«Entre nationaux, c'est, ordinairement, le grade des commandants

des bâtiments ou la dignité des personnes qui s'y trouvent, que

l'on Salue, et l'inférieur, qui arrive, doit, s'il y a lieu,

Saluer le premier. Le nombre de coups de canon qu'il tire,

alors, et celui qui est rendu, sont réglés par une disposition

ministérielle.»

* * * * *

Nous comprenons, maintenant, l'importance de cette manœuvre, en

apparence si simple et presque insignifiante.

Un second dessin nous montre un vaisseau placé _en panne_.

Son attitude peut correspondre à plus d'un incident. Tout d'abord,

si le vent poussait vers un point où l'on ne voudrait pas jeter

l'ancre. Un homme tombe à la mer; si le navire conservait son

allure, il n'y aurait nulle espérance de sauver le naufragé; mais

en neutralisant autant que possible l'effet de la voilure, on

gagne du temps et les canots, mis à flot, opèrent le sauvetage.

On met en panne de plusieurs façons différentes; mais toutes

arrivent à ce résultat de disposer les voiles en un sens gênant

pour les mouvements de la quille et opposé, par conséquent, autant

que possible, à la marche en avant ou en arrière. Le gouvernail

aide à la manœuvre.

* * * * *

Nous ne pouvons entrer dans des développements qui réclameraient

l'emploi de termes techniques nombreux. Toutefois remarquons, en

nous souvenant de l'étude faite, au Havre, sur les bâtiments de

commerce, que les voiles de hune, le petit foc et la brigantine

jouent le rôle principal dans la manœuvre de _mettre en panne_.

* * * * *

Les frégates modernes portent de 40 à 60 canons; leur rang

est gradué de dix en dix pièces d'artillerie, celles de 40

appartiennent au troisième rang, et ainsi de suite. Toutes n'ont

qu'une batterie couverte: c'est ce qui les distingue des vaisseaux.

Elles en diffèrent encore, d'ailleurs, par leur aspect plus

élancé, plus léger, par la rapidité de leurs allures. Rien de plus

gracieux qu'une frégate sous voiles....

Les flots semblent s'ouvrir sans effort sous sa carène et le vent

paraît lui obéir....

En temps de guerre, ce sont les meilleurs bâtiments de croisière.

* * * * *

La frégate représentée par le dessin marche à l'allure du _plus

près_, ce qui signifie qu'elle veut promptement _gagner_ ou

avancer dans la direction d'où souffle le vent.

Elle _Salue à la voix_, c'est-à-dire que l'on répète, à son bord,

le cri indiqué par le commandant, d'après les règlements. Nous

venons de voir les différents cas exigeant le _Salut_.

Lorsqu'il s'agit de _Saluer à la voix_, les hommes de l'équipage

vont se poster du côté où passe, soit le bâtiment, soit le

personnage auquel il faut faire honneur.

Puis, tous les matelots étant montés dans les haubans[56] et sur

les vergues[57], profèrent, à leur tour, le cri ordonné.

[Note 56: _Haubans_, cordages importants servant à soutenir et

à assujettir les mâts.]

[Note 57: _Vergues_, pièces de bois croisant sur les mâts et

supportant les voiles.]

* * * * *

Les grandes solennités maritimes rassemblent souvent les

différents genres de Salut simultanément exécutés.

Pavoisés et brillants sous leurs fraîches peintures, les vaisseaux

font feu de leur robuste artillerie, pendant qu'en tenue de parade

l'équipage lance aux échos ses formidables hourras.

[Illustration: Gardes côtes cuirassés.]

Rien, à notre avis, ne surpasse ces solennités: la mer encadrant

le tableau d'une poésie pénétrante et l'ensemble d'une flotte

ayant des aspects mobiles du plus piquant imprévu.

* * * * *

La _corvette_ prend rang après la frégate. Pontée bas, élancée et

possédant une excellente voilure, elle est un admirable éclaireur;

mais, de nos jours, on lui donne de beaucoup plus grandes

dimensions qu'elle n'en avait, même vers la fin du dix-huitième

siècle.

Ainsi, nos corvettes de premier rang portent 30 canons et ont une

batterie couverte; elles correspondent aux frégates de guerre du

temps de Louis XVI.

Les corvettes de second rang portent de 20 à 24 canons, établis en

«batterie barbette,» comme nous l'avons vu précédemment.

