Ce poëme avait quelque analogie lointaine avec _la Divine Comédie_ du
Dante. Il y a néanmoins cette différence: c'est que l'intérêt est
impossible dans le plan du Dante, attendu que son poëme n'est qu'un
spectacle auquel il assiste sans y prendre part, une espèce de revue
rapide des supplices de quelques ombres de ses ennemis. Les personnages
passent comme des fantômes sous le fouet des démons et sous l'oeil du
poëte; l'intérêt, sans cesse morcelé et interrompu, passe avec eux et ne
laisse qu'un éblouissement dans l'imagination; tandis que, dans l'épopée
telle que je la concevais, l'intérêt attaché aux mêmes âmes dans des
péripéties diverses ne se rompait qu'à leur réunion définitive et à leur
béatitude éternelle. Il ne manquait, je le répète, à mon épopée qu'une
chose: le poëte.
Le _Dante_ ou le _Tasse_, ou _Pétrarque_ pouvaient, peut-être, exécuter
cette épopée de l'âme, seul sujet qui reste; mais il n'y avait en moi,
disciple trop dégénéré de ces grands hommes, que la force de rêver une
telle conception sans la puissance de l'enfanter.