complices et défendre leurs patrons, à force d'intrigues et de crimes.
Ils comptent sur les contre-révolutionnaires détenus, sur les gens de
la Vendée et sur les déserteurs et prisonniers ennemis, qui, selon tous
les avis, s'échappent depuis quelque temps en foule pour se rendre à
Paris, comme je l'ai déjà dénoncé inutilement plusieurs fois au comité
de salut public; enfin sur l'aristocratie, qui conspire en secret
autour de nous. On excitera dans la Convention nationale de violentes
discussions; les traîtres, cachés jusqu'ici sous des dehors hypocrites,
jetteront le masque; les conspirateurs accuseront leurs accusateurs, et
prodigueront tous les stratagèmes jadis mis en usage par Brissot, pour
étouffer la voix de la vérité. S'ils ne peuvent maîtriser la Convention
par ce moyen, ils la diviseront en deux partis; et un vaste champ est
ouvert à la calomnie et à l'intrigue. S'ils la maîtrisent un moment,
ils accuseront de despotisme et de résistance à l'autorité nationale
ceux qui combattront avec énergie leur ligue criminelle; les cris de
l'innocence opprimée, les accents mâles de la liberté outragée seront
dénoncés comme les indices d'une influence dangereuse ou d'une ambition
personnelle. Vous croirez être retournés sous le couteau des anciens
conspirateurs; le Peuple s'indignera; on l'appellera une faction; la
faction criminelle continuera de l'exaspérer; elle cherchera à diviser
la Convention nationale du Peuple; enfin, à force d'attentats, on
espère parvenir à des troubles dans lesquels les conjurés feront
intervenir l'aristocratie et tous leurs complices, pour égorger les
patriotes et rétablir la tyrannie. Voilà une partie du plan de la
conspiration. Et à qui faut-il imputer ces maux? A nous-mêmes, à notre
lâche faiblesse pour le crime, et à notre coupable abandon des
principes proclamés par nous-mêmes. Ne nous y trompons pas: fonder une
immense république sur les bases de la raison et de l'égalité;
resserrer par un lien vigoureux toutes les parties de cet empire
immense, n'est pas une entreprise que la légèreté puisse consommer;
c'est le chef-d'oeuvre de la vertu et de la raison humaine. Toutes les
factions naissent en foule du sein d'une grande révolution. Comment les
réprimer, si vous ne soumettez sans cesse toutes les passions à la
justice? Vous n'avez pas d'autre garant de la liberté, que
l'observation rigoureuse des principes et de la morale universelle, que
vous avez proclamés. Si la raison ne règne pas, il faut que le crime et
l'ambition règnent; sans elle, la victoire n'est qu'un moyen d'ambition
et un danger pour la liberté même; un prétexte fatal dont l'intrigue
abuse pour endormir le patriotisme sur les bords du précipice; sans
elle, qu'importe la victoire même? La victoire ne fait qu'armer
l'ambition, endormir le patriotisme, éveiller l'orgueil et creuser de
ses mains brillantes le tombeau de la République. Qu'importe que nos
armées chassent devant elles les satellites armés des rois, si nous
reculons devant les vices destructeurs de la liberté publique? Que nous
importe de vaincre les rois, si nous sommes vaincus par les vices qui
amènent la tyrannie? Or, qu'avons-nous fait depuis quelque temps contre
eux? Nous avons proclamé de grands prix.