Vaisseaux, frégates et corvettes sont pourvus de trois mâts. Dans

ce nombre de mâts, le _beaupré_ ne compte jamais[58].

[Note 58: Nous l'avons déjà expliqué à l'article: Havre.]

Vient ensuite, toujours par rang de force, le _brick_ ou _brig_ de

guerre, sensiblement plus petit et n'ayant que deux mâts.

La marine militaire classe les bricks selon l'importance de leur

artillerie. Il y a des bricks-avisos qui, dans une escadre, jouent

le rôle d'un véritable bateau-poste; d'autres sont employés au

service côtier.

[Illustration: Frégate cuirassée.]

Parmi les bâtiments destinés à protéger nos rivages, il faut

encore citer les _gardes-côtes cuirassés_. Ce nom indique

suffisamment le but que l'on a voulu atteindre; trop longtemps les

navires gardes-côtes ayant été laissés dans un état d'impuissance

absolue, quant aux services que l'on réclamait d'eux.

* * * * *

Enfin, les _canonnières_ font partie de toute cette catégorie

d'engins guerriers nouveaux: monitors, batteries flottantes....

car leurs proportions et leur armement sont bien faits pour

bouleverser les vieilles classifications.

[Illustration]

CHAPITRE XLI

ARMEMENT ET LANCEMENT D'UN VAISSEAU

Port militaire avant tout, Cherbourg, nécessairement, doit abriter

une nombreuse population n'ayant pour objectif que la marine de

guerre ou ce qui y confine.

Le tiers des habitants, a-t-on dit, vit des travaux du port.

Cela doit être. Il faut beaucoup de bras pour suffire aux besoins

de l'arsenal, des chantiers de construction, de la manutention,

des corderies.... en un mot, de cette immense entreprise qui

s'appelle l'armement d'un vaisseau.

Tout y est prévu, puisque le vaisseau représente une forteresse

flottante qui, à un moment donné, peut se trouver réduite à ses

seules ressources.

Le vaisseau se tiendra en garde non seulement contre les caprices

de la mer, mais l'existence tranquille de chaque jour de paix,

comme les nécessités de chaque minute de la terrible phase d'un

combat naval doivent y être assurées.

[Illustration: Ancien uniforme d'infanterie de marine et Armes de

Cherbourg.]

Ce n'est pas tout encore, il devient le gardien de l'honneur de la

patrie. Le pavillon déployé dans sa mâture lui rappelle que, par

une extension touchante, son pont représente une fraction du sol

natal qu'il est chargé de faire respecter et ne peut céder avant

d'avoir franchi la limite de l'impossible....

De là, le profond sentiment de dignité dont se pénètrent les

officiers et les marins de la flotte.

Le temps n'est pas encore très éloigné où les équipages du

commerce avaient à peine le droit de revendiquer devant eux

l'humble qualité de matelots. C'était pis, même, quand il

s'agissait de l'armée de terre ou de l'infanterie de marine.

Heureusement, les rivalités ou n'existent plus ou s'effacent avec

rapidité.

La marine militaire, on l'a compris, c'est le droit dans sa force

fière, puissante, protégeant, servant les nobles causes.

L'infanterie, qui lui doit son nom, c'est l'auxiliaire

indispensable de nos escadres, la vaillante gardienne de nos

colonies.

La marine marchande c'est le travail, l'activité de la nation,

contribuant à la conquête de sa fortune, au développement de son

génie.

* * * * *

Nous serons peut-être dans le vrai, si nous avançons que

l'introduction de la vapeur à bord des bâtiments de guerre a

beaucoup aidé à ce résultat.

Le système naval tout entier se transforme constamment.

Jadis si difficile à acquérir, l'expérience nautique se montre

moins hérissée d'obstacles. Non pas que nos officiers soient

inférieurs à leurs prédécesseurs, mais l'occasion est souvent

rare, pour eux, de mettre à profit leurs patientes études.

Les périlleuses traversées exigeant, autrefois, plusieurs mois,

s'accomplissent maintenant en quelques semaines, et celles qui

réclamaient de longues semaines, s'effectuent en quelques jours.

La navigation mixte simplifie l'étude des manœuvres de voilures et

l'on compte à présent, affirment les pessimistes, «nos vieux loups

de mer».

