IV

Il est élevé au sacerdoce.

A cette époque, l’Église catholique d’Hippone était gouvernée par le

saint évêque Valérius. Le besoin de son Église réclamait de lui

l’ordination d’un nouveau prêtre, et il en parlait avec instance au

peuple de Dieu. Saint Augustin, dans sa sincérité, ignorant ce qui

allait arriver, assistait à ce discours, mêlé avec le peuple: car, nous

disait-il, il avait coutume étant laïque de ne se tenir éloigné que des

Églises qui n’avaient pas d’évêque. Or, les catholiques, qui

connaissaient son dessein et sa science, se saisirent de lui et, comme

il arrive en pareille circonstance, ils l’amenèrent de force à l’évêque

pour l’ordonner, tous le demandant d’un accord unanime, avec une extrême

ardeur et de grands cris. Lui, cependant, versait des larmes abondantes.

Quelques-uns attribuaient ces larmes à l’orgueil, et ils croyaient le

consoler en lui disant que le rang de simple prêtre, quoiqu’il fût digne

d’un rang plus élevé, l’approchait néanmoins de l’épiscopat. Mais

c’était une pensée plus haute qui faisait gémir l’homme de Dieu, comme

il nous l’a rapporté lui-même, sur le nombre et la grandeur des périls

auxquels le gouvernement d’une Église dévouait sa vie. Toutefois le

désir des fidèles s’accomplit à leur gré.

V

Il établit un Monastère.

Ainsi devenu prêtre[9], il institua bientôt un monastère dans l’enceinte

de l’église, et voulut vivre avec les serviteurs de Dieu, suivant la

tradition et la règle établies par les saints apôtres. La première

condition était de ne rien posséder en propre, que tout fût en commun et

qu’il fût distribué à chacun selon ses besoins. C’est ce que lui-même

avait fait le premier au retour de son voyage d’outre-mer. Or, le saint

évêque Valérius, homme pieux et craignant Dieu, tressaillait de joie et

rendait grâce à la miséricorde divine d’avoir exaucé les prières qu’il

lui avait si souvent adressées pour qu’un tel homme lui fût accordé, qui

pût édifier l’Église du Seigneur par la parole de Dieu et la doctrine du

salut: ministère qu’il se sentait moins capable de remplir, étant Grec

de naissance et peu versé dans les lettres latines. Il donna donc

pouvoir au nouveau prêtre de prêcher souvent l’Évangile dans l’Église en

sa présence, contre l’usage des Églises d’Afrique: aussi plusieurs

autres évêques l’en blâmaient. Mais cet homme vénérable et prudent,

assuré que cette coutume était en vigueur dans les Églises d’Orient, et

ne cherchant que l’utilité de l’Église, dédaigna les paroles

malveillantes; il lui suffit que le prêtre exerçât un ministère dont,

évêque, il se sentait incapable de s’acquitter. Ainsi fut allumée, et

ardente, élevée sur le chandelier, cette lampe qui ne brillait que dans

l’intérieur de la maison. Et bientôt la renommée s’en répandit partout,

et sur un si bon exemple, plusieurs prêtres, du consentement de

l’autorité épiscopale, annoncèrent aux peuples devant l’évêque la parole

de Dieu.

[9] L’an 391.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 8 / 306 题