Que n'a-t-on pas fait pour les protéger parmi nous? Qu'avons-nous fait
depuis quelque temps pour les détruire? Rien, car ils lèvent une tête
insolente, et menacent impunément la vertu; rien, car le gouvernement a
reculé devant les factions, et elles trouvent des protecteurs parmi les
dépositaires de l'autorité publique: attendons-nous donc à tous les
maux, puisque nous leur abandonnons l'empire. Dans la carrière où nous
sommes, s'arrêter avant le terme, c'est périr; et nous avons
honteusement rétrogradé. Vous avez ordonné la punition de quelques
scélérats, auteurs de tous nos maux; ils osent résister à la justice
nationale, et on leur sacrifie les destinées de la patrie et de
l'humanité. Attendons-nous donc à tous les fléaux que peuvent entraîner
les factions qui s'agitent impunément. Au milieu de tant de passions
ardentes, et dans un si vaste empire, les tyrans dont je vois les
armées fugitives, mais non enveloppées, mais non exterminées, se
retirent pour vous laisser en proie à vos dissensions intestines qu'ils
allument eux-mêmes, et à une armée d'agents criminels que vous ne savez
pas même apercevoir. Laissez flotter un moment les rênes de la
révolution, vous verrez le despotisme militaire s'en emparer, et le
chef des factions renverser la représentation nationale avilie. Un
siècle de guerre civile et de calamités désolera notre patrie, et nous
périrons pour n'avoir pas voulu saisir un moment marqué dans l'histoire
des hommes pour fonder la liberté; nous livrons notre patrie à un
siècle de calamités (32), et les malédictions du peuple s'attacheront à
notre mémoire qui devait être chère au genre humain. Nous n'aurons pas
même le mérite d'avoir entrepris de grandes choses par des motifs
vertueux. On nous confondra avec les indignes mandataires du peuple qui
ont déshonoré la représentation nationale, et nous partagerons leurs
forfaits en les laissant impunis. L'immortalité s'ouvrait devant nous:
nous périrons avec ignominie. Les bons citoyens périront; les méchants
périront aussi. Le peuple outragé et victorieux les laisserait-il jouir
en paix du fruit de leurs crimes? Les tyrans eux-mêmes ne
briseraient-ils pas ces vils instruments? Quelle justice avons-nous
faite envers les oppresseurs du peuple? quels sont les patriotes
opprimés par les plus odieux abus de l'autorité nationale qui ont été
vengés? Que dis-je? quels sont tous ceux qui ont pu faire entendre
impunément la voix de l'innocence opprimée? Les coupables n'ont-ils pas
établi cet affreux principe, que dénoncer un représentant infidèle,
c'est conspirer contre la représentation nationale? L'oppresseur répond
aux opprimés par l'incarcération et de nouveaux outrages. Cependant les
départements où ces crimes ont été commis, les ignorent-ils parce que
nous les oublions? et les plaintes que nous repoussons ne
retentissent-elles pas avec plus de force dans les coeurs comprimés des
citoyens malheureux? Il est si facile et si doux d'être juste! pourquoi
nous dévouer à l'opprobre des coupables en les tolérant? Mais quoi! les
abus tolérés n'iront-ils pas en croissant? les coupables impunis ne
voleront-ils pas de crimes en crimes? Voulons-nous partager tant
d'infamie et nous vouer au sort affreux des oppresseurs du peuple?
Quels titres ont-ils pour en opposer même aux plus vils tyrans? Une
faction pardonnerait à une autre faction. Bientôt les scélérats
vengeraient le monde en s'entr'égorgeant eux-mêmes; et s'ils
échappaient à la justice des hommes, ou à leur propre fureur,
échapperaient-ils à la justice éternelle qu'ils ont outragée par le
plus horrible de tous les forfaits?
Pour moi, dont l'existence paraît aux ennemis de mon pays un obstacle à
leurs projets odieux, je consens volontiers à leur en faire le
sacrifice, si leur affreux empire doit durer encore. Eh! qui pourrait
désirer de voir plus longtemps cette horrible succession de traîtres
plus ou moins habiles à cacher leurs âmes hideuses sous un masque de
vertu, jusqu'au moment où leur crime paraît mûr; qui tous laisseront à
la postérité l'embarras de décider lequel des ennemis de ma patrie fut
le plus lâche et le plus atroce.
Si l'on proposait ici de prononcer une amnistie en faveur des députés
perfides, et de mettre les crimes de tout représentant sous la
sauvegarde d'un décret, la rougeur couvrirait le front de chacun de
nous: mais laisser sur la tête des représentants fidèles le devoir de
dénoncer les crimes, et cependant d'un autre côté les livrer à la rage
d'une ligue insolente, s'ils osent le remplir, n'est-ce pas un désordre
encore plus révoltant? c'est plus que protéger le crime, c'est lui
immoler la vertu.
