voulut-elle réparer cette défaite. Le dernier boulevard de la
puissance anglaise sur la terre de France était tombé.
On prétend que Marie ne put se consoler de cet échec et que, peu
de mois plus tard, elle répétait sur son lit de mort:
«Ouvrez mon cœur, vous y verrez inscrit le nom de Calais!»
En souvenir de l'heureuse campagne de François de Guise, on
appliqua à Calais et à son territoire l'appellation de «pays
reconquis».
* * * * *
Un instant, notre possession se trouva compromise. Les Espagnols
s'en emparèrent en 1595, mais le traité de Vervins nous la
rendait bientôt.
Nous recouvrions et nous ne perdîmes plus notre _Gibraltar_....
* * * * *
Une si longue occupation étrangère devait laisser et a, en effet,
laissé des traces dans la ville. L'église, construite par les
Anglais, possède un clocher très élevé, dont le sommet s'aperçoit
de fort loin en mer et servait autrefois de phare.
L'hôtel dit _de Guise_ avait été bâti par Édouard III. Mais Henri
II, roi de France, l'ayant donné à son illustre capitaine, il prit
le nom du libérateur de la cité.
C'est à Richelieu que Calais, en 1636, dut la fondation de son
arsenal et de la citadelle.
* * * * *
Les remparts, maintenant plantés d'arbres sont transformés en
promenades. Les jetées sont fort belles et s'étendent assez loin
en mer pour protéger le port qui, est doté d'un nouveau bassin à
flot, avec 1800 mètres de quais verticaux et 7m50 de profondeur
en morte-eau. De plus, le chenal se trouve élargi et un superbe
outillage industriel y est installé: tels que treuils, grues...
De l'extrémité des jetées, on peut, lorsque le ciel est clair,
distinguer le château de Douvres et les côtes anglaises.
Que ceux de nos lecteurs qui n'ont jamais vu la mer, regardent
attentivement le dessin représentant _les jetées par un gros
temps_.
Ils pourraient croire à de l'exagération, mais ce serait
une erreur. Le dessin est d'une scrupuleuse fidélité....
malheureusement, encore, la mer se charge trop souvent de prouver
qu'il a été plutôt atténué!
Pensons aux pêcheurs forcés de lutter contre de tels dangers!
Répétons-nous qu'à la rude école de la pêche se forme notre
intrépide marine de guerre, et donnons un souvenir sympathique à
ces vaillants petits bâtiments dont l'équipage travaille, avec un
courage si indomptable, pour apporter dans notre alimentation une
variété salutaire.
Calais est encore assez fréquenté comme port de pêche; mais, en
dehors du service régulier des paquebots à vapeur qui ont chaque
jour, plusieurs départs, et du mouvement du port d'échouage
faisant communiquer la ville, par un canal, avec l'intérieur du
pays, la principale, ou, plutôt, la première industrie de Calais,
est la fabrication des tulles de soie et de coton. Le produit
annuel de ces fabriques dépasse trente-cinq millions de francs.
Toute une population (plus de dix mille ouvriers) y est employée
et se partage entre la ville proprement dite et son faubourg:
Saint-Pierre-lès-Calais[3].
[Note 3: On devrait écrire Saint-Pierre-lez-Calais. _Lez_ est
un vieux mot, une préposition signifiant _voisin_ de tel endroit.
Ainsi, par exemple, le château de Plessis-lez-Tours résidence
favorite de Louis XI.]
Les tulles de ces localités sont connus du monde entier et,
jusqu'à présent, conservent leur supériorité commerciale.
Les bains de mer sont extrêmement fréquentés à Calais: la plage
est si belle! Un casino vaste et commode y a été construit.
* * * * *
Un voyage dans cette ville devient donc très intéressant.
L'esprit se reporte aux souvenirs historiques qui ont rendu son
nom célèbre, et les yeux sont agréablement satisfaits par les
manifestations du génie moderne.
Il ne faut pas oublier que Calais eut la gloire de voir, en 1851,
établir, sur sa côte, le point de départ du _premier_ câble
sous-marin.
[Illustration: Une femme de Calais.]
Elle est, également, voisine de l'endroit choisi pour le percement
du tunnel projeté sous la Manche.
