(11) Lignes raturées: Je les imputerai à ces personnages dangereux, et

même à d'autres fripons qui, en combattant quelquefois contre eux avec

les ennemis de la liberté, rendaient quelquefois la bonne cause

douteuse aux yeux des hommes moins placés dans un point de vue

avantageux pour la discerner. -- (Les tirades suivantes, jusqu'à ces

mots inclusivement, _la corruption qu'ils avaient établie_, sont

extraites d'un livret de Robespierre, écrit au crayon, et qui n'ont pas

été lues à la tribune; nous avons cru devoir les adapter à cet endroit

de lignes raturées.) -- J'en accuse la faiblesse humaine et ce fatal

ascendant de l'intrigue contre la vérité, lorsqu'elle plaide contre

elle dans les ténèbres et au tribunal de l'amour-propre; j'en accuse

des hommes pervers que je démasquerai; j'en accuse une horde de fripons

qui ont usurpé une confiance funeste, sous le nom de commis du comité

de sûreté générale. Les commis de sûreté générale sont une puissance et

une puissance supérieure, par ses funestes influences, au comité même.

Je les ai dénoncés depuis longtemps au comité de salut public et à

celui qui les emploie, qui est convenu du mal, sans oser y appliquer le

remède: je les dénonce aujourd'hui à la Convention, ces funestes

artisans de discorde, qui trahissent à la fois le comité qui les

emploie, et la patrie; qui déshonorent la révolution, compromettent la

gloire de la Convention nationale; protecteurs impudents du crime et

oppresseurs hypocrites de la vertu. C'est en vain qu'on voudrait

environner des fripons d'un prestige religieux; je ne partage pas cette

superstition, et je veux briser les ressorts d'une surveillance

corrompue qui va contre son but, pour la rattacher à des principes purs

et salutaires. J'ai un double titre pour oser remplir ce devoir,

puisqu'il faut aujourd'hui de l'audace pour attaquer des scélérats

subalternes, l'intérêt de la patrie et mon propre honneur. Ce sont ces

hommes qui réalisent cet affreux système de calomnier et de poursuivre

tous les patriotes suspects de probité, en même temps qu'ils protègent

leurs pareils et qu'ils justifient leurs crimes par ce mot, qui est le

cri de ralliement de tous les ennemis de la patrie, _c'est Robespierre

qui l'a ordonné_. C'était aussi le langage de tous les complices

d'Hébert, dont je demande en vain la punition. Et qu'importe, comme on

l'a dit, qu'ils aient quelquefois dénoncé et arrêté des aristocrates

prononcés, s'ils vendent aux autres l'impunité, et s'ils se font de ces

services faciles un titre pour trahir et pour opprimer? Que m'importe

qu'ils poursuivent l'aristocratie, s'ils assassinent le patriotisme et

la vertu, afin qu'il ne reste plus sur la terre que des fripons et

leurs protecteurs? Que dis-je? les fripons ne sont-ils pas une espèce

d'aristocratie? Tout aristocrate est corrompu, et tout homme corrompu

est aristocrate: mais cherchez sous ce masque du patriotisme; vous y

trouverez des nobles, des émigrés, peut-être des hommes qui, après

avoir professé ouvertement le royalisme pendant plusieurs années, se

sont fait attacher au comité de sûreté générale, comme jadis les

prostituées à l'Opéra, pour exercer leur métier impunément, et se

venger patriotiquement sur les patriotes de la puissance et des succès

de la République. Amar et Jagot, s'étant emparés de la police, ont plus

d'influence seuls que tous les membres du comité de sûreté générale;

leur puissance s'appuie encore sur cette armée de commis dont ils sont

les patrons et les généraux. Ce sont eux qui sont les principaux

artisans du système de division et de calomnie; il existe une

correspondance d'intrigues entre eux et certains membres du comité de

salut public, et les autres ennemis du gouvernement républicain ou de

la morale publique, car c'est la même chose; aussi ceux qui nous font

la guerre sont-ils les apôtres de l'athéisme et de l'immoralité. Une

circonstance remarquable et décisive, c'est que les persécutions ont

été renouvelées avec une nouvelle chaleur après la célébration de la

fête à l'Etre suprême. Nos ennemis ont senti la nécessité de réparer

cette défaite décisive à force de crimes, et de ressusciter, à quelque

prix que ce fût, la corruption qu'ils avaient établie.

(12) Texte d'E. Hamel. Texte imprimé: de toutes les tyrannies

(13) Texte d'E. Hamel. Texte imprimé : de leur conspiration

(14) Lignes raturées: Quant à l'existence de la divinité, ils en

fournissent eux-mêmes un argument irrésistible; ce sont leurs propres

crimes.

