Alfred de Musset appartenait à une ancienne famille noble de la
Touraine. Son père, administrateur par état, était homme de lettres par
goût; il avait profondément étudié J.-J. Rousseau. Un excellent livre de
lui, intitulé _Vie et ouvrage de J.-J. Rousseau_, atteste à la fois son
enthousiasme et sa saine critique. C'est un supplément des
_Confessions_. Sa conduite, dans toutes les circonstances difficiles de
ces temps de contrastes et de revirements de fortune, fut aussi noble
que ses sentiments. La mère d'Alfred de Musset survit, hélas! à son
fils, mais consolée et honorée au moins par un autre fils, aussi lettré,
aussi aimable, aussi éminent, mais plus sérieux. Elle est fille d'un
membre du Conseil des Anciens, nommé Des Herbiers. Des Herbiers était
ami de Cabanis, qui reçut le dernier soupir de Mirabeau. Cet aïeul
d'Alfred de Musset cultivait la poésie. Il imprimait déjà à ses vers ce
tour spirituel, original, capricieux, caractère des drames légers de son
petit-fils. Il est rare qu'on soit sans aïeux dans le génie comme dans
la fortune. En remontant avec attention le cours des générations dans
les plus humbles familles, on retrouve presque toujours dans la première
goutte du sang la source de la dernière. Il y a une révélation dans la
généalogie; on ne doit pas trop s'étonner que les hommes de tous les
siècles y aient attaché, sinon une gloire, du moins une signification.
Ceci ne contredit point la démocratie, cela peut l'honorer au contraire,
car il y a une noblesse de sentiments et de moeurs dans toutes les
conditions, et toutes les familles ont des ancêtres sous le chaume comme
dans le palais.