Que résulte-t-il littérairement de ce coup d'oeil sur la jeunesse, sur
la maturité, sur la vieillesse de l'homme? Il en résulte qu'il y a et
qu'il doit y avoir eu toujours des écrivains correspondants à ces trois
phases de la vie humaine. La littérature légère dont nous nous occupons
en ce moment, à propos d'Alfred de Musset, appartient particulièrement à
la jeunesse: rire, sourire, badiner, aimer, délirer, chanter, folâtrer
avec les primeurs de la vie qui ne vivent qu'un jour, sont choses jeunes
de leur nature. Il y a une strophe d'un poëte persan adressée aux
sources de _Chiraz_ qui m'a frappé dès mon enfance, en la lisant dans
une traduction anglaise. Je ne me rappelle pas littéralement les
paroles, mais voici le sens:
«Charmant ruisseau dont le gazouillement m'assoupit pendant la chaleur
du jour et où je fais rafraîchir le vin de Chiraz, tu ne murmureras plus
ainsi, quand l'hiver sera venu et qu'il aura congelé et solidifié tes
ondes babillardes.--Oui, me répondait la petite onde fugitive, mais
Allah m'étendra et me polira dans mon bassin en miroir de cristal, et
j'y refléterai son soleil et les étoiles du ciel!»
Image aussi naïve et aussi philosophique, selon moi, qu'aucune image
d'Horace pour assigner leur rôle différent au printemps et à l'hiver des
poëtes!