Il peut se faire que le pêcheur de Biervliet ait donné un grand

essor, dans son pays, à cette industrie, mais les Hollandais vont

trop loin en lui en attribuant _l'invention_.

Les archives françaises renferment des pièces émanant de nos

rois, et portant sur des questions de règlement ayant trait au

commerce du _hareng salé_. Plusieurs de ces documents remontent au

treizième siècle; ils sont donc de beaucoup antérieurs à l'époque

où vivait le pêcheur devenu célèbre.

Circonstance remarquable, ils parlent du salage du hareng

non comme si la découverte de ce moyen de conservation était

_récente_, mais comme d'une chose habituelle.

On peut donc, en vérité, supposer que le nom de l'_inventeur_ est

encore à trouver.

* * * * *

[Illustration: Le hareng.]

Quoi qu'il en soit, la Hollande, pendant bien longtemps, employa

de véritables flottes pour la pêche de l'humble petit poisson, et

c'est un proverbe vrai celui qui affirme que la ville d'Amsterdam

est bâtie sur des _arêtes de harengs_, l'origine de la plupart des

fortunes amsterdamoises datant de l'ère, florissante entre toutes,

où les Hollandais avaient le monopole de cette pêche.

* * * * *

Aujourd'hui, les nations riveraines de la mer du Nord, de la

Manche, de la Baltique, ne manquent point de tenir compte du

passage des _bancs_ de harengs. Les Écossais se distinguent

principalement par leur ardeur à chercher à monopoliser le

commerce de ce poisson, très abondant sur leurs côtes.

En France, plusieurs de nos ports arment pour la pêche du hareng.

Dix mille marins, environ, y sont employés. C'est au mois de

juillet que la campagne commence et, généralement, dans les

parages des archipels des îles Shetland et des Orcades. Vers la

fin de septembre, les _bancs_ suivent la mer du Nord et viennent

dans la Manche, où on les poursuit jusqu'à la fin de décembre.

* * * * *

Voir un hareng mort, même à l'état frais, ne peut donner une idée

de la beauté de son aspect lorsque la vie l'anime. L'or, l'argent,

les pierres précieuses semblent former la matière même de ses

écailles.

* * * * *

La pêche a ordinairement lieu la nuit. Les filets, appelés

_tessures_, sont immenses, des _flotteurs_ les maintiennent,

dans une position verticale, en avant de la route suivie par le

poisson. Les _bancs_ donnent, tête baissée, contre l'obstacle.

Il s'agit ensuite d'en alléger le filet. Le moment est arrivé où

commence l'opération du salage.

Les pêcheurs arrachent les intestins des harengs et placent le

poisson, avec du sel, soit par couches, dans les barils, soit

tout simplement à fond de cale du bateau. Plus tard, au port de

débarquement, on reprendra la manipulation.

* * * * *

Tous, nous connaissons les deux états que l'industrie fait subir

au hareng capturé.

Il est appelé _pec_, quand on le consomme salé. Il est appelé

_saur_ lorsque, préalablement sorti de la saumure, on le suspend

à des baguettes au-dessus d'un foyer garni de petits fagots de

chêne, de hêtre ou de genévrier. Ce dernier bois, très aromatique,

fait merveille pour le _saurissage_.

Les fagots doivent brûler lentement, et les cheminées des foyers

sont disposées de manière à ce que la fumée, se répandant tout

autour du poisson, pénètre bien sa chair et détruise les germes de

fermentation. Après ce dernier soin, il n'y a plus qu'à livrer le

hareng à la consommation.

* * * * *

Boulogne s'occupe donc activement de cette pêche productive, ainsi

que de la pêche de la morue.

Mais nous ne reviendrons sur cette dernière qu'au moment où nous

aurons à nous intéresser aux armements pour la pêche sur les bancs

de Terre-Neuve.

Nous ne pouvons quitter la jolie ville mi-partie française,

mi-partie anglaise, sans donner un peu d'attention à la pêche

côtière et à celle du rivage.

Faisons une petite station à la poissonnerie; les marchandises

les plus délicates y pourraient abonder, car le fond de sable des

côtes nourrit le turbot, la sole, la barbue, sans compter la raie

et beaucoup d'autres espèces utiles....

[Illustration: BOULOGNE.--La poissonnerie.]

