XIII

«C'en est fait!» m'écriai-je en me réveillant, «j'ai trouvé mon poëme!»

Et ce n'était pas seulement mon poëme que j'avais cru trouver; c'était

le jour ou plutôt le crépuscule de ce monde de vérités que la Providence

fait flotter toujours à portée, mais toujours un peu au-dessus de notre

intelligence, comme le père fait flotter le fruit au-dessus de la taille

de son enfant pour lui faire lever ses petites mains jusqu'à l'arbre, et

pour le faire grandir par l'effort jusqu'à la branche.

Création, théogonie, histoire, vie et mort, phases primitives,

successives et définitives de l'esprit, destinée de tous les êtres

animés, de l'âme humaine d'abord, puis de celle de l'insecte, puis de

celle des soleils, puis de celle de ces myriades d'esprits invisibles,

mais évidents, qui comblent le vide entre Dieu et le néant, qui

pullulent dans ses rayons, et qui sont, je n'en doute pas, aussi divers

et aussi multipliés que les atomes flottants qui nous apparaissent dans

un rayonnement de soleil; je crus tout comprendre; et, en effet, je

compris tout ce que Dieu permet de comprendre à une de ses plus infimes

intelligences.

Et une grande joie, une joie que je n'avais jamais goûtée avant, que je

n'ai jamais goûtée depuis, se répandit dans tout mon être. Je croyais

m'être approché autant qu'il était en moi du foyer de la vérité; je n'en

entrevoyais pas seulement la lueur, qui m'éblouissait, j'en sentais la

chaleur, qui me descendait de l'esprit au coeur, du coeur aux sens;

j'étais ivre d'intelligence, s'il est permis d'associer ces deux mots.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 190 / 232 题