* * * * *
A dix kilomètres de Calais et touchant le cap Blanc-Nez,
se trouve SANGATTE. Là doit être l'entrée du fameux tunnel
sous-marin destiné à supprimer les désagréments de la traversée du
Pas-de-Calais. Seulement le tunnel se fera-t-il jamais? On sait
l'étrange émotion que l'annonce d'un pareil travail a excitée
en Angleterre. Après tout, cela peut être heureux, et sans
nous ranger, loin de là, parmi ceux qui déclarent l'entreprise
impossible, nous croyons, cependant à des difficultés extrêmes
d'entretien.
Rappelons que ce fut un Français, le savant ingénieur THOMÉ DE
GAMOND, qui soutint sans se lasser jamais, l'idée première du
projet de tunnel.
Rappelons, enfin, qu'un autre ingénieur, Charles BOUTET, a, dès
1867, croyons-nous préconisé la construction d'un PONT sur la
Manche.
Il expliquait son plan avec une verve et des démonstrations
entraînantes. Grâce à lui, le mot impossible semblait vraiment ne
point faire partie de la langue française, mais...
Mais, selon toutes probabilités, les passagers qui redoutent le
mal de mer seront, longtemps encore, obligés de se contenter des
_bateaux sans roulis_. Par malheur, ces bateaux ne répondent
guère, dit-on aux promesses de leur inventeur.
Voilà donc Sangatte forcé de renoncer, provisoirement au moins, à
l'importance qui lui vaudrait l'achèvement du tunnel, importance
autrefois obtenue si, comme le veulent plusieurs archéologues, ce
bourg fut le _Portus Itius_ des _Commentaires_ de César.
Nous avons déjà vu réclamer ce nom pour Mardyck. Nous allons le
voir, encore, donner à WISSANT.
* * * * *
Ce dernier bourg est voisin du cap Gris-Nez.
Jadis, la plus grande partie du commerce avec l'Angleterre prenait
cette route, et bon nombre de documents permettent de supposer que
César s'y embarqua, lorsqu'il crut le moment venu de tenter la
conquête de la Grande-Bretagne.
Mais Wissant perdit promptement son importance. Les dunes
s'accumulèrent autour de son enceinte et, dès le quatorzième
siècle, son port était abandonné.
Les ruines avoisinant le bourg attestent, tout au moins, un assez
long séjour des troupes romaines. On y trouve un camp, et des
constructions, en partie dégagées du sable qui les recouvrent,
permettent de se rendre compte de la situation de l'ancien port.
On visite encore avec intérêt le tumulus de la Motte Carlin,
assis sur une base de soixante mètres, et les amateurs, quand
même, d'antiquités, décorent le mont _d'Averlot_ du nom de _camp
de César_. Soit! La position, au reste, eût été bien choisie,
puisqu'elle est à une altitude de plus de quatre-vingts mètres.
Il est impossible, dans notre route vers Boulogne, d'oublier
AMBLETEUSE, à l'embouchure de la Slack ou Sélaque. [Illustration:
CALAIS.--Vue de l'entrée du port.]
On croit y retrouver une des nombreuses stations établies sur
cette côte par les Romains.
Ce petit port eut l'honneur d'être fortifié par Vauban. Son
écluse, ainsi que sa tour, furent construites sur les plans de
l'illustre maréchal.
Aujourd'hui ensablée, la rade était jadis excellente. Lorsque le
malheureux Jacques II Stuart, roi d'Angleterre, détrôné par son
gendre, Guillaume d'Orange, dut se résigner à chercher un asile
près de Louis XIV, ce fut à Ambleteuse qu'il aborda.
[Illustration: Ambleteuse.]
Treize ans plus tard, il succombait à Saint-Germain-en-Laye (1688).
* * * * *
Sept kilomètres plus loin, nous trouvons WIMEREUX, à l'embouchure
du petit fleuve du même nom. Le port formé par ce cours d'eau est
assez profond pour recevoir des navires importants. Peut-être
songera-t-on à l'utiliser; il pourrait rendre de grands services
sur cette côte sablonneuse.
Plus avancé dans les terres, est situé WIMILLE. Nous y entrons
pour saluer le tombeau des intrépides et infortunés aéronautes
PILASTRE DU ROZIER et ROMAIN.
On sait que, tous deux, avaient projeté de traverser en ballon le
Pas-de-Calais.
Ils imaginèrent d'ajouter le gaz hydrogène au système nouvellement
inventé par les frères MONTGOLFIER, et qui consistait dans la
dilatation de l'air atmosphérique par la chaleur.