Par malheur pour Boulogne, comme pour nombre d'autres ports de

mer, grands ou petits, Paris, toujours affamé, accapare le produit

des bateaux de pêche, et fait main basse sur le contenu des

paniers des infatigables pêcheuses de crevettes et de coquillages.

Les pêcheuses boulonnaises sont renommées, entre toutes, pour

l'intrépidité avec laquelle, courant au-devant du flot, on les

voit jeter leur filet, n'importe le temps qu'il puisse faire.

Robustes et fraîches malgré un si dur métier, elles apportent dans

la famille une aide réelle.

Pourtant le salaire est bien mince! Car si la crevette reste un

aliment de luxe, il faut s'en prendre à bien d'autres causes que

le gain des pauvres pêcheuses.

* * * * *

Les crevettes appartiennent à la classe des animaux dits

_crustacés_, ou recouverts d'une _croûte_ et, en effet, nous

voyons les écrevisses, les homards, les langoustes, les crabes,

les crevettes, revêtus d'une enveloppe ou croûte qui, chez eux,

remplace en quelque sorte le squelette.

[Illustration: BOULOGNE.--Pêcheuses.]

* * * * *

Heureusement pour les gourmets, la crevette ne peut se conserver

longtemps hors de l'eau. Il devient impossible de commettre à

son égard le _crime_ dont on se rend coupable envers les pauvres

homards et les langoustes, expédiés vivants dans des paniers où

leur chair se fond en eau, ne laissant plus, après cuisson, qu'une

carapace vide au moins des deux tiers.

On divise les crevettes en deux espèces distinctes: celles qui

deviennent d'un beau rouge sous l'action du feu, et celles qui se

teintent à peine d'une nuance rose.

[Illustration: BOULOGNE.--Le beffroi.]

Les rivages boulonnais ne sont pas, loin de là, dépourvus de

homards ni de langoustes, mais nous retrouverons ces excellents

crustacés infiniment plus nombreux sur les côtes bretonnes, où les

récifs multipliés leur offrent tous les abris nécessaires.

* * * * *

A côté des industries se rapportant à la marine, il faut placer,

comme un élément de la richesse du vieux comté boulonnais, les

entreprises diverses que l'on y a implantées. C'est ainsi que nous

trouverons des fabriques de plumes métalliques, des scieries, de

nombreuses usines qui produisent un ciment très renommé.

* * * * *

L'élevage des chevaux y est assez fructueux.

On le voit, le département du Pas-de-Calais se montre le digne

voisin du département du Nord.

Donnons encore un coup d'œil aux belles promenades de Boulogne,

à ses ponts, à ses quais si animés, à ses bassins, et souhaitons

que les travaux dont elle doit être l'objet apportent un élément

nouveau à la prospérité de cette ville si intéressante.

[Illustration: Crevette.]

[Illustration: BOULOGNE.--LE CASINO ET LA PLAGE]

CHAPITRE VII

DE BOULOGNE A L'EMBOUCHURE DE LA SOMME

Nous passons au PORTEL, industrieux petit port qui est, en même

temps, une localité s'occupant activement d'agriculture. Ses

propriétaires fonciers s'adonnent à l'élève des chevaux et y

réussissent fort bien.

* * * * *

Puis, toujours en suivant la côte, nous traversons plusieurs

petites plages avant d'arriver à ÉTAPLES, ville située à

l'embouchure de la CANCHE et qui, une fois de plus, nous montrera

l'instabilité des prospérités en apparence le mieux établies.

On s'accorde assez généralement pour reconnaître dans Étaples une

station romaine, _Quintovicus_. Des fouilles pratiquées à diverses

époques ont confirmé, sinon le nom, tout au moins l'importance de

l'ancienne cité.

Mais la mer a passé par là, amoncelant le sable, exhaussant le

fond de l'estuaire, et le port a vu diminuer, chaque année, le

nombre des navires qu'il pouvait recevoir.

Aujourd'hui, les bateaux de pêche sont à peu près ses seuls

visiteurs.

* * * * *

Cette situation a appelé, depuis longtemps, l'attention de l'État,

qui reconnut la nécessité de la plantation de végétaux spéciaux

pouvant amener l'immobilisation des dunes.

«Les premières tentatives faites à cet effet remontent à près

de trois siècles. Elles eurent lieu dans la baie de Canche,

pour préserver Étaples d'un engloutissement imminent. On se

servit, pour fixer les dunes, de la plante appelée oyat (_Arundo

arenaria_), qui rayonne partout avec ses longues racines, et

prépare admirablement le terrain sablonneux à recevoir le semis

des arbres destinés au boisement.

