XXII

Il y a une autre traduction en français et en prose, qu'on dit

excellente et que je n'ai lue que par fragments; c'est celle d'un homme

de lettres italien. M. Fiorentino s'est naturalisé Français par la

pureté de son style dans notre langue. C'est un légitime préjugé en

faveur du sens de cette traduction que d'avoir été écrite par un

compatriote du Dante. Le sens de _la Divine Comédie_ coule, pour ainsi

dire, dans les veines des Italiens. _Barbarus hic ego sum_, devons-nous

dire à M. Fiorentino, nous autres Barbares. Il vient de me lancer à ce

titre une indulgente épigramme dans un article de journal; nous l'avons

acceptée en toute humilité. Un traducteur qui venge son poëte est

respectable dans sa piété filiale. Le droit des traducteurs est de

confondre tellement leur personne avec la personne de leur modèle que

les critiques adressées à l'un blessent l'autre, et que, si on évoque le

Dante, M. Fiorentino a le droit de répondre: «Me voilà!»

Nous admettons celte identité sans doute très-légitime entre le poëte et

l'interprète: c'est l'identité de la voix et de l'écho. M. Fiorentino a

été un bel écho de l'Italie en France. Sa petite épigramme imméritée

(car nous ne nous sommes jamais mis, comme poëte, au niveau seulement

d'un vers du Dante) ne nous empêchera pas de remercier cet écrivain de

son excellente interprétation.

Après lui M. Mongis, en vers, M. Brizeux, digne de lutter corps à corps,

et plusieurs autres traducteurs sérieux ont tenté l'oeuvre.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 199 / 232 题