Il est élevé au sacerdoce.
A cette époque, l’Église catholique d’Hippone était gouvernée par le
saint évêque Valérius. Le besoin de son Église réclamait de lui
l’ordination d’un nouveau prêtre, et il en parlait avec instance au
peuple de Dieu. Saint Augustin, dans sa sincérité, ignorant ce qui
allait arriver, assistait à ce discours, mêlé avec le peuple: car, nous
disait-il, il avait coutume étant laïque de ne se tenir éloigné que des
Églises qui n’avaient pas d’évêque. Or, les catholiques, qui
connaissaient son dessein et sa science, se saisirent de lui et, comme
il arrive en pareille circonstance, ils l’amenèrent de force à l’évêque
pour l’ordonner, tous le demandant d’un accord unanime, avec une extrême
ardeur et de grands cris. Lui, cependant, versait des larmes abondantes.
Quelques-uns attribuaient ces larmes à l’orgueil, et ils croyaient le
consoler en lui disant que le rang de simple prêtre, quoiqu’il fût digne
d’un rang plus élevé, l’approchait néanmoins de l’épiscopat. Mais
c’était une pensée plus haute qui faisait gémir l’homme de Dieu, comme
il nous l’a rapporté lui-même, sur le nombre et la grandeur des périls
auxquels le gouvernement d’une Église dévouait sa vie. Toutefois le
désir des fidèles s’accomplit à leur gré.
V
Il établit un Monastère.
Ainsi devenu prêtre[9], il institua bientôt un monastère dans l’enceinte
de l’église, et voulut vivre avec les serviteurs de Dieu, suivant la
tradition et la règle établies par les saints apôtres. La première
condition était de ne rien posséder en propre, que tout fût en commun et
qu’il fût distribué à chacun selon ses besoins. C’est ce que lui-même
avait fait le premier au retour de son voyage d’outre-mer. Or, le saint
évêque Valérius, homme pieux et craignant Dieu, tressaillait de joie et
rendait grâce à la miséricorde divine d’avoir exaucé les prières qu’il
lui avait si souvent adressées pour qu’un tel homme lui fût accordé, qui
pût édifier l’Église du Seigneur par la parole de Dieu et la doctrine du
salut: ministère qu’il se sentait moins capable de remplir, étant Grec
de naissance et peu versé dans les lettres latines. Il donna donc
pouvoir au nouveau prêtre de prêcher souvent l’Évangile dans l’Église en
sa présence, contre l’usage des Églises d’Afrique: aussi plusieurs
autres évêques l’en blâmaient. Mais cet homme vénérable et prudent,
assuré que cette coutume était en vigueur dans les Églises d’Orient, et
ne cherchant que l’utilité de l’Église, dédaigna les paroles
malveillantes; il lui suffit que le prêtre exerçât un ministère dont,
évêque, il se sentait incapable de s’acquitter. Ainsi fut allumée, et
ardente, élevée sur le chandelier, cette lampe qui ne brillait que dans
l’intérieur de la maison. Et bientôt la renommée s’en répandit partout,
et sur un si bon exemple, plusieurs prêtres, du consentement de
l’autorité épiscopale, annoncèrent aux peuples devant l’évêque la parole
de Dieu.
[9] L’an 391.