«Des lettres-patentes de 1608 ordonnent, sous Henri IV, de planter

_des hoyards pour arrêter l'invasion des sables sur les côtes de

France_.

«Depuis cette époque, plusieurs titres constatent les mêmes

préoccupations et ordonnent, encore, diverses mesures de

précaution à prendre.

«Enfin, de nos jours, quelques propriétaires intelligents se sont

livrés, en grand, à la fixation des sables par le boisement et ont

obtenu d'excellents résultats, en fertilisant des dunes stériles

et en abritant ainsi les cultures voisines contre les sables

mouvants.

«C'est ce que le célèbre ingénieur Brémontier a fait jadis pour la

côte de Gascogne.»

Par tous les moyens possibles, ces travaux si utiles sont

encouragés. L'État, non seulement y pousse les propriétaires de

dunes, mais il leur fournit souvent les graines nécessaires aux

semis. Les conseils généraux votent des subventions, distribuent

des récompenses.

La question en vaut la peine quand on songe que, dans le

Pas-de-Calais seul, plus de _dix mille hectares de dunes_

constituaient une ceinture sablonneuse, n'ayant pas moins de _six

kilomètres de largeur_! Ceinture toute prête à envahir, sous

l'influence des ouragans, les campagnes voisines.

Il est donc grandement désirable que toutes les communes

riveraines des plages de sable ne se lassent point de lutter

contre l'ennemi dont elles sont menacées.

* * * * *

Comme toutes les villes du littoral, Étaples supporta le choc

terrible des invasions normandes.

Ce fut en 842 qu'elle devint leur proie, et, certes, ainsi que

ses sœurs en infortune, elle répéta volontiers la mélancolique

invocation des populations maritimes françaises de la Manche, au

moyen âge:

«_De la fureur des Normands, délivrez-nous, Seigneur!_»

Trois cents ans plus tard, vers 1160, un comte d'Alsace, Matthieu,

la pourvut d'un château fort, détruit vers la fin du seizième

siècle. Quelques ruines en subsistent encore.

Étaples a attaché son nom à un traité de paix signé entre la

France et l'Angleterre.

Charles VIII, méditant la campagne d'Italie, se préoccupait des

dispositions de Henri VII, le monarque anglais, et voulut, de ce

côté, assurer le repos de son royaume. La négociation réussit;

un traité fut signé en 1492. Charles partit confiant en son

étoile. On sait les résultats éphémères de sa courte et brillante

campagne.

[Illustration: BERCK]

Un pont, de cinq cents mètres de longueur, relie Étaples à la

rive gauche de la Canche. Près de cette rive, MONTREUIL-SUR-MER

s'élève, porté par une colline d'environ cinquante mètres

d'altitude. C'est à son ancienne situation que Montreuil doit

son surnom; car, de nos jours, il est à une distance de seize

kilomètres du rivage.

Mais, autrefois, la mer venait battre le pied de son coteau

formant une vaste baie de l'embouchure actuelle du petit fleuve.

On va jusqu'à prétendre que les Phéniciens, ces hardis navigateurs

du vieux monde, avaient construit un phare sur le promontoire. En

se retirant, les flots laissèrent des mares saumâtres, au milieu

desquelles ne craignit pas de s'établir une petite population

gauloise qui, bientôt soumise par César, dut laisser bâtir le fort

_Vinacum_.

Cette opinion peut se soutenir, de même qu'une autre imposant à la

première bourgade le nom de _Wimaw_[8], dérivé du mot signifiant:

oseraie, en gaulois. Et vraisemblablement, en effet, les osiers,

de même que les joncs marins, ou oyats, devaient jouer un grand

rôle dans la défense de ces villes primitives. Nous ne nous

brouillerons donc pas avec les antiquaires; mais, les laissant

paisiblement accorder tant bien que mal leurs preuves, nous nous

occuperons surtout des faits certains passés ou modernes.

[Note 8: Le pays dont elle fait partie s'appelait, au moyen

âge, le _Wimeux_.]

* * * * *

Dès le neuvième siècle, Montreuil avait ses seigneurs particuliers

et, en 1188, elle se targuait fièrement de sa charte communale.