En voyant la multitude des vices que le torrent de la révolution a
roulés pêle-mêle avec les vertus civiques, j'ai tremblé quelquefois
d'être souillé aux yeux de la postérité par le voisinage impur de ces
hommes pervers qui se mêlaient dans les rangs des défenseurs sincères
de l'humanité; mais la défaite des factions rivales a comme émancipé
tous les vices; ils ont cru qu'il ne s'agissait plus pour eux que de
partager la patrie comme un butin, au lieu de la rendre libre et
prospère; et je les remercie de ce que la fureur dont ils sont animés
contre tout ce qui s'oppose à leurs projets, a tracé la ligne de
démarcation entre eux et tous les gens de bien; mais si les Verrès et
les Catilina de la France se croient déjà assez avancés dans la
carrière du crime pour exposer sur la tribune aux harangues la tète de
leur accusateur, j'ai promis aussi naguère de laisser à mes concitoyens
un testament redoutable aux oppresseurs du peuple, et je leur lègue dès
ce moment l'opprobre et la mort. Je conçois qu'il est facile à la ligue
des tyrans du monde d'accabler un seul homme; mais je sais aussi quels
sont les devoirs d'un homme qui peut mourir en défendant la cause du
genre humain. J'ai vu dans l'histoire tous les défenseurs de la liberté
accablés par la fortune ou par la calomnie; mais bientôt après, leurs
oppresseurs et leurs assassins sont morts aussi. Les bons et les
méchants, les tyrans et les amis de la liberté disparaissent de la
terre, mais à des conditions différentes. Français, ne souffrez pas que
vos ennemis cherchent à abaisser vos âmes et à énerver vos vertus par
une funeste doctrine. Non, Chaumette, non Fouché, la mort n'est point
un sommeil éternel. Citoyens, effacez des tombeaux cette maxime impie
qui jette un crêpe funèbre sur la nature et qui insulte à la mort:
gravez-y plutôt celle-ci: _La mort est le commencement de
l'immortalité_.
Peuple, souviens-toi que si, dans la République, la justice ne règne
pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l'amour de
l'égalité et de la patrie, la liberté n'est qu'un vain nom. Peuple, toi
que l'on craint, que l'on flatte et que l'on méprise; toi, souverain
reconnu, qu'on traite toujours en esclave, souviens-toi que partout où
la justice ne règne pas, ce sont les passions des magistrats, et que le
peuple a changé de chaînes et non de destinées.
Souviens-toi qu'il existe dans ton sein une ligue de fripons qui lutte
contre la vertu publique, qui a plus d'influence que toi-même sur tes
propres affaires, qui te redoute et te flatte en masse, mais te
proscrit en détail dans la personne de tous les bons citoyens.
Rappelle-toi que, loin de sacrifier cette poignée de fripons à ton
bonheur, tes ennemis veulent te sacrifier à cette poignée de fripons,
auteurs de tous nos maux, et seuls obstacles à la prospérité publique.
Sache que tout homme qui s'élèvera pour défendre la cause et la morale
publique, sera accablé d'avanies et proscrit par les fripons; sache que
tout ami de la liberté sera toujours placé entre un devoir et une
calomnie; que ceux qui ne pourront être accusés d'avoir trahi, seront
accusés d'ambition; que l'influence de la probité et des principes sera
comparée à la force de la tyrannie et à la violence des factions; que
ta confiance et ton estime seront des titres de proscription pour tous
tes amis; que les cris du patriotisme opprimé seront appelés des cris
de sédition, et que n'osant t'attaquer toi-même en masse, on te
proscrira en détail dans la personne de tous les bons citoyens, jusqu'à
ce que les ambitieux aient organisé leur tyrannie. Tel est l'empire des
tyrans armés contre nous; telle est l'influence de leur ligue avec tous
les hommes corrompus, toujours portés à les servir. Ainsi donc, les
scélérats nous imposent la loi de trahir le peuple, à peine d'être
appelés dictateurs. Souscrirons-nous à cette loi? Non: défendons le
peuple, au risque d'en être estimé; qu'ils courent à l'échafaud par la
route du crime, et nous par celle de la vertu.
Dirons-nous que tout est bien? continuerons-nous de louer par habitude
ou par pratique ce qui est mal? nous perdrions la patrie.
