664 est la date certaine de l'avènement de Fécamp dans l'histoire.

Saint Waninge, disciple de saint Ouen et de saint Wandrille, fonda

en ce lieu une abbaye de religieuses que, vers 881, les Northmen

détruisirent.

Un siècle plus tard, ces hommes du Nord étant devenus, de

dévastateurs, les vigilants gardiens de la contrée, Richard Ier

(en 998) substitua au monastère ruiné une abbaye de Bénédictins,

placée sous le vocable de _la Trinité_.

[Illustration: FÉCAMP.--LES JETEES]

Promptement, la renommée de cette abbaye s'établit. Elle finit par

ne dépendre que du Saint-Siège et acquit des biens considérables;

un de ses abbés fut élu pape.

La possession d'une relique insigne avait produit toute sa

gloire. On connaît l'histoire du _Précieux Sang de Notre-Seigneur

Jésus-Christ_, apporté dans un tronc de figuier, qui aurait échoué

à l'embouchure de la rivière de Fécamp.

Ce fut pour honorer cette relique que le duc de Normandie releva

les ruines de l'abbaye primitive.

* * * * *

La belle église actuelle, dite de _Notre-Dame_, a été construite

au quatorzième et au quinzième siècles par les religieux, pour

remplacer leur chapelle délabrée.

Le terrain environnant ayant dû s'exhausser, il faut descendre

douze marches avant de pouvoir pénétrer dans l'édifice, où les

yeux charmés s'arrêtent sur une succession de chefs-d'œuvre.

Comment ne pas admirer le pilier du centre, soutien des voûtes

de plusieurs chapelles? Comment ne donner qu'un regard distrait

au _groupe_, travail du quinzième siècle, destiné à rappeler la

consécration de l'église?...

Serait-il possible de rester indifférent devant la _Dormition de

la Vierge_, ces belles statues polychromes groupées avec tant de

charme?...

Devant les vitraux et les lambris de la chapelle Saint-Thomas?

Mais, surtout, devant le _Christ voilé_, œuvre unique, merveille

de sentiment, on peut ajouter de génie, due à un humble

menuisier?...

Si longue que soit la visite, elle paraît toujours trop courte,

et, quoique bien dépouillée de ses richesses passées, Notre-Dame

est un de ces nobles monuments dont la conservation importe à la

gloire artistique d'un pays.

* * * * *

Bâti à l'embouchure des rivières de Ganzeville et de Valmont qui,

réunies, prennent le nom de la ville, Fécamp étend ses rues,

dont plusieurs ont une pente très raide, jusque sur la plage,

malheureusement trop envahie par les galets. Cet inconvénient n'a

pas empêché d'élever un fort bel établissement de bains de mer,

chaque année très fréquenté.

Le port est d'un abri sûr. Déjà très amélioré, il le sera plus

encore dans un avenir prochain, et son importance croîtra dans

de notables proportions. Toujours animé, il rompt agréablement

l'aspect triste de la côte, formée de roches crayeuses, abruptes,

d'un blanc grisâtre.

Vues de la mer, ces falaises produisent une impression morne,

augmentée par le froissement continuel des galets. Plusieurs

d'entre elles, nous le savons, dépassent la hauteur de 100 mètres

et se dressent comme des murailles à pic.

La baie formant le port a 1200 mètres d'ouverture. Deux jetées,

dites du nord et du sud, la protègent. La première, emportée, en

1791, par une violente tempête, a été reconstruite en maçonnerie

et poutres formant digue d'un côté et estacade brise-lames de

l'autre.

La profondeur d'eau, rendue plus importante par de récents

travaux, permet aux bâtiments de toute grandeur de pénétrer,

malgré les vents contraires, dans le port, qui garde le premier

rang, sur la Manche, pour la pêche de la morue (en Islande et à

Terre-Neuve), du hareng, du maquereau. Il va sans dire que la

pêche côtière n'est pas non plus dédaignée, et qu'elle donne lieu

à une activité constante.

* * * * *

Fécamp ne veut pas rester en dehors du mouvement salutaire

dont notre littoral va si largement profiter. Il y prendra, au

contraire, une place appréciée, et l'avenir ne saurait manquer

d'utiliser les ressources commerciales et industrielles qu'il a su

se créer.

En effet, les forges, les chantiers de construction, les scieries,

les filatures, les moulins à l'huile, les minoteries, les

tanneries... occupent toute une population de travailleurs.