Fréquemment assiégée pendant les désastreuses guerres du moyen

âge, elle eut un instant de répit en 1299, lorsque Philippe IV _le

Bel_ et Édouard Ier d'Angleterre y signèrent un traité de paix.

Mais l'humiliante convention de Brétigny la donna aux Anglais. Dix

ans plus tard (1370), Duguesclin la délivrait du joug étranger.

Une dernière calamité lui était réservée. Les troupes de

l'empereur Charles-Quint s'en emparèrent en 1537, après un siège

célèbre pendant lequel les habitants firent preuve du plus grand

héroïsme. Une défense si belle trouva promptement sa récompense.

Les Français rentrèrent bientôt dans les murs de Montreuil.

Pour le présent, la ville se livre au commerce des toiles et elle

a acquis, près des gourmets, un renom justifié par ses excellents

pâtés de bécasses.

Quelques petits bâtiments caboteurs et des barques de pêche la

visitent.

Cela suffit pour entretenir son commerce et donner de l'animation,

à ses deux foires principales, dont la seconde, fixée au jour de

Sainte-Cécile, ne dure pas moins d'une quinzaine.

* * * * *

On ne peut quitter le département du Pas-de-Calais sans donner

quelques heures à BERCK, cette plage de sable si salutaire aux

enfants de faible constitution, et qui depuis quelques années à

pris un grand développement.

La ville est divisée en deux parties: l'ancien BERCK, quartier des

pêcheurs, appelé Berck-Ville éloigné de 3 kil. du nouveau Berck,

appelé Berck-Plage où viennent séjourner les baigneurs.

Trois hôpitaux y sont établis, l'un dépendant de l'assistance

publique de la Seine et pouvant contenir 500 enfants, un second

bâti par le baron Nathaniel de Rotschild pour ses correligionaires

et troisième dû à l'initiative privée[9].

[Note 9: La plupart des enfants admis dans ces établissements

sont orphelins, ou bien leurs familles n'ont pas les ressources

nécessaires pour les soigner. Le temps qu'ils passeront à Berck

restera, sans doute, leur meilleur souvenir, mais leur _saison_ de

bains de mer n'aura pas de joyeux lendemain...

Ne les oubliez pas, vous, les favorisés de la vie, et quand, vous

roulant gaiement sur le sable des grèves, ou vous précipitant

au-devant de la lame, vous vous trouverez plus forts, plus

vigoureux, souhaitez que les petits enfants pauvres de l'hôpital

de Berck recouvrent la santé.. Souhaitez que les difficultés de

l'avenir soient pour eux aplanies.

Montrez-vous dignes de votre propre bonheur.]

La plage s'est couverte de nombreux chalets, plus de 12000

baigneurs s'y rassemblent tous les ans pour s'y reposer ou y

retrouver la santé.

[Illustration: BERCK.--L'hôpital des enfants.]

Le Nord de la France ne compte guère de stations de bains plus

recherchée.

[Illustration: RUE.--L'ÉGLISE]

CHAPITRE VIII

LES PORTS DE LA SOMME

Le petit fleuve appelé AUTHIE marque la limite de la Somme et du

Pas-de-Calais.

Sa rive droite appartient à ce dernier; elle se termine par la

pointe de ROUTHIAUVILLE, où s'élève seulement un modeste hameau;

car, au fur et à mesure que l'on avance vers l'embouchure de la

Somme, le rivage s'abaisse; il finit, bientôt, par devenir tout à

fait plat, et les dunes de sable se représentent menaçantes.

De grands travaux sont nécessaires pour protéger les ports de

toute cette partie du littoral. Le sable est l'ennemi toujours

prêt. Aussi les navigateurs regardent-ils la baie de la Somme

et les rivages voisins comme extrêmement dangereux, les bancs

changeant souvent la face des chenaux les mieux connus, en venant

encombrer des fonds que l'on croyait être suffisamment pourvus

d'eau.

* * * * *

Afin de comprendre le péril, il faut se souvenir que ces plages

sont de formation nouvelle.

Ainsi, une petite ville appelée RUE, éloignée, maintenant, de

_dix_ kilomètres de la mer, était, il y a mille ans, un port

florissant. Un lac de _vingt mille_ hectares, connu sous le nom

de _Marquenterre_, l'entourait. Peu à peu, les dunes firent leur

œuvre; mais la Somme et l'Authie, ainsi que plusieurs autres

rivières et ruisseaux, coulaient librement; lors des grandes

marées, les dépôts maritimes s'ajoutaient aux dépôts fluviaux. Les

Picards se demandèrent s'ils ne devaient pas imiter les Flamands,

et assainir leur pays en le transformant.