Lamentations bien exagérées, ce nous semble. Mais, si nous devions

rechercher la vraie source de la pénurie d'excellents et solides

équipages, il faudrait entrer dans des développements et des

considérations que notre travail ne saurait admettre.

Répétons, seulement, combien il importe qu'une protection efficace

remédie aux maux dont souffrent nos pêcheurs. La pêche, on ne

saurait trop le redire, est la pépinière de notre marine de

guerre; tout ce qui se fera pour elle, sera, par contre-coup, fait

pour notre flotte: ne l'oublions jamais....

* * * * *

Un des plus grandioses événements auxquels on puisse assister dans

un port militaire, c'est le lancement d'un vaisseau.

[Illustration: CHERBOURG.--VUE GÉNÉRALE DE LA RADE ET DE LA

VILLE]

Le Havre construit des steamers immenses, cependant la mise à

l'eau d'un cuirassé émeut encore davantage. Si l'on n'a pas vu le

chantier où repose un de ces géants, on ne saurait se faire la

moindre idée des audaces auxquelles sont arrivés nos ingénieurs.

La cale immense qui le contient est absolument bondée, du sol à

la toiture, par la masse de la coque, quoique les poutres d'étais

soient enlevées.

Il ne se trouve plus maintenu que par les _coittes_, énormes

pièces de bois placées de chaque côté. Ce soutien l'empêchera

de pencher avant qu'il ait atteint l'eau du bassin, sa future

résidence, en attendant le moment où, l'armement se trouvant

complété, sa carrière maritime commencera.

* * * * *

Le _ber_ est tout prêt. Ce lit des madriers et de cordages va

permettre au nouveau vaisseau de glisser doucement sur le plan

incliné de la cale.

* * * * *

L'art moderne a perfectionné le lancement comme il a révolutionné

les règles de la construction ancienne.

C'était, jadis, une opération redoutable, celle de mettre un

navire à la mer. Au dernier moment, un homme devait aller, sous la

quille, frapper à coups de hache les étais la soutenant encore.

Il lui fallait se maintenir sur un plancher déclive, avoir

le regard assez juste pour frapper là seulement où c'était

nécessaire; le bras assez fort pour ne pas se reprendre trop

longtemps, et le pied assez agile pour éviter le choc fatal de la

masse entière brusquement ébranlée.

Plus d'une fois, la mort fut la récompense de tant d'audace, mais

il arriva aussi que des condamnés, ayant subi victorieusement

cette redoutable épreuve, obtinrent la grâce méritée par leur

courage.

* * * * *

De nos jours, les accidents sont rares, justement en raison de la

simplification de la manœuvre.

C'est au moment où la marée montante a rempli le bassin confinant

le chantier, que le vaisseau, tout enguirlandé et pavoisé, est

admis à prendre possession de son nouveau domaine.

Le glissement d'un semblable poids sur les poutres du bord

détermine une élévation de température, qui se traduit par des

étincelles, prélude d'incendie. Mais on a obvié à ce danger.

L'eau ruisselle de toutes parts, inondant les madriers et les

rendant d'autant plus glissants. Sans cesse renouvelée, elle ne

peut se vaporiser complètement.

Enfin une sorte de détonation retentit: la mer a reçu son hôte

et, comme si elle reconnaissait en lui un futur dominateur, elle

gonfle ses vagues autour de la carène, l'inondant de son écume en

signe de protestation....

Pourtant, il lui faut se soumettre, quitte, plus tard, à prendre

une cruelle revanche....

* * * * *

Le lancement est toujours l'occasion d'une véritable affluence

d'étrangers dans la ville. Aussi, est-ce le moment le plus

favorable pour passer une rapide revue des différents costumes

maritimes.

[Illustration: Anciens uniformes de douaniers.]

Voici un _yachtman_ anglais. Il est venu se rendre compte des

progrès de la science nautique chez ses voisins. Quelquefois même,

en dépit de la simplicité de ses allures, il est le propriétaire

richissime du beau yacht entré au port depuis la veille.

Voici nos alertes petits marins, discutant avec feu les qualités

du nouveau vaisseau, qu'ils seront, peut-être, appelés à monter.

Les flammes, les guidons, les pavillons flottent aux mâts.

Les hommes circulent en simple tricot de travail ou en grande

tenue.