(15) Lignes raturées: Que suis-je? Un esclave de la patrie, un martyr

vivant de la République, la victime et le fléau du crime. Tous les

fripons m'outragent; les actions les plus indifférentes et les plus

légitimes sont pour moi des crimes. Il suffit de me connaître pour être

calomnié: on pardonne aux autres leurs forfaits, on me fait un crime de

mon zèle pour la patrie. Otez-moi ma conscience, je serais le plus

malheureux de tous les hommes.

(16) Lignes raturées: Sans elle, quel obstacle s'opposerait au triomphe

de l'imposture et de l'intrigue?

(17) Lignes raturées: Plus le peuple est éclairé et juste, plus la

justice et les principes ont d'empire sur lui, et plus ceux qui les

défendent obtiennent cette sorte de confiance attachée à la probité;

ceux qui s'indignent de cette confiance, veulent la donner.

(18) Lignes raturées: La liberté publique est violée, quand les ennemis

du peuple français peuvent réduire ses représentants à l'impuissance de

défendre ses intérêts; or, je déclare en votre présence que je me suis

vu réduit à celte impuissance; je déclare que je me suis cru forcé

depuis quelque temps à abandonner les fonctions que la Convention

nationale m'avait confiées. Je demande que chacun de mes collègues se

rende compte à lui-même de la manière dont il serait affecté si le

gouvernement se liguait avec tous les ennemis de la révolution, pour le

rendre seul responsable de tous les crimes et de toutes les erreurs qui

se commentent dans la République, et de tous les maux qui affligent les

individus.

(19) Lignes raturées: Je ne suis point assez éclairé sur les manoeuvres

ténébreuses, pour affirmer si cette nouvelle est vraie ou fausse; mais,

si elle n'était pas dénuée de fondement, j'aurais droit d'en conclure

que la probité de la majorité de la Convention nationale a repoussé,

etc.

(20) Lignes raturées: Quel homme n'a pas été pénétré du charme touchant

qu'il portait dans tous les coeurs? Quel est le représentant du peuple

qui, dans ce moment, n'a pas cru recueillir la plus douce récompense de

son dévouement à la patrie? Quiconque aurait vu ce spectacle avec des

yeux secs ou avec une âme indifférente, est un monstre. Le silence du

sentiment imprimait plus éloquemment que les discours les émotions

douces et profondes dont les coeurs étaient remplis, et ce cri échappait

de tous les coeurs: que quiconque avait vu ce grand spectacle pouvait

quitter la vie sans regret.

(21) Lignes raturées: A considérer la nature de leur colère, les moyens

et l'objet de la ligue, on eût cru voir les pygmées renouveler la

conspiration des Titans. C'est depuis cette époque que les manoeuvres

dont j'ai parlé se sont développées. Si le trait dont j'ai à parler

n'était pas propre à répandre la plus vive lumière sur les vues de la

coalition, je me garderais bien de rappeler certains faits scandaleux

arrivés au sein même de la fête de l'Etre suprême; car un sentiment

impérieux de pudeur ne me permettrait pas d'avouer que des

représentants du peuple ont répondu par les cris de la fureur aux

touchantes acclamations du peuple; que le président de la Convention

nationale, parlant au peuple, fut insulté par des injures grossières et

les grossiers sarcasmes de quelques autres, et les courses de ceux qui,

cherchant des crimes à celui qu'ils voulaient perdre, dans les signes

de l'allégresse publique, allaient répandre le poison de la terreur et

les soupçons, en disant: Voyez-vous comme on l'applaudit? On n'oublia

rien pour effacer les impressions salutaires qu'avait produites la fête

de l'Etre suprême. La première tentative fut le rapport de Vadier,

rapport où une conspiration politique, profonde, a été déguisée sous le

récit d'une farce mystique et sous des plaisanteries assez déplacées.

(22) Lignes raturées: Enfin, de multiplier les chances des assassins,

en réveillant le fanatisme, tandis que l'on détournait l'attention

publique des véritables conspirateurs qui conduisaient eux-mêmes toute

cette trame.