Fécamp prouve ce que peut une ville industrieuse, même placée dans

un voisinage redoutable. La prospérité du Havre ne la décourage

pas, tout au contraire. Elle lui est un stimulant qui l'empêche

d'oublier la condition maîtresse du succès: le travail.

* * * * *

En outre des feux éclairant les approches du port, Fécamp possède

un sémaphore et, dans son voisinage immédiat, un beau phare de

première classe, bâti au sommet de la falaise, près de l'antique

chapelle du Bourg-Beaudoin.

Henri Ier roi d'Angleterre, fils du Conquérant, fonda ce

charmant petit édifice gothique.

Tout à côté de l'église, se voyait le château, ou citadelle,

fortifiée par Guillaume _Longue-Épée_.

Ruinée, puis reconstruite, elle fut, un moment, au pouvoir de la

Ligue.

Sans doute, il semble oiseux de raconter, après tant d'autres

chroniqueurs, l'exploit du fameux BOIS-ROSÉ. Cependant, il paraît

presque aussi impossible de le passer sous silence, car une

semblable légende s'impose à l'attention du touriste.

[Illustration: FÉCAMP.--PONT D'UN BATEAU POUR LA PÊCHE DU HARENG]

A dessein, nous nous servons du mot légende: des critiques sérieux

ayant contesté le mode de surprise employé par Bois-Rosé.

Mais,--ne l'a-t-on pas fait mille fois remarquer?--il y a des

fables trop séduisantes pour qu'elles ne soient pas mieux

accueillies que l'histoire.

Sans le vouloir, et en dépit d'un scepticisme de bon aloi, on

frissonne quand, arrivé en haut de la falaise, les chroniqueurs du

pays vous racontent l'aventure chevaleresque.

* * * * *

Ne pouvant enlever la ville par terre, Bois-Rosé résolut de la

surprendre du côté de la mer. Il gagna quelques soldats de la

garnison, puis, tout étant bien convenu, choisissant une nuit

sombre, il vint en barques, avec un groupe d'hommes déterminés,

attendre, au pied des roches, le cordage promis.

Les soldats tinrent parole, une forte échelle de corde se déroula

et pendit, touchant le flot..... Mais il fallait, chargés des

lourdes armes de l'époque, se hisser par la seule force du poignet

jusqu'au sommet de la falaise.....

[Illustration: Notre-Dame-de-Salut.]

Impossible de reculer. La mer montante avait emporté les barques:

on n'échapperait pas à son étreinte.

Les aventuriers regrettèrent peut-être l'engagement pris, mais

il n'était plus temps. Bois-Rosé les pressait, mieux valait

encore tenter la seule chance qui restât. Accrochés au câble, ils

commencèrent l'ascension vertigineuse; le chef venait le dernier,

afin de prévenir les défaillances.

En bas, la mer grondait sourdement; en haut, ce pouvait être

la mort. Et puis si la corde, qui tournoyait et s'effilait en

frottant les arêtes du roc, allait rompre!

Un des aventuriers sentit son cœur faiblir..... il entraînerait

avec lui ses compagnons dans l'abîme.....

Bois-Rosé, prévenu du péril, s'en fie à son audace, à sa force.

Escaladant les épaules des hommes qui le précèdent, il arrive au

défaillant, et, le menaçant d'un poignard, le force à continuer la

terrible ascension..... Mille chances contre une se réunissaient

pour empêcher la réussite. Cette chance unique prévalut; Bois-Rosé

emporta le château, ce qui amena la capitulation de la ville.

Peu de gymnastes voudraient renouveler pareil exploit. Ils

auraient grandement raison, d'ailleurs: les falaises sont

perfides. Des pans énormes glissent, parfois, tout à coup dans

les flots, car il ne faut pas oublier que les courants minent la

côte, et que les influences atmosphériques complètent leur œuvre

dévastatrice.

[Illustration: FÉCAMP.--Petit bateau de pêche.]

[Illustration: ÉTRETAT]

CHAPITRE XVI

DE FÉCAMP AU HAVRE PAR ÉTRETAT

Si l'aspect général de la côte est triste, les campagnes sont

riantes et, c'est par une route bien ombragée, aux horizons

accidentés, que l'on arrive dans la vallée profonde où YPORT

présente ses premières habitations, avant de se déployer jusque

sur la grève. Ici, rien de remarquable, quant à la mer, mais

les délicieuses promenades des alentours attirent beaucoup de

baigneurs qui, sortis de l'eau, peuvent prendre un exercice à la

fois salutaire et agréable.