Révélerons-nous les abus cachés? dénoncerons-nous les traîtres? on nous
dira que nous ébranlons les autorités constituées; que nous voulons
acquérir à leurs dépens une influence personnelle. Que ferons-nous
donc? notre devoir. Que peut-on objecter à celui qui veut dire la
vérité, et qui consent à mourir pour elle? Disons donc qu'il existe une
conspiration contre la liberté publique; qu'elle doit sa force à une
coalition criminelle qui intrigue au sein même de la Convention; que
cette coalition a des complices dans le comité de sûreté générale et
dans les bureaux de ce comité qu'ils dominent; que les ennemis de la
République ont opposé ce Comité au comité de salut public, et constitué
ainsi deux gouvernements; que des membres du comité de salut public
entrent dans ce complot; que la coalition ainsi formée cherche à perdre
les patriotes et la patrie. Quel est le remède à ce mal? Punir les
traîtres, renouveler les bureaux du comité de sûreté générale, épurer
ce comité lui-même, et le subordonner au comité de salut public; épurer
le comité de salut public lui-même, constituer l'unité du gouvernement
sous l'autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre
et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l'autorité
nationale, pour élever sur leurs ruines la puissance de la justice et
de la liberté: tels sont les principes. S'il est impossible de les
réclamer sans passer pour un ambitieux, j'en conclurai que les
principes sont proscrits, et que la tyrannie règne parmi nous, mais non
que je doive le taire: car, que peut-on objecter à un homme qui a
raison, et qui sait mourir pour son pays? Je suis fait pour combattre
le crime, non pour le gouverner. Le temps n'est point arrivé où les
hommes de bien peuvent servir impunément la patrie: les défenseurs de
la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons
dominera.
Notes
(1) Texte rétabli par E. Hamel. Omis dans le texte imprimé.
(2) Texte rétabli par E. Hamel. Texte imprimé: Je me défendrai aussi
moi-même; vous n'en serez point surpris; vous ne ressemblez point aux
tyrans que vous combattez
(3) Deux lignes effacées: Elles ont pris leur source, ou dans
l'ambition, ou dans la lassitude d'une espèce particulière de tyrannie.
(4) Suivent deux pages effacées: Si des ambitions particulières lui ont
donné le branle ou hâté son mouvement, elle n'a dû son origine et sa
direction qu'à l'amour éclairé et profond de la justice et de la
liberté. Ce caractère a déterminé à la fois ses moyens et les attaques
de ses ennemis. Pour atteindre le but des autres, il ne fallait que
courir à la fortune sous les auspices d'une puissance nouvelle: la
nôtre, au contraire, exige le sacrifice des intérêts privés à l'intérêt
général; elle seule impose la vertu. Les autres étaient terminées par
le triomphe d'une faction: la nôtre ne peut l'être que par la victoire
de la justice sur toutes les factions; émanée de la justice, elle ne
peut se reposer que dans son sein; elle a pour ennemis tous les vices.
Les factions sont la coalition des intérêts privés contre le bien
général. Le concert des amis de la liberté, les plaintes des opprimés,
l'ascendant naturel de la raison, la force de l'opinion publique, ne
constituent point une faction; ce n'est que le rappel du pouvoir aux
principes de la liberté, et les effets naturels du développement de
l'esprit public chez un peuple éclairé. Ailleurs, l'ignorance et la
force ont absorbé les révolutions dans un despotisme nouveau: la nôtre,
émanée de la justice, ne peut se reposer que dans son sein; tous les
efforts des intérêts privés contre les droits du peuple ne peuvent
qu'agiter la nation entre deux écueils, les abus de l'ancienne
tyrannie, et les systèmes monstrueux qui dénaturaient l'égalité même,
pour ramener sous son nom la tyrannie. La cause de tous nos maux a été
dans cette lutte perpétuelle des factions contre l'intérêt public.