Des soldats d'infanterie de marine viennent voir la prison

flottante sur laquelle ils seront transportés aux colonies

lointaines.... et sur laquelle peu, hélas! reviendront au port!

* * * * *

Ainsi que pour les douaniers et les canonniers gardes-côtes,

l'uniforme de ces excellents soldats a été considérablement

modifié; sauf la couleur du drap, il ressemble à celui de notre

infanterie de ligne.

Les panaches, les lourds shakos, les sabres traînants, les

immenses fusils, les habits sanglés du temps de Napoléon Ier

ont, Dieu merci! disparu; et les troupes y gagnent une plus grande

agilité, une moindre déperdition de forces.

Fendant les groupes, passent graves, imposants, les officiers.

Leur bel uniforme a, lui aussi, subi d'heureuses modifications

et fait, le plus avantageusement du monde, ressortir les mâles

physionomies, les regards énergiques, les nobles allures.

A la fois riche et seyant, sévère et gracieux, on comprend qu'il

soit estimé très haut par nos marins et ne puisse supporter, à

leurs yeux, aucune comparaison...

[Illustration: CHERBOURG.--Bains de mer.]

CHAPITRE XLII

UNE DATE CHERBOURGEOISE.--LES ENVIRONS DE LA VILLE.--NOTES

BIOGRAPHIQUES

Cherbourg, qui a élevé une statue au véritable créateur de son

port, reçut sa dépouille quand, la tradition napoléonienne

suffisamment embellie, on obtint de l'Angleterre la restitution du

cercueil du prisonnier de Sainte-Hélène.

* * * * *

La _Belle-Poule_, sous les ordres du prince de Joinville, vint

stationner en rade, où le transbordement eut lieu.

La gravure du tableau de M. Morel-Fatio montre assez ce que

fut cette cérémonie. Elle pourrait fournir l'occasion de plus

d'une remarque philosophique, si on la rapprochait de la fête

d'inauguration de l'obélisque érigé (1817) en l'honneur du

duc de Berry, et de l'éclat rayonnant de la fête où, en 1858,

Napoléon III se montrait aux côtés de la souveraine de la

Grande-Bretagne....

Mais les méditations de ce genre menant rarement à une conclusion

satisfaisante, nous préférons terminer par une ascension à la

montagne du _Roule_, notre séjour ici.

Du sommet, on jouit de l'un des plus admirables points de vue

avoisinant Cherbourg. La ville, le port, la rade, encadrés par un

vaste horizon, se découvrent dans leurs moindres détails.

Une citadelle couronne le plateau élevé de cent dix mètres; elle

fait partie du puissant système de fortifications protégeant

l'unique refuge, sur la Manche, de nos flottes de guerre.

Voisines de la citadelle, s'émiettent les ruines d'un antique

petit ermitage, qui, jadis, dominait triomphant, une grotte

appelée des: _Fées_, située au pied de la montagne.

Ce nom, appliqué à la grotte, n'étonne pas lorsque l'on a pris la

peine de parcourir la campagne cherbourgeoise.

Les monuments druidiques y sont nombreux, et le peuple n'a jamais

hésité à attribuer à des causes surnaturelles ces témoignages de

l'industrie des premiers habitants de notre pays.

On ne peut, toutefois, quitter Cherbourg sans aller saluer le

buste en bronze érigé au comte DE BRIQUEVILLE. Né en 1785, à

Bretteville, banlieue du port, il fit vaillamment la campagne de

France et, sous les murs de Paris, après avoir taillé en pièces un

corps de cavalerie prussienne, résista jusqu'à ce qu'il eut reçu

une grave blessure.

Le colonel de Briqueville s'était déjà illustré à Ligny. Si ses

conseils avaient été écoutés, nous n'eussions point eu à inscrire

le nom de Waterloo parmi nos désastres.... Le sort de la France

s'en fût amélioré.

Rentré dans la vie privée après la signature de la paix, le

brillant soldat mourut en 1844.

L'abbé DE BEAUVAIS qui, dans l'oraison funèbre de Louis XV,

prononça la phrase fameuse «Le silence du peuple est la leçon des

rois» était né à Cherbourg.

Madame DE MIRBEL, la célèbre miniaturiste, naquit aussi dans cette

ville. On sait les qualités de modelé et de couleur par lesquels

ses travaux se distinguent. Elle eut l'inspiration d'abandonner le

_pointillé_, en usage pour la miniature. Ce genre de peinture lui

doit donc d'avoir été complètement transformé et d'avoir été, par

elle, élevé très haut dans le domaine de l'art.