[Illustration: Yport.]

Les buts d'excursion ne manquent pas. Le vallon sauvage de

Vaucotte et sa baie pittoresque, les sources de Grainval, le bois

des Hugues, le rivage entier occupent largement le temps.

La population se livre à la pêche. Pour protéger l'échouage

des barques, une petite jetée a été construite; elle suffit au

mouvement de la navigation; la prospérité d'Yport étant surtout

attachée à la beauté des sites qui l'environnent.

* * * * *

Le rivage change peu à peu. Les rochers crayeux vont céder la

place aux falaises de sable et d'argile; mais il semble que la

nature ait voulu commencer un travail gigantesque, arrêté en plein

essor par le choc irrésistible des flots.

La côte entière d'ÉTRETAT témoigne de ce bouleversement. L'aspect

en est aussi merveilleux qu'étrange.

Des obélisques, des blocs placés en arcades, des grottes.... les

prodiges ne manquent pas. Il y a pour plusieurs jours de surprises

nouvelles.

Presque tous ces différents rochers ont reçu des noms spéciaux

exprimant soit leur position, soit quelque particularité de leur

physionomie ou de l'exploration primitive que l'on en a faite.

[Illustration: ÉTRETAT.--Les falaises.]

La fameuse _Aiguille d'Étretat_, haute de près de 70 mètres,

s'élance d'un banc de récifs sous-marins par un jet d'une

admirable majesté. Deux portes, c'est-à-dire deux roches percées

en forme de porte ou d'arc, sont voisines de l'Aiguille et

s'appellent: la première (située au nord) _Porte d'Amont_; la

seconde (située au sud) _Porte d'Aval_[15]. Une troisième, un peu

éloignée, s'appelle la _Manneporte_.

[Note 15: Il est bon de se rappeler que l'_amont_, en style

maritime, est le côté de la source d'une rivière, par exemple;

l'_aval_, le côté de l'embouchure. On comprend dès lors les

applications possibles de ces mots.]

Celle-ci est peut-être encore plus grandiose. Par une nuit calme,

sous le reflet de la lune, l'ensemble devient féerique. On

croirait voir les débris du palais d'un enchanteur.

Parmi les grottes, la plus considérable porte le nom de _Trou à

l'homme_. De jolies roches blanches la pavent. Sur le _roc aux

Guillemots_, les chasseurs peuvent faire preuve d'adresse, en

s'essayant contre les oiseaux de mer dont ils usurpent la place

favorite.

Et, si l'on veut contempler dans toute sa beauté l'effet de la

marée montante, le _Chaudron_, pittoresque excavation, fournit

l'observatoire le plus propice.

* * * * *

Étretat offrait-il déjà ces merveilleuses bizarreries naturelles,

quand les Romains y construisirent les villas, les maisons de

bains et autres édifices dont quelques-uns ont été découverts il y

a peu d'années?

Cela reste probable, sans pourtant être certain, car ces parages

ont subi bien des changements depuis les premiers temps de l'ère

chrétienne.

* * * * *

L'église, construite sur le plan de l'église de Fécamp, et

vraisemblablement par les mêmes architectes, a été, comme

celle-ci, rangée parmi les monuments historiques.

On éprouve un plaisir toujours nouveau à détailler la riche

ornementation de son portail.

Autrefois, le jardin du presbytère contenait une chapelle dite

de Saint-Valery. C'était, avec la crypte de Saint-Gervais, à

Rouen, le plus ancien des édifices religieux du département de la

Seine-Inférieure: il datait du huitième siècle, mais, absolument

ruiné, on n'a pu le conserver plus longtemps.

* * * * *

De la falaise et de la plage, sous les galets, naissent plusieurs

sources abondantes qui, refoulées au moment de la marée montante,

s'épanchent librement à l'heure du reflux.

Les laveuses ne manquent pas de profiter de l'heure propice. Elles

accourent, creusent le lit des ruisseaux, et, tout aussitôt,

c'est un bruit de battoirs, d'éclats de rire, de voix fraîches

ou enrouées dont le mélange n'est pas sans attrait. Ces groupes,

ainsi opposés aux groupes de baigneurs et de pêcheurs amateurs,

composent des tableaux remplis d'imprévu.

