Aussi, eut il soin que

cette règle fût établie dans les conciles, que lorsqu’un prêtre serait

ordonné ou sur le point de l’être, l’ordinant lui donnerait connaissance

de tous les décrets des pères.

[13] Vers l’an 395, Olibrius et Paulinus, consuls.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 11 / 306 题