XXI

À mon premier voyage à Rome j'avais des lettres de recommandation pour

ce savant diplomate. Il m'accueillit avec cette bonté un peu supérieure

d'un homme fait envers un adolescent. Ma passion précoce pour l'Italie

poétique l'intéressa à moi; il m'ouvrit le sanctuaire du Dante; il

m'apprit à épeler vers à vers ce grand poëme ou cette grande énigme dont

il était le sphinx depuis tant d'années. Il m'initia en même temps, par

une immense variété d'anecdotes dont il était le recueil vivant, à la

diplomatie consommée de la vieille cour de Rome et à l'histoire de cette

capitale ecclésiastique depuis la révolution française jusqu'à la

captivité de Pie VI à Savone.

Je goûtais beaucoup ces entretiens avec un homme supérieur en âge, en

érudition et en politique. Je n'ai jamais perdu le souvenir de ces

heures agréables passées dans son cabinet de traducteur ou dans sa

chancellerie de diplomate. Ce souvenir m'a peut-être rendu partial pour

sa traduction et pour ses commentaires; mais j'avoue que jusqu'ici je

n'ai pu lire avec une complète sécurité de sens le poëme du Dante que

dans l'édition en deux langues de M. Artaud, et en contrôlant à chaque

instant le texte par le commentaire. M. Artaud n'était pas poëte, j'en

conviens; mais il était savant. Dante était assez poëte pour deux; ce

qu'il lui fallait, c'était un interprète. Il n'en pouvait pas avoir un,

selon moi, plus pénétrant, plus consciencieux et plus fidèle que le

secrétaire d'ambassade de France à Rome et à Florence. Depuis ce temps

ce livre ne m'a pas quitté.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 198 / 232 题