[Illustration: Pilastre de Rozier.]
C'était commettre une irréparable imprudence. Les deux amis
montèrent en ballon à Boulogne, le 15 juin 1785. Tout d'abord, ils
s'élevèrent très haut et firent assez rapidement une petite partie
de la route, mais le gaz prit feu au contact de la chaleur dégagée
par la montgolfière....
Les flammes atteignirent la nacelle et les aéronautes vinrent se
briser sur le sol de Wimille.... On les enterra dans le cimetière
du bourg.
Ils furent les premières victimes de l'admirable découverte.
Combien d'autres devaient et doivent les suivre, avant que le
génie de l'homme puisse espérer soumettre les forces de l'air!...
[Illustration: Montgolfière de Pilastre de Rozier.]
[Illustration: BOULOGNE--LE PORT, VU DE LA JETÉE DU PIDOU.
D'après une vieille gravure par Ozanne en 1776.]
CHAPITRE V
BOULOGNE-SUR-MER
Située à l'embouchure du petit fleuve la Liane, sur la mer de la
Manche, BOULOGNE est une très jolie ville, au commerce actif, aux
armements de pêche importants.
Elle se divise en deux parties: haute et basse ville.
La première, bâtie sur une colline dominant la rive droite de la
Liane, n'a point de rues bien régulières. Pourtant elle possède
un grand attrait, car les remparts, plantés d'arbres, offrent
des promenades délicieuses, et la vue s'y étend sur le port, les
plages, la mer... Elle a gardé la forme d'un quadrilatère percé de
quatre portes à l'instar des camps et des castrums romains[4].
[Note 4: Son château fut bâti par Philippe Hurepel; son
vieux beffroi médiéval et sa splendide cathédrale élevée par Mgr
Haffreingue attirent l'admiration.]
Quand le temps est propice, les blanches falaises qui ont donné
leur nom à l'Angleterre[5] deviennent visibles, et l'on découvre
aussi une grande partie du Pas-de-Calais. Les campagnes voisines
de la colline sont fraîches et fertiles. La Liane, très large,
anime le paysage et, à lui seul, le port, toujours rempli d'une
multitude de navires à voiles et à vapeur, devient un tableau
mouvant de l'aspect le plus pittoresque.
[Note 5: Les poètes appellent encore l'Angleterre de son
ancien nom: _Albion_, qui vient de la langue celtique: _alb_ ou
_alp_. Ce nom s'explique par l'escarpement des falaises sud-ouest
du pays, ou encore, par leur blancheur, car la craie les compose
pour la plus grande partie.]
* * * * *
La basse ville prend chaque jour une importance nouvelle. Bien
construite, elle annonce la richesse, et son apparence n'est point
trompeuse.
Boulogne est redevenue, en quelque sorte une cité anglaise. La
beauté de ses campagnes, sa magnifique situation, sa proximité
avec Folkestone, qui rend le passage en Grande-Bretagne très
fréquenté, la facilité des transports pour la France et l'Europe
entière, tout se réunit en faveur de cette jolie ville.
Aussi, les Anglais, personnages sachant admirablement raisonner
et concilier leurs plaisirs avec leurs affaires, ont-ils adopté
Boulogne. Plus d'un _quart_ de la population est d'origine
anglaise, sans compter, bien entendu, la population flottante
qui, pendant la saison des bains de mer, devient très nombreuse,
encombrant le magnifique établissement, où toutes les élégances de
la vie moderne ont été réunies.
Boulogne, pour le mouvement général du commerce de la France,
occupe une des premières places et procure au Trésor des droits
considérables. En dehors de la florissante industrie des
paquebots à voyageurs, entre l'Angleterre et notre pays, la ville
s'intéresse, dans une large proportion, à la pêche de la morue, du
hareng, ainsi qu'à la pêche côtière. Du reste, pour ces dernières
industries, elle tient le premier rang.
* * * * *
Le port a été très amélioré; de grands travaux en ont diminué la
difficulté d'accès et rendu ainsi la vie au commerce; car, il y a
un siècle, les sables menacèrent d'anéantir le chenal et, seuls,
les tout petits bâtiments pouvaient trouver fond sur la rade à
demi comblée.