Il ne faut pas manquer de se faire conter l'origine des sources,

vestiges, dira le narrateur, de la rivière _bue_ (!!) par une fée,

qui voulait se venger ainsi du mauvais accueil d'un meunier, dont

le moulin était situé sur ce cours d'eau.

Le moment viendra, peut-être, où la fameuse rivière, maintenant

souterraine, joignant son effort à celui des flots, contribuera à

engloutir la petite ville bâtie au-dessous du niveau de la pleine

mer.

Il suffirait, pour provoquer cette catastrophe, que la digue

naturelle, œuvre du courant, encombrant de ses galets tant de

grèves normandes, vînt à s'effondrer.

* * * * *

Des nombreuses stations de bains de mer de cette partie du

littoral, Étretat est la plus ancienne, la plus célèbre. Tout s'y

trouve réuni: beauté de la baie, charme des vallons et des coteaux

voisins.

Mais, dans l'avenir, une autre importance pourra être réservée au

vaste bassin formé par la ligne de cailloux délaissés à chaque

marée. Un port militaire trouverait ici les meilleures conditions

d'installation.

* * * * *

Hydrographes et ingénieurs ont, depuis longtemps, signalé les

avantages de la station. L'honneur du premier projet mis en avant

doit, semble-t-il, revenir à l'amiral Bonnivet, le triste favori

de François Ier, qui du moins pour une fois, faisait preuve de

clairvoyance et justifiait le titre qu'il avait reçu, malgré son

échec dans les intrigues destinées à doter François de la couronne

impériale d'Allemagne.

Toujours préoccupé de la grandeur de la France, Colbert, un

instant aussi, songea à fonder, à Étretat, un port, complément de

la défense de nos rivages sur la Manche.

Vauban appuya ce plan avec ardeur. Mais les guerres continuelles

entreprises par Louis XIV en empêchèrent la réalisation.

Pour le même motif, Napoléon dut se borner à concentrer sur

Cherbourg sa sollicitude.

Reprendra-t-on l'idée?

Il faut le désirer, si notre marine y doit trouver un élément

nouveau de grandeur et de prospérité. Il faut encore le désirer,

quand même la laborieuse population des pêcheurs serait seule à

profiter, d'abord, des avantages créés.

Le progrès obtenu par le travail intelligemment dirigé ne reste

jamais infructueux.

* * * * *

Les circuits des falaises nous amènent au cap d'ANTIFER, élevé de

116 mètres au-dessus de la mer. Un sémaphore y a été construit.

L'horizon est toujours splendide, la campagne souriante.

Les contours de la côte se profilent, à la fois, sur les flots et

sur le ciel.

* * * * *

Mais voici que les phares du cap de la HÈVE deviennent distincts.

Arrêtons-nous un moment et, avant d'entrer au Havre, le port-roi

de la Manche, avant d'aller visiter ses quais, ses bassins ouverts

aux plus grands steamers, rendons-nous compte de ce qu'est un

_phare_, un _sémaphore_..... toute cette télégraphie maritime si

intéressante, quoique si peu connue des pauvres _terriens_.

[Illustration: YPORT.--Pêcheurs.]

CHAPITRE XVII

LES PHARES DE LA HÈVE.--LE PAIN DE SUCRE.--N.D. DES FLOTS.--LES

BOUÉES

Le cap de la Hève est situé à l'extrémité nord de l'embouchure

de la Seine; il forme la limite ouest du département de la

Seine-Inférieure.

Le terrain a, de nouveau, changé. Les grands rochers d'Étretat

font place à des rivages escarpés, il est vrai, mais composés

d'argile, de sable, de terre crayeuse sans grande consistance.

Aussi, la mer, rencontrant cette proie facile, gagne-t-elle,

chaque année, de grands espaces. Le nom même du cap explique le

péril dont il est menacé; on le dérive du mot _hew_, signifiant

_frapper, être frappé_.

Un banc de roches, dit de l'_Éclat_, situé aujourd'hui à près

de 2 kilomètres du rivage, marque la place où, en l'année 1100,

s'élevait l'église de Sainte-Adresse (commune renfermant le cap).