[Illustration: L'arrivée à terre.]

CHAPITRE XLIII

QUELQUES MOTS D'HOMMAGE A NOTRE MARINE MILITAIRE

Ce chapitre additionnel, si court que nous le voulions faire,

paraîtra, craignons-nous, inutile, car on oublie vite dans notre

cher pays, et la critique y fait, en général, un chemin plus

rapide que la louange.

Ce n'est pas une raison suffisante pour nous empêcher de dire

notre pensée.

Très librement, nous avons exprimé les vœux que nous formons

au sujet de la situation de notre marine marchande et de notre

population côtière.

Avec la même franchise, nous demandons pour notre marine militaire

un redoublement de sollicitude. Les services qu'elle est appelée à

rendre sont incalculables, ceux qu'elle a rendus sont immenses.

Nous n'avons pas la prétention de chercher à les énumérer tous:

les bornes de notre cadre seraient, d'ailleurs, trop limitées.

Nous ne voulons pas davantage raviver de cruels souvenirs, et

retracer le rôle de nos marins ainsi que de leurs officiers

pendant la période de la guerre franco-allemande.

Si le courage, le dévouement absolu avaient pu nous sauver, la

marine militaire eût eu droit à des honneurs exceptionnels.

Cela, personne ne le conteste; une chose dont on se préoccupe

moins, c'est du rôle de nos marins dans la conservation et

l'extension des colonies françaises.

Combien de fois avons-nous entendu critiquer ce rôle! Alors nous

redisions avec reconnaissance les noms de tous ceux qui, sans

se lasser jamais, travaillent à consolider, à étendre notre

prospérité coloniale. Après la liste des explorateurs, il n'en est

pas de plus longue et nous voudrions pouvoir la dresser complète.

Elle serait instructive.

Mais cette joie nous étant refusée, nous ne prendrons que trois

faits parmi ceux dont ces dernières années ont retenti:

A M. le contre-amiral SERRES, l'honneur de nous avoir gardé Taïti

malgré des obstacles nombreux.

A M. le commandant RIVIÈRE,[59] la gloire de n'avoir pas

désespéré, à Hanoï, de la mère patrie, et d'avoir tenu hautement,

fermement, son drapeau menacé.

[Note 59: Au moment où allait paraître la première édition de

ce livre, arrivait la cruelle nouvelle de la mort du commandant

Rivière, l'intrépide défenseur d'HANOÏ (Tonkin). La Société des

Gens de lettres, dont il faisait partie, s'est honorée en ouvrant

une souscription pour élever un monument au littérateur distingué,

à l'héroïque marin.]

A M. le lieutenant SAVORGNAN DE BRAZZA, la gloire aussi, gloire

incontestable, d'accomplir des conquêtes pacifiques, de faire

aimer le nom français, de faire désirer la protection de la France.

* * * * *

Ainsi, partout, l'action de notre marine militaire se manifeste,

bienfaisante, à nos intérêts mieux compris.

Ayons pour elle la sollicitude dont, ailleurs, on entoure ses

rivales, nous verrons bientôt les meilleurs résultats se produire.

Non pas, établissons-le clairement, que nous poussions, quand

même, aux immenses dépenses nécessitées par l'entretien et

l'accroissement de notre flotte de guerre.

Il est toujours triste de voir les forces d'un pays mises au

service de la plus effrayante des calamités: la guerre.

Notre désir ardent serait de penser qu'un moment viendra où les

peuples apprécieront les seuls bienfaits de la paix.

En attendant, il faut protéger la sécurité, la dignité de la

patrie. Car elle est bien éloignée (nous ne pouvons nous résigner

à dire _chimérique_), l'ère de la paix universelle!

Vienne un choc nouveau, nous retrouverons intrépides, prêts à

affronter tous les dangers, nos vaillants marins.

Malheureusement, l'expérience du passé nous le rappelle, la

bravoure n'est pas tout, il lui faut les moyens de résister à

l'écrasement par la force brutale.

Voilà pourquoi, sans autrement admirer les dernières conceptions

du génie naval, nous applaudissons à leur mise sur chantier.

Il est loin le temps où le sort d'une journée pouvait dépendre du

courage des combattants. S'il en était encore ainsi, nous serions

pleinement rassurés.