(23) Lignes raturées: L'affectation insolente avec laquelle

l'aristocratie cherchait à précipiter le jugement de ce procès, et à en

faire l'objet d'un scandale public ou d'une comédie ridicule, eût suffi

seule pour dévoiler ce projet; mais il est encore prouvé par les faits

les plus positifs et les plus multipliés. Cependant l'agent national de

la commune, pour avoir fait arrêter, d'après le voeu du comité de salut

public, quelques agents de ces manoeuvres, a été réprimandé et menacé

par le comité de sûreté générale. Ce dernier comité a encore dénoncé

l'accusateur public, pour avoir remis les pièces de cette affaire au

comité de salut public, qui avait senti la nécessité de l'approfondir

avec plus de sagacité. On a voulu surtout dans ces derniers temps

multiplier les mécontents, et toujours les vexations ont été déguisées

sous le prétexte du bien public; les persécutions suscitées au peuple,

sous le prétexte du fanatisme; les apôtres de l'athéisme et de

l'immoralité étaient sans doute le plus fécond et le plus sûr moyen de

parvenir à ce but.

(24) Lignes raturées: On incarcérait, on persécutait les patriotes; on

prodiguait les attentats, pour en accuser le comité de salut public.

Ceux qui déclament contre le gouvernement, et ceux qui commettent les

excès qu'on lui impute, sont les mêmes hommes. La conjuration contre le

gouvernement a commencé au moment de sa naissance, et elle continue

actuellement avec une nouvelle activité. Les conjurés l'avaient d'abord

attaqué collectivement; ils le poursuivent maintenant en détail dans

les membres qui le composent, et ils appellent sur une seule tête cette

masse de mécontentement et de haine qu'ils s'efforcent de grossir, pour

en écraser ensuite tous les autres. Qui peut leur contester qu'il y a

de l'habileté dans cette tactique? Ils savent qu'il est plus facile de

perdre un homme que de détruire une puissance, et ils croient bien plus

à l'empire des petites passions qu'à celui de la raison et des

sentiments généreux. On disait, il y a peu de jours dans les prisons,

il est temps de se montrer, le comité de sûreté générale s'est déclaré

contre le comité de salut public; on le disait dans la nuit même où se

passa la fameuse séance des deux Comités, dont j'ai rendu compte, et il

fallait des précautions actives et extraordinaires pour maintenir

l'ordre. On arrêta, peu de jours auparavant, des colporteurs de

journaux qui criaient à perte d'haleine: Grande arrestation de

Robespierre; on répandait le bruit que Saint-Just était noble et qu'il

voulait sauver les nobles; on répandait en même temps que je voulais

les proscrire. Des fripons, apostés au lieu où les conspirateurs

expient leurs forfaits, cherchaient à apitoyer le peuple, et disaient:

C'est Robespierre qui égorge ces innocents. C'était le cri de

ralliement des contre-révolutionnaires détenus; c'était celui de tous

mes ennemis, qui me renvoyaient les plaintes de tous les citoyens,

comme à l'arbitre de toutes les destinées. C'était le moment où on

attaquait le tribunal révolutionnaire, où on m'identifiait avec cette

institution et avec tout le gouvernement révolutionnaire; c'était le

temps où le comité de sûreté générale prêtait lui-même son nom et son

appui à toutes ces manoeuvres: des libelles insidieux, de véritables

manifestes étaient prêts d'éclore; on devait invoquer la déclaration

des droits, demander l'exécution actuelle et littérale de la

constitution, la liberté indéfinie de la presse, l'anéantissement da

tribunal révolutionnaire et la liberté des détenus.

(25) Lignes raturées: S'il existe dans le monde une espèce de tyrannie,

n'est-ce pas celle dont je suis la victime?

(26) Lignes raturées: Qu'ils me préparent la ciguë, je l'attendrai sur

ces sièges sacrés; je léguerai du moins à ma patrie l'exemple d'un

constant amour pour elle, et aux ennemis de l'humanité l'opprobre et la

mort.

(27) Ligne raturée: Avec des récits moins pompeux, elles paraîtraient

plus grandes.

(28) Ligne raturée: Ce sont ces institutions qui nous manquent encore.

(29) Lignes raturées: Tout marchera vers le véritable but des

institutions révolutionnaires; et la terreur imprimée au crime sera la

meilleure garantie de l'innocence.

(30) Lignes raturées: C'est une mauvaise manière de protéger les

patriotes, de donner la liberté aux coupables; car la terreur des

criminels de la révolution est la meilleure garantie de l'innocence.

(31) Ligne raturée: On calomniait d'avance l'indignation publique qu'on

se préparait à exciter.

(32) Lignes raturées: Et notre mémoire, qui devait être chère au monde,

sera l'objet des malédictions du genre humain.

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Discours par Maximilien Robespierre — 17 Avril 1792-27 Juillet 1794 · 第 21 / 21 段