XI

À peine eus-je dépassé Capoue, et franchi les premières collines des

Abruzzes qui séparent l'atmosphère des montagnes de l'atmosphère de la

mer, que je me sentis soudainement guéri, comme un homme asphyxié à qui

une fenêtre ouverte vient de rendre l'air respirable. Le lendemain,

après une nuit de sommeil passée dans la villa de Cicéron à _Molo di

Gaete_, je poursuivis délicieusement ma course vers Rome. Je couchai à

Terracine, à l'issue des marais Pontins; puis je commençai à gravir les

collines de _Velletri_, de _Genzano_ et d'_Albano_, ces monts

_Penthélique_ et ces monts _Hymette_ de la plaine de Rome, plus

majestueux et plus gracieux que ceux d'Athènes.

J'étais monté sur le siége de ma calèche pour contempler de plus haut et

de plus près une plus large part de ce magique horizon, délices de

Cicéron, de Mécène, de Virgile et d'Horace; ils y ont incorporé leurs

noms comme des illustrations éternelles de l'homme sur ces pages de la

nature.

C'était le soir; le soleil, roulant autour de son disque rouge quelques

brumes sanglantes comme les vapeurs de pourpre de ces champs de bataille

évaporées dans ses rayons, se précipitait dans la mer étincelante. Les

rides roses de cette mer ondulaient doucement dans le lointain comme une

étoffe moirée qu'on déploie et qu'on replie pour en faire admirer les

chatoyements. Les collines sur lesquelles serpentait la route étaient

couvertes dans leurs vallées et sur leurs flancs de forêts d'amandiers

en fleurs. Ces fleurs innombrables répandaient leurs teintes lactées et

rosées sur toute la campagne; elles tombaient des branches à chaque

légère bouffée du vent tiède de la mer; elles semaient d'un véritable

tapis de couleurs riantes l'intervalle d'un arbre à l'autre; elles

remplissaient l'air soulevé par la brise d'une nuée de papillons

inanimés qui venaient tomber jusque sous les roues sur le chemin.

Au sommet de ces collines de vignes hautes et d'amandiers fleuris

pyramidaient quelques métairies romaines à l'aspect sombre, caverneux,

monumental; plus haut encore des pins parasols à larges cimes

dentelaient l'horizon de leurs dômes noirs. Ces coupoles sombres

contrastaient avec la riante lumière des vallées, comme les siècles

immuables contrastent avec les printemps d'une heure qui fleurissent et

qui s'effeuillent à leurs pieds!

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 188 / 232 题