Un bassin de retenue fut décidé: il n'embrasse pas moins de
soixante hectares de superficie. Les eaux de la Liane y sont
captées et, suivant les besoins du port, sont chassées, à marée
basse, d'une hauteur de plus de huit mètres au-dessus de la ligne
du reflux.
La chute de ces eaux est superbe et, facilement, on comprend
que leur passage, créant un fort courant, empêche les sables de
prendre la consistance de bancs dangereux.
A diverses époques, les jetées ont dû être prolongées; elles le
seront encore. De plus, on travaille à établir un nouveau port sur
la place occupée par les dunes dites de _Châtillon_, à l'ouest
de Boulogne. Le plan en est admirablement combiné. Des phares
puissants éclaireront l'ensemble de la future rade, et leurs feux,
à système tournant, compléteront les feux des côtes anglaises. Une
partie de ces immenses travaux est exécutée à l'heure présente.
* * * * *
Des forts, des batteries importantes protègent la ville et le
port; mais, dès qu'il s'agit de s'opposer aux envahissements de la
mer, on doit lutter sans trève.
* * * * *
Ce n'est pas de nos jours, seulement, que les avantages de
la position de Boulogne ont été appréciés. Les historiens
s'accordent pour attribuer à Jules César l'origine de la ville,
dont le nom viendrait de la cité italienne: _Bologne_. Tout
de suite, le port reçut un grand nombre de passagers pour
l'Angleterre, car les légions romaines avaient fort à faire avec
les populations bretonnes.
[Illustration: NOTRE-DAME-DE-BOULOGNE
(Copie de la statue légendaire).]
Caligula, qui recouvrait fréquemment la raison et n'était pas
toujours absorbé par les honneurs à accorder à ses chevaux
favoris, Caligula fit construire une _tour à feu_ pour éclairer
l'entrée du port.
Les empereurs Claude, Adrien et Constantin visitèrent Boulogne et
l'embellirent.
«La ville, dit Malte-Brun, fit son apprentissage de résistance
glorieuse aux invasions de 449; on ignore généralement qu'Attila
échoua devant Boulogne, lui qui venait de semer les ruines par
toute la Belgique. Mais Clovis la prit, et elle fit, dès lors,
partie de la monarchie franque.»
* * * * *
Les côtes du Pas-de-Calais ne pouvaient échapper aux expéditions
des _Northmen_. Charlemagne, prévoyant le danger, éleva des
fortifications, imprenables pour le temps, mais la faiblesse et
l'incurie de ses successeurs laissèrent périr son œuvre.
Boulogne en fut victime. L'année 882 la vit assiéger, prendre et
ruiner de fond en comble.
Sa situation maritime la sauva d'une destruction absolue.
Intrépides navigateurs, commerçants habiles et industrieux, ses
habitants savaient promptement trouver moyen de réparer leurs
désastres. Cette prospérité valut une réelle influence aux
seigneurs de la ville, car Boulogne, et le territoire qui en
dépendait, formèrent un comté ayant des seigneurs particuliers,
vassaux de la couronne de France. L'un des plus célèbres fut
Philippe _Hurepel_, qui s'occupa tant de Calais.
La puissance des comtes de Boulogne s'étendait jusqu'aux confins
de la Champagne et du Luxembourg.
La famille comtale dut bientôt fractionner ses possessions. Une
des dépendances devint le duché de Bouillon qui, par héritage,
échut à un fils d'Eustache de Boulogne, GODEFROY, né vers 1058, à
Nézy, près de Nivelle, dans le Brabant (royaume de Belgique). Du
moins, quelques probabilités autorisent-elles à penser ainsi. Il
est vrai que Boulogne revendique l'honneur d'avoir vu naître le
héros de la première croisade, le chrétien admirable, qui refusa
la couronne de roi de Jérusalem pour garder le simple titre de
baron du Saint-Sépulcre.
D'ailleurs, il serait encore glorieux, pour la cité, que Godefroy
fût simplement issu de la famille de ses comtes.
* * * * *
A plusieurs reprises, Boulogne fut l'objet de luttes terribles.
Les Normands s'étaient à peine éloignés que, tour à tour, les
Français, les Bourguignons[6], les Anglais y dominèrent.
[Note 6: Il ne faut pas oublier que, jusque vers la fin
du règne de Louis XI, la Bourgogne forma un duché puissant,
contre-balançant souvent le pouvoir des rois de France.]