Le travail fut long, opiniâtre; son achèvement complet ne

date guère que de cent cinquante ans; mais, aujourd'hui, le

Marquenterre est un pays relativement sain. Seulement, on doit

toujours veiller; car, le long du rivage, on retrouve les restes

de plusieurs villes enfouies sous le sable.

* * * * *

Le sol conquis forme, à présent, un excellent terrain de culture

et, quoique plat, offre de charmants points de vue.

La seule ville de quelque importance que l'on y rencontre,

Rue, est une très ancienne place forte qui obtint, au douzième

siècle, de son seigneur, Guillaume, comte de Ponthieu, une charte

communale. Les traditions affirment la présence de la mer au pied

de ses murailles.

Un fait beaucoup plus certain, c'est la renommée dont elle a été

entourée à cause du pèlerinage de son Crucifix.

Cette dévotion valut, à Rue, au quinzième siècle, un admirable

monument dont les nombreuses sculptures, ou ravissantes, ou

naïves, charment les yeux du visiteur.

Plusieurs statues de personnages célèbres ornent la façade de

cette église, dédiée au Saint-Esprit.

Ce sont celles de Philippe _le Bon_, duc de Bourgogne, des rois de

France Louis XI et Louis XII, placées côte à côte, des effigies

du pape Innocent VII et de sainte Isabelle ou Élisabeth, reine de

Portugal. Cette souveraine avait accompli le pèlerinage.

Au fronton même du portail, est un bas-relief expliquant la

légende du Crucifix, origine de la chapelle.

Louis XI avait fait don d'une forte somme en or à ce sanctuaire.

C'est par reconnaissance, probablement, que sa statue décore la

façade.

* * * * *

Le promontoire du CROTOY, à huit kilomètres de Rue, marque

l'extrémité sud des anciens marécages. La petite ville qui a pris

le nom de cette colline n'offre rien de bien intéressant. Située

sur la rive droite de la Somme, elle passa, au quatorzième siècle,

sous la domination anglaise.

Son château, bâti par les conquérants, eut le triste honneur de

recevoir, en 1431, Jeanne d'Arc prisonnière. La pauvre héroïne,

coupable d'avoir délivré sa patrie, ne devait quitter ce

cachot que pour aller expier, sur le bûcher élevé à Rouen, son

indomptable fidélité à sa mission divine.

Quarante ans après ce funeste événement, le 3 octobre 1471, Louis

XI et Charles _le Téméraire_, duc de Bourgogne, signaient, au

Crotoy, un traité de paix.

La ville actuelle et un banc de galets, appelé _le Barre-Mer_,

recouvrent deux anciennes villes devenues la proie des sables.

* * * * *

Quoique l'on ait construit, au Crotoy, un immense bassin de

retenue, afin de balayer les passes conduisant à la pleine mer,

les savants regrettent de ne pas voir concentrer sur ce petit

port, bien abrité du vent du large, les travaux exécutés à

SAINT-VALERY, dont le chenal reste beaucoup plus difficile et

expose les bâtiments à croiser longtemps devant lui.

Ainsi que le fait remarquer M. Élisée Reclus, la construction

du viaduc, établi pour relier Saint-Valery à la rive droite de

la Somme, hâte encore la formation d'îlots sablonneux qui, dans

un laps de temps très court, se relient au continent, troublent

le régime du fleuve et menacent de l'encombrer d'une manière

désastreuse pour la navigation.

[Illustration: Port à l'embouchure de la Somme.]

Mais on ne se lasse pas d'opposer tous les moyens possibles à

cet état de choses, et, il faut l'espérer, le moment n'est plus

éloigné où l'on pourra considérer comme vraiment vaincus tant de

formidables obstacles.

* * * * *

Le bourg de NOYELLES-SUR-MER a pris une importance nouvelle depuis

qu'il a servi de point de raccordement entre Saint-Valery et

Boulogne.

Lorsque la marée monte, l'estacade du chemin de fer, qui traverse

la baie, est battue par le flot. Elle ne mesure pas moins de 1567

mètres de longueur; on la regarde avec raison comme un admirable

ouvrage d'art.