Lorsque la tempête s'élève, l'action combinée de la pluie, du

vent, des flots et des petites sources, filtrant à travers les

terrains, produit les effets les plus désastreux. En une seule

nuit, vers la fin de 1862, les falaises de la Hève croulèrent

sur une largeur de 15 mètres! Et le moment approche où il faudra

songer à reconstruire les phares menacés de s'effondrer dans

l'abîme!

On comprend, dès lors, le soin vigilant avec lequel il faut tenir,

ici, en bon état tous les travaux intéressant la navigation.

* * * * *

Le panorama offert du sommet du cap est un des plus beaux que

l'on puisse rêver. Derrière soi et des deux côtés, des chaînes

de collines offrent de gras pâturages, des villas, des bourgs en

pleine prospérité.

En face, la mer s'étend à perte de vue.

A l'extrême gauche, du côté de l'ouest, on distingue parfois le

cap de _Barfleur_ (département de la Manche) et Dives; plus près,

c'est l'entrée de la Seine, la montagne de Honfleur. Au-dessous de

soi, enfin, le Havre, son port, l'incessant mouvement maritime qui

le rend si attrayant.

[Illustration: Phares de la Hève.]

A l'est, la vue se prolonge au delà d'Étretat; il faut un effort

véritable pour s'arracher à cette contemplation.

* * * * *

Mais on ne saurait quitter la Hève sans visiter attentivement ses

deux beaux phares.

Et, tout de suite, nous allons ouvrir une parenthèse, afin de nous

mettre en garde contre une erreur trop répandue.

Beaucoup de voyageurs, peu accoutumés à réfléchir, à observer,

confondent ces deux expressions: _phare_ et _sémaphore_. Ils

s'imaginent que, toutes deux, se rapportent au même objet: la

faute est lourde.

* * * * *

Un sémaphore est un télégraphe maritime. Son nom se compose de

deux mots grecs voulant dire: _Je porte des signes_. En effet, _il

porte_, ou autrement il envoie des messages aux navires, par le

moyen de drapeaux ou pavillons, manœuvrés d'une façon convenue.

Lorsque nous descendrons au Havre, nous ne manquerons pas d'aller

interroger le télégraphe marin de la jetée, pour nous rendre

compte des signaux que, continuellement, il échange, soit avec les

navires entrant au port, soit avec les navires sortant.

[Illustration: Sémaphore.]

Un phare (on l'appelle parfois aussi: _fanal_, _tour à feu_, à

cause de sa forme) est destiné à éclairer l'entrée d'un port, la

place d'un écueil dangereux, les contours d'une côte périlleuse.

En un mot, il a pour mission de guider la marche des navires

pendant la nuit.

On se souvient que la première tour à feu connue fut élevée par le

roi d'Égypte Ptolémée, quatre cent soixante-dix ans avant l'ère

chrétienne, sur une montagne de ses États appelée _Pharos_[16]. La

tour prit le nom de la montagne et, depuis, le mot _phare_ a été

généralement adopté.

[Note 16: Dans une île, plus tard réunie, par une digue, à

Alexandrie.]

Dans le principe, on éclairait les tours à feu au moyen de bûchers

plus ou moins soigneusement entretenus; mais il en résultait une

lumière ou trop faible ou trop variable.

[Illustration: Lentille de phare.]

De nos jours, le service de ces utiles établissements a été

organisé d'une admirable façon, et le nom de FRESNEL[17] sera

toujours prononcé avec reconnaissance par les marins. Il inventa

tout un système de _réflecteurs_, ainsi que les _lentilles à

échelons_.

[Note 17: Auguste-Jean Fresnel naquit en 1788, dans le

département de l'Eure, à Broglie. C'était un très savant

ingénieur, qui modifia, sur plusieurs points, l'enseignement de

cette science si importante, la physique. Il perfectionna les

phares et inventa le système dit: _phares lenticulaires_. Il

mourut en 1827]

Pour se rendre compte de ces dernières, il suffit de regarder une

persienne. Les lames en bois de celle-ci ont servi de modèle aux

échelons de celles-là.

Par une telle disposition, la lumière _d'une seule_ lampe atteint

un éclat que donneraient à peine _quatre mille_ lampes ordinaires!

On voit tout de suite les immenses avantages du système Fresnel.

* * * * *

Les phares à appareils lenticulaires sont appelés _dioptriques_,

par allusion aux divers milieux que la lumière doit traverser.

* * * * *

Les phares à _appareils à réverbères_ sont appelés _catoptriques_,

par analogie à la manière dont la lumière vient se réfléchir sur

des surfaces polies.

