Il y a une autre traduction en français et en prose, qu'on dit
excellente et que je n'ai lue que par fragments; c'est celle d'un homme
de lettres italien. M. Fiorentino s'est naturalisé Français par la
pureté de son style dans notre langue. C'est un légitime préjugé en
faveur du sens de cette traduction que d'avoir été écrite par un
compatriote du Dante. Le sens de _la Divine Comédie_ coule, pour ainsi
dire, dans les veines des Italiens. _Barbarus hic ego sum_, devons-nous
dire à M. Fiorentino, nous autres Barbares. Il vient de me lancer à ce
titre une indulgente épigramme dans un article de journal; nous l'avons
acceptée en toute humilité. Un traducteur qui venge son poëte est
respectable dans sa piété filiale. Le droit des traducteurs est de
confondre tellement leur personne avec la personne de leur modèle que
les critiques adressées à l'un blessent l'autre, et que, si on évoque le
Dante, M. Fiorentino a le droit de répondre: «Me voilà!»
Nous admettons celte identité sans doute très-légitime entre le poëte et
l'interprète: c'est l'identité de la voix et de l'écho. M. Fiorentino a
été un bel écho de l'Italie en France. Sa petite épigramme imméritée
(car nous ne nous sommes jamais mis, comme poëte, au niveau seulement
d'un vers du Dante) ne nous empêchera pas de remercier cet écrivain de
son excellente interprétation.
Après lui M. Mongis, en vers, M. Brizeux, digne de lutter corps à corps,
et plusieurs autres traducteurs sérieux ont tenté l'oeuvre.