Celle d'Autriche et celle d'Orléans, toutes deux puissantes, l'une
parce qu'elle régnait au commencement de la révolution, l'autre parce
qu'elle avait puissamment contribué à la préparer pour régner à son
tour, ont arrêté jusqu'ici les destinées de la République. Ajoutez à
cela les intrigues de l'Angleterre coalisée avec la faction d'Orléans,
et l'influence des cours étrangères, et vous vous ferez quelque idée
des germes de discorde, de corruption et de dissolution, que les
ennemis de la liberté ont jetés au milieu de nous. La faction d'Orléans
surtout avait acquis une influence d'autant plus grande, qu'elle avait
arboré la première l'étendard du patriotisme pour renverser la cour, et
que ses partisans, cachés sous ce masque, avaient usurpé la confiance
des patriotes, et s'étaient introduits dans toutes les fonctions
publiques.
(5) Lignes raturées: Chaque crise nouvelle, excitée par leurs intrigues
ténébreuses, ne fit que les forcer à adapter leurs moyens de nuire aux
circonstances nouvelles el à décrire un nouveau circuit pour arriver au
même but. Voulez-vous savoir si les factions existent encore?
demandez-vous si cette multitude d'intrigants dangereux, qui naguère
désolaient la République avec autant d'audace que de perfidie, a
disparu du sol de la liberté; demandez-vous si une foule de chefs et
d'agents fameux des factions diverses ne vivent point encore impunis et
même protégés; demandez-vous si le système de contre-révolution,
organisé au milieu de nous pendant plusieurs années par une politique
profonde, a pu être détruit, et quel plan sage est constamment suivi
pour le déraciner; demandez-vous si on a cessé un seul instant
d'entraver, de corrompre ou de calomnier les mesures que le salut
public a commandées; si les patriotes ne sont plus proscrits,
calomniés, les fripons ouvertement protégés, les conspirateurs
défendus, les principes de la morale publique proclamés seulement pour
la forme, éludés dans la pratique, faussés dans l'application, et
tournés contre ceux-là seuls qui les professent de bonne foi:
demandez-vous enfin si les factions ont fait autre chose que nuancer,
suivant les circonstances du moment, leurs principaux moyens de
conspiration, la corruption, la division; et surtout la calomnie.
(6) Lignes raturées: Ils cherchent à détruire la liberté en calomniant
ses défenseurs, c'est-à-dire, les hommes qui veulent fonder l'ordre
social sur les principes de la morale publique et de l'égalité dans le
sens raisonnable attaché à ce mot. Ils savent quel est l'empire des
principes et de la vérité; ils cherchent à détruire son influence sur
le coeur des hommes, en la présentant comme l'influence personnelle de
ceux qui ont le courage de la dire; ils donnent à cette influence le
nom de tyrannie. Ils placent toujours les amis de la patrie entre leur
devoir et la calomnie; ils accusent d'ambition ceux qu'ils ne peuvent
accuser d'aucun crime: s'ils réclament contre l'oppression, on leur
répond par de nouveaux outrages; s'ils opposent l'énergie des principes
à la persécution, on donne à cette énergie le nom de sédition;
l'impression de l'opinion publique indignée est citée comme la preuve
de leur ambition. Quand on en est arrivera ce point, la liberté est
perdue.
(7) Lignes raturées: Naguère on accusait le comité de salut public de
vouloir usurper l'autorité de la Convention; on l'accusait de vouloir
anéantir la représentation nationale: rappelez-vous quels moyens
odieux, quels lâches artifices furent épuisés pour accréditer cette
funeste idée.
(8) Lignes raturées: Vous pourriez nous le dire, vous tous, hommes
probes, à qui on a fait la proposition formelle de vous liguer contre
le comité de salut public.
(9) Lignes raturées: Etait-ce ceux dont la conscience était paisible?
Etait-ce les hommes dont la France estime le plus la probité, la
franchise et le dévouement? Quels crimes faisaient jadis les conjurés
que vous avez frappés? Ils s'agitaient, ils calomniaient, ils
caressaient bassement tous leurs collègues en qui ils ne voyaient déjà
plus que des juges; ils prophétisaient eux-mêmes leur punition, et
faisaient retentir les voûtes sacrées de leurs sinistres prédictions.
(10) Lignes raturées: Il est bon de remarquer que, depuis leur
punition, les comités qui les ont dénoncés, loin d'être agresseurs, ont
toujours été sur la défensive. Depuis quand est-ce donc la punition du
crime qui épouvante la vertu? Est-ce attenter à la représentation
nationale, que de lui nommer les ennemis de la patrie et les siens?