En 1477, Louis XI réussit à s'assurer du comté, mais il se voyait
en face d'une difficulté fâcheuse: l'obligation de rendre hommage
au duc de Bourgogne, suzerain immédiat du territoire boulonnais.
Une telle servitude pouvait amoindrir son prestige; il la brisa
par un coup de la plus fine politique.
On honorait, à Boulogne, une statue de la Vierge, que les légendes
représentaient comme miraculeusement apportée dans la ville par un
vaisseau mystérieux. Le concours des pèlerins se succédait sans
relâche devant la statue vénérée; des titres apprennent qu'il
fallut même construire des hospices pour recueillir les voyageurs
qu'une cause fortuite empêchait de retourner chez eux. Une
confrérie fut établie sous le vocable de Notre-Dame-de-Boulogne;
elle se répandit rapidement. Reçue dans un petit village de la
banlieue parisienne, elle lui donna son nom.
Louis XI, très dévot envers la Sainte Vierge, n'avait pas manqué
de venir se prosterner devant la statue miraculeuse et, pendant
ce pèlerinage, entrevit tout le parti qu'il pouvait tirer de la
dévotion chère aux Boulonnais.
Solennellement, il fit don à Notre-Dame-de-Boulogne du comté
entier, se reconnaissant son _vassal_ et engageant, avec lui,
les rois ses successeurs. Pour gage de foi filiale, il offrit à
l'autel un cœur d'or pesant treize marcs[7].
[Note 7: Trois kilos et demi.]
L'engagement de Louis XI fut toujours observé par les rois de
France.
* * * * *
En 1544, une grande calamité fondit sur Boulogne. Henri VIII,
roi d'Angleterre, s'en empara à la suite d'un siège des plus
meurtriers. Six ans après, le roi de France, Henri II, la
rachetait pour une somme de quatre cent mille écus.
* * * * *
Chaque fois que notre pays a été obligé de déclarer la guerre, on
a vu les habitants de Boulogne se dévouer avec ardeur au triomphe
de nos armes. Ses marins ont conquis un renom d'intrépidité bien
justifié par tous les exploits qu'ils accomplirent.
* * * * *
Un fait historique moderne attira, pour quelque temps, sur
Boulogne les regards de l'Europe entière. La lutte séculaire de
l'Angleterre et de la France sembla sur le point d'être terminée,
en notre faveur, par un effort gigantesque.
* * * * *
Bonaparte ne trouvait plus que le titre de Consul répondît à sa
puissance ni à la place qu'il se croyait appelé à prendre dans le
monde.
Toutefois, par un reste de prudence, il jugea utile de frapper un
grand coup sur l'imagination française et, des plans divers qui
pouvaient répondre à ses pensées secrètes, nul ne sembla devoir
mieux réussir que celui dont le but aurait cette double portée:
exalter l'amour-propre du peuple en satisfaisant son patriotisme.
C'était, également, mener de front les combinaisons du diplomate
et celles du général, toujours en quête de victoires nouvelles.
Chez le futur souverain, l'exécution d'un plan suivait rapidement
son cours. Des ordres furent donnés et, bientôt, l'Europe entière
apprit avec crainte le danger qui menaçait la Grande-Bretagne, son
alliée naturelle contre l'ambitieux soldat de fortune.
[Illustration: BOULOGNE.--Entrée du bateau à vapeur venant de
Folkestone.]
Donc, à la veille de se faire couronner empereur, Napoléon Ier
conçut le projet d'une descente en Angleterre. Rien n'était mieux
étudié: les armées de terre et de mer donneraient en même temps...
Afin de commencer l'exécution de ce projet, un corps d'armée prit
la route de Boulogne, désignée pour être le lieu de départ des
troupes. D'immenses travaux sont entrepris dans le port, qui voit
se rassembler près de mille vaisseaux sous les ordres de l'amiral
BRUIX.
[Illustration: BOULOGNE.--Colonne de la grande armée.]
Le maréchal SOULT dirige les opérations territoriales. Chacun se
prépare aux événements futurs; le camp devient une sorte de ville
à côté de la cité elle-même. Napoléon, pour entretenir une ardeur
utile, veut y distribuer en grand appareil, le 15 août 1804, des
croix de l'ordre nouveau de la Légion d'honneur.
La cérémonie fut tout à fait théâtrale. Le souvenir en a été
conservé par un obélisque dont Soult posa la première pierre le 9
novembre 1804.
