XXVI

Mais, cela dit, il serait souverainement injuste de méconnaître

l'influence régulatrice et directrice que cet excellent esprit devait

avoir sur l'esprit littéraire de sa patrie.

Nous ne voulons pas exagérer ici la valeur de ce qu'on appelle la

critique. Ce n'est certes pas la première des qualités de l'esprit;

mais, si elle n'est pas la plus éminente, elle est toutefois la plus

nécessaire; ou, pour mieux dire, là où cette qualité manque, il n'y en a

plus d'autre qui serve.

Si nous avions à la définir comme nous la comprenons, nous dirions: _la

critique est la logique des arts_, de l'art de penser et d'écrire comme

de tous les autres arts que l'esprit humain a inventés pour exercer les

forces de son intelligence ou de ses sens à la gloire de son être. Sans

cette logique des arts, qui doit gouverner, à son insu, même le génie,

le génie ne serait qu'une sublime démence. Il ferait, dans le domaine de

l'esprit ou des sens, des choses prodigieuses dans quelques parties,

monstrueuses dans l'ensemble. Ses oeuvres, tombant à chaque instant dans

le désordre ou dans l'excès, n'auraient ni proportions, ni convenance,

ni mesure. Ce seraient encore des prodiges, mais ce seraient des

prodiges de dérèglement. Ces monstruosités n'offenseraient pas moins la

vérité éternelle que l'intelligence saine ou que les sens justes de

l'homme.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 175 / 232 题