Il est élevé à l’épiscopat, du vivant de Valérius.
Mais le bienheureux vieillard Valérius, triomphant plus que personne,
et, dans sa joie, rendant grâce à Dieu de cette faveur toute
particulière qu’il lui accordait, ne tarda pas à craindre (ô infirmité
de l’âme humaine!) qu’une autre Église, privée de pasteur, ne lui
enlevât Augustin pour l’élever à l’épiscopat. Ce qui fût arrivé, si
Valérius, instruit à temps, n’eût envoyé le saint en un lieu caché qui
le déroba à toutes les recherches. Cette expérience redoubla encore les
inquiétudes de ce vieillard vénérable, qui, se voyant faible de corps et
d’âge, écrivit secrètement au primat, évêque de Carthage, alléguant ses
infirmités et le poids de la vieillesse, et le conjurant de permettre
l’ordination d’Augustin à l’évêché d’Hippone, pour être non seulement
son successeur, mais le compagnon de son siège et de son épiscopat. Il
reçut une réponse favorable à ses désirs et à ses vives instances.
Quelque temps après, sur sa demande, Mégalius, évêque de Calame et
primat de Numidie, venant visiter l’église d’Hippone, Valérius déclara
aux évêques qui se trouvèrent présents, au clergé d’Hippone et à tout le
peuple, son intention jusqu’alors inconnue. Cette proposition est
accueillie de tous les assistants avec des transports de joie; tous
témoignent à grands cris leur impatience d’en voir l’accomplissement.
Mais l’humble prêtre refuse de recevoir l’épiscopat, contre l’usage de
l’Église, du vivant de l’évêque. On lui assure que cette coutume est
reçue, et des exemples empruntés aux églises d’Afrique et d’entre-mer
triomphent enfin de sa résistance. Il consent malgré lui à accepter la
charge et l’ordination supérieure de l’épiscopat[13]. Mais il a dit
depuis et écrit qu’on n’aurait pas dû en agir ainsi pour lui,
l’ordination d’un successeur, du vivant de l’évêque, étant défendue par
un concile général. Il ne connut cette règle qu’après son ordination, et
dans la suite il ne voulut pas qu’on fît pour d’autres ce qu’il
souffrait avec peine qu’on eût fait pour lui. Aussi, eut il soin que
cette règle fût établie dans les conciles, que lorsqu’un prêtre serait
ordonné ou sur le point de l’être, l’ordinant lui donnerait connaissance
de tous les décrets des pères.
[13] Vers l’an 395, Olibrius et Paulinus, consuls.