Les appareils de la Hève sont dioptriques.

* * * * *

Les phares sont divisés en plusieurs classes, selon la distance

où leur éclat se projette. Ceux de premier ordre sont visibles à

près de 60 kilomètres. Ceux de second ordre peuvent porter leur

bienfaisant rayon à 40 kilomètres. Ceux de troisième ordre ne

dépassent pas une distance de 24 kilomètres.

* * * * *

Comme il arrive que les difficultés d'une côte peuvent nécessiter

la construction de phares assez rapprochés, on a remédié aux

dangers qui en résulteraient, pour les navigateurs, par les plus

ingénieuses combinaisons.

Ainsi, il y a des phares à _feu fixe_; d'autres sont _à éclats_

visibles pendant un espace de temps déterminé; d'autres sont à

_feu tournant_, variant de couleur.

* * * * *

Un phare, généralement, ressemble à une grande colonne que

surmonte l'appareil éclairant connu sous le nom de lanterne.

Le rez-de-chaussée est occupé par les chambres des gardiens

et la cuisine. Un escalier en fer monte en spirale jusqu'à la

plate-forme. Les moindres détails acquièrent une importance

capitale, car de leur bon fonctionnement dépend l'utilité du

phare. Et si, par malheur, la négligence du gardien en omettait

quelques-uns, des sinistres maritimes irréparables pourraient

s'ensuivre.

* * * * *

Entrons, d'abord, dans la chambre dite de _quart_. Ce nom est

essentiellement du domaine de la marine. Il vient de cette

circonstance, qu'à bord d'un navire, l'équipage veille,

alternativement, de _quatre heures_ en quatre heures chaque nuit.

Les phares de première classe ont, ordinairement, plusieurs

gardiens qui se partagent la surveillance de la lampe. La chambre

de quart n'a pour tout meuble qu'un fauteuil, une table, une

pendule.

Trois boutons de sonnette s'incrustent dans le mur; chacun d'eux

correspond à une des chambres du rez-de-chaussée occupées par

les autres gardiens. Lorsque le veilleur a terminé son _quart_,

il presse l'un des boutons, et le remplaçant, averti, se hâte de

venir prendre son poste.

[Illustration: Chambre de quart.]

Au milieu de la lanterne, remarquons un long tube perpendiculaire

dans lequel montent et descendent les contre-poids faisant mouvoir

le mécanisme de la lampe.

Si le feu est _fixe_, nul autre soin à prendre que de veiller à ce

que les mèches fonctionnent parfaitement.

Si le feu est _à éclats_, il faut s'assurer, de temps en temps,

que l'écran, destiné à voiler la lumière, glisse avec régularité

et juste pendant les moments précisés sur les livres indicateurs.

De même, si le feu est, par exemple, blanc d'abord, vert ensuite,

il est nécessaire de surveiller le passage des disques colorés

au-devant de la lampe.

[Illustration: Le pain de sucre]

Tous ces divers changements, et leur durée respective, sont connus

des navigateurs; il peuvent, avec une entière sécurité, s'en

rapporter à leurs livres, car le service des phares, comme celui

des sémaphores, est organisé strictement, régulièrement.

* * * * *

Quelques phares ont été alimentés au gaz et le résultat obtenu fut

heureux. Maintenant, on étudie l'emploi de la lumière électrique.

Le port du Havre est, depuis peu, éclairé par ce procédé. Mais

l'attente générale a été déçue. Les plaintes se sont multipliées.

Ce n'est qu'une affaire de temps. Les savants ont trouvé un moyen

pratique pour généraliser l'emploi utile et facile de cette

merveilleuse lumière.

M. REYNAUD, ancien inspecteur des phares, a beaucoup contribué à

cet important perfectionnement.

* * * * *

Maintenant que nous avons pu apprécier à leur juste mérite, non

seulement les belles constructions des phares, mais les services

qu'elles rendent, prenons le sentier conduisant à Sainte-Adresse;

il nous mènera ensuite au Havre.

Ne nous approchons pas trop du bord de la falaise, le terrain

pourrait crouler sous nos pieds.

* * * * *

A mi-chemin des phares, nous trouverons un des _amers_[18] de

cette partie de la côte normande.

[Note 18: Nous avons déjà donné la signification de ce mot,

qui peut être traduit par: _point de repère_.]

Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel · 第 8 / 25 段