* * * * *

SAINT-VALERY, sur la rive gauche et à l'embouchure de la Somme,

est une ville d'antique origine. Elle prit naissance, selon

toutes probabilités, lors de l'établissement du camp romain dont

on retrouve les restes dans son voisinage.

La préoccupation constante dont elle a été l'objet exerce une

heureuse influence sur sa prospérité.

Son port devient de plus en plus fréquenté. Le bassin de relâche,

construit à la pointe du HOURDEL, a déterminé cette recrudescence

de commerce.

Étagée sur une colline, la ville se divise en deux parties: c'est

dans _la Ferté_, ou ville basse, que le mouvement industriel et

commercial se concentre.

Mais c'est dans le _quartier des pêcheurs_ et dans la ville haute

que le voyageur et l'artiste trouvent matière à observation.

* * * * *

Tout ce peuple essentiellement maritime, habitué à braver en

face les dangers les plus redoutables, se montre à la fois grave

et exubérant d'allures, ardent ou froidement résolu. Il ne se

plaint pas trop. Si seulement, pourtant, on pouvait avoir plus

promptement raison des sables!

Le poisson qui se joue sur ces fonds est excellent, oui; mais les

barques labourent, par malheur, bien souvent, de leur quille, ces

bancs dont les marées déplacent le sommet.

C'est un danger de chaque heure, une cause toujours renouvelée de

craintes vives pour la bonne tenue des filets ou la capture de

leurs produits.

* * * * *

Sur le point culminant de la côte, s'élève l'église dédiée à

Saint-Valery.

* * * * *

Du plateau qu'elle domine, les yeux jouissent d'un admirable

horizon s'étendant, à la fois, sur la Manche, sur la baie de la

Somme et sur des campagnes, ou fertiles ou arides, selon que le

regard se porte soit vers le cours du fleuve, soit vers le rivage

parsemé de dunes.

On comprend mieux la valeur de la situation de la ville et

l'acharnement avec lequel elle fut souvent disputée.

Même sur cette côte maintes fois ravagée, Saint-Valery peut

revendiquer une place particulière dans le martyrologe des cités.

* * * * *

Que les anciens l'aient occupée, cela est hors de doute. A défaut

de monuments plus précis, des médailles, en grand nombre,

l'attesteraient. Mais un camp romain a été découvert sur l'espace

compris entre le cap HORNU et ROSSIGNY.

* * * * *

Valery, moine de l'abbaye de Luxeuil, se retira, vers 613, sur

ce point du rivage. La réputation de sainteté qu'il acquit amena

la fondation d'une abbaye bénédictine, et tôt après une ville

florissante fut élevée autour du monastère.

Malheureusement, les hommes du Nord ne devaient pas beaucoup

tarder à apparaître dans la baie de Somme.

Pillée, brûlée, non une fois, mais à plusieurs reprises,

l'infortunée ville allait succomber quand Louis III, roi de France

(conjointement avec Carloman, son frère), qui, dans sa part privée

d'héritage, comptait la Neustrie et le Ponthieu, vint barrer le

chemin aux envahisseurs.

La rencontre décisive eut lieu, en 881, à SAUCOURT-EN-VIMEU

localité voisine de Saint-Valery et d'Abbeville. Elle fut

meurtrière, mais une brillante victoire couronna les efforts de

Louis, alors à peine âgé de vingt et un ans.

Le retentissement de ce beau fait d'armes devait être immense.

Des poésies, tout de suite populaires, en consacrèrent la mémoire

et se perpétuèrent pendant plusieurs siècles. Un très curieux

manuscrit, en langue franque, relatant l'un de ces chants, a été

retrouvé à Valenciennes.

* * * * *

La triste série des guerres contre les Anglais amena une longue

période de ravages pour Saint-Valery qui, en 1356, au lendemain de

la funeste bataille de Poitiers, vit Charles _le Mauvais_, roi de

Navarre, lui apporter le deuil et la désolation.

Les excès des troupes de Charles furent si grands dans le pays

entier, que les milices des communes environnantes se soulevèrent

et vinrent assiéger Saint-Valery, principale garnison des

oppresseurs. Elles ne se laissèrent pas rebuter par une résistance

qui dura sept mois entiers et triomphèrent complètement.

* * * * *

La ville respira jusqu'au jour où Louis XI la fit brûler, avec Eu

et Cayeux, plutôt que de livrer ces places aux Anglais.

Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel · 第 4 / 25 段