Les preuves du contraire abondant, la prudence exige que nous

nous mettions à l'abri des surprises, car il ne suffit pas de

construire des forteresses flottantes, nos ports doivent suivre

une pareille progression.

Souvenons-nous de l'étonnement provoqué par l'échouage de

la _Dévastation_, à l'instant où elle sortait des passes de

Lorient....

L'accident fut, relativement, peu de chose; mais admettons

qu'il eût eu lieu à la suite d'un combat, c'est-à-dire que la

_Dévastation_, obligée au repos, se soit hâtée de venir à Lorient

chercher un refuge: L'ennemi ne pouvait-il profiter de sa fâcheuse

situation pour la détruire?...

[Illustration: _Le Solférino_, navire de l'État.]

Supposition gratuite, nous le reconnaissons; toutefois ne

donne-t-elle pas lieu de réfléchir à sa possibilité?

Les anciens ports, malgré des travaux considérables, réclament

impérieusement une amélioration prompte, généreuse.

Il ne s'agit pas, dans un cas aussi grave, d'invoquer

l'éloignement relatif du danger; il faut y parer, l'amoindrir

jusqu'aux dernières limites.

Nous avons tout pour nous: Officiers instruits, marins solides,

bonne situation côtière; sachons tirer parti de nos richesses.

* * * * *

VOULONS, répéterons-nous à satiété....

Les obstacles ne sont pas plus formidables pour nous qu'ils ne

l'ont été pour nos rivaux, bien au contraire.

Voulons, oui, voulons, ne marchandons pas à l'une de nos égides

les moyens de se rendre invincible....

Le patriotisme, l'abnégation, la vaillance de nos marins fera le

reste.

Jamais ils n'ont manqué à leur noble tâche[60]...!

[Note 60: Nous les avons vus encore à l'œuvre sous le

commandement de l'illustre amiral COURBET qui, à SON-TAY (Tonkin),

a vengé le commandant Rivière et s'apprêtait à poursuivre une

vigoureuse campagne, continuée par la prise de BAC-NINH.]

[Illustration: LE SUFFREN]

CHAPITRE XLIV

LA COTE, DE CHERBOURG A COUTANCES

De même que les moindres replis de la côte, la campagne entière

serait à explorer. Très accidentée, elle forme une suite de

collines, de vallons parsemés de superbes ruines, de monuments

druidiques, de splendides châteaux anciens et modernes.

[Illustration: Château de Martinvast.]

Parmi ces derniers, le château de MARTINVAST tient une belle

place. Il se présente entouré d'un parc remarquable, rempli de

vieux arbres, de plantes exotiques et coupé de vastes pelouses, au

milieu desquelles se tient encore debout un donjon, seul débris

d'une antique forteresse.

L'église du village date du onzième siècle, elle est de style

roman.

Non loin, on trouve un dolmen classé parmi les monuments

historiques. Le bloc formant _table_, selon l'étymologie du

mot[61], n'a pas moins de 4 mètres de longueur, sur 2m.50 de

largeur et 1m.50 d'épaisseur. Les trois blocs qui le soutiennent

ont 1m.55 d'élévation.

[Note 61: _Dol_, table; _men_, pierre.--_Men_, pierre; _hir_,

longue.]

Certes, ce dolmen est remarquable, mais combien il perd de sa

majesté lorsqu'on se souvient des géants celtiques, disséminés à

la surface entière de la vieille péninsule bretonne, et que l'on a

pu contempler l'extraordinaire dolmen placé sur la rive droite de

l'embouchure de l'Aven. Celui-là se compose d'une plate-forme de

_quinze mètres_ de longueur sur _neuf_ de largeur!

[Illustration: Château de Tourlaville.]

Le reste du monument est dans les mêmes proportions.

Néanmoins, telles que sont les pierres druidiques de la Manche,

elles excitent la curiosité et l'intérêt. Les travaux nécessités

par l'établissement de la voie ferrée sont un autre sujet

d'admiration.

L'_allée_ couverte de TOURLAVILLE, appelée les _Roches

Pouquelées_, corruption probable du mot breton: _Poull-piket_[62]

mériterait bien que l'on se dérangeât pour la parcourir, même

si le beau château du seizième siècle, son voisin, n'était

intelligemment réparé.

Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel · 第 21 / 25 段