* * * * *
Le succès allait-il répondre aux espérances conçues? La funeste
défaite de Trafalgar répondit à l'interrogation....
[Illustration: BOULOGNE.--La cathédrale.]
La grande armée fut envoyée combattre en Allemagne, en Autriche,
et le camp de Boulogne ne troubla plus l'esprit des Anglais.
* * * * *
Les monuments de la ville sont en bien petit nombre. L'hôtel
municipal a remplacé le vieux palais des comtes où, affirment les
Boulonnais, naquit Godefroy de Bouillon. Le vieux château et le
beffroi remontent au treizième siècle.
La nouvelle église consacrée à Notre-Dame-de-Boulogne s'élève sur
une crypte curieuse, jadis dépendance de la cathédrale.
[Illustration: Sauvage.]
Près de la colonne du Camp, se voient les ruines du phare de
Caligula. Il était construit en briques, n'avait pas moins de
douze étages et s'élevait à quarante-deux mètres du sol. La tente
de Napoléon Ier fut appuyée sur ces ruines.
* * * * *
Boulogne compte plusieurs hommes célèbres.
Claude-François DAUNOU, né en 1761, mort en 1840, fut un savant
historien, un professeur et un critique distingué. Ses ouvrages
sont estimés, sa vie a mérité de grands éloges. Paris l'a honoré,
en donnant son nom à une rue.
* * * * *
Pierre SAUVAGE (1785-1857), fut un inventeur de génie. Il
construisait des navires quand l'idée lui vint de reprendre
les expériences de Charles DALLERY, d'Amiens. Ce que ce dernier
n'avait pu terminer, Sauvage le réalisa. Il appliqua l'_hélice_ à
la navigation, principe fécond en résultats heureux.
Mais, comme bien d'autres, le grand inventeur ne put, faute
d'argent, exécuter sa machine dans les proportions nécessaires. Il
eut même la douleur de se voir contester le mérite de ses travaux,
et, pourtant, on s'en emparait sans scrupule.
[Illustration: Dallery.]
A Sauvage revient encore la gloire de plusieurs inventions, entre
autres de la _machine à réduction_, qui rend d'immenses services
aux sculpteurs, car elle leur permet de réduire à volonté les
dimensions d'une statue ou d'un groupe.
L'homme de génie mourut à la peine.... Sa mémoire est maintenant,
à l'honneur, puisqu'on lui a élevé un monument. Mais s'il avait
reçu une aide sérieuse pendant sa vie, peut-être nous aurait-il
donné de nouveaux chefs-d'œuvre.
* * * * *
Charles-Augustin SAINTE-BEUVE, le poète original, l'écrivain de
talent, le critique incomparable, était né à Boulogne en 1804.
On sait la place toute spéciale qu'il avait conquise dans notre
littérature contemporaine où, jusqu'à présent, personne ne l'a
remplacé.
[Illustration]
CHAPITRE VI
LA PÊCHE DU HARENG.--LA PÊCHE CÔTIÈRE
Boulogne est un des centres de l'armement pour la pêche du hareng
et des industries qui s'y rattachent.
Le hareng appartient au genre _Clupe_, comme les _sardines_, les
_anchois_, l'_alose_....
Il paraît être bien peu de chose, ce petit poisson que nous,
habitants d'un pays favorisé pour toutes les productions du sol,
n'employons guère autrement qu'à l'état de condiment. Mais, dans
le nord entier de l'Europe, la consommation du hareng prend des
proportions plus grandes; assez grandes pour que (le calcul en a
été fait) un _million_ de personnes, environ, soient employées à
cette pêche et aux diverses industries qui en sont la conséquence.
* * * * *
Les naturalistes ne sont pas d'accord sur les causes de
l'apparition en troupes pressées (bancs) des harengs visitant nos
côtes. Ce que l'on connaît bien, c'est leur marche régulière et le
moment de leur arrivée.
Dans le commerce de ce poisson, la Hollande trouva une source de
richesses immenses. Elle le répandait, salé, par le monde entier,
et affirmait avec orgueil qu'un de ses enfants, Guillaume Bukels
ou Deukels, de Biervliet (né vers 1340, mort en 1397), avait
inventé l'_encaquage_ du hareng, c'est-à-dire sa conservation en
barils, où on le dispose, par couches, avec du sel.