XXIV

À l'exception de quelques épigrammes plus correctes qu'élégantes, et de

deux ou trois malheureuses tentatives pour voler de ses propres ailes

jusqu'à l'ode héroïque, voilà toute l'oeuvre littéraire de cette longue

vie.

On a dit, non sans raison, que le Français n'avait pas la tête épique.

Quand on a lu _Ronsard_, _Malherbe_, les imitations bibliques de

_Jean-Baptiste Rousseau_, quelques strophes de _Pompignan_, quelques

stances inimitées et inimitables de _Gilbert_, quelques odes vraiment

pindariques de _Lebrun_, enfin les odes d'_Hugo_ et de ses contemporains

de notre âge, on ne peut plus dire que le Français n'a pas l'âme

lyrique. Mais il est vrai de dire que Boileau ne l'avait pas dans ses

odes; il chantait sans lyre, il brûlait sans feu, il palpitait sans

souffle. Il est véritablement curieux et presque ridicule de voir

comment il prenait avec un compas la mesure des ailes de Pindare pour

ajuster ses ailes factices à lui sur ce modèle, et pour fendre le ciel à

l'aide de ce lourd mécanisme d'enthousiasme classique qui le laissait

tomber ventre à terre aux justes sifflets de ses admirateurs ébahis.

Ce n'était pas là sa sphère: il n'excellait que dans le bon sens; le

génie ne se laisse aborder que par un sublime délire. Boileau ne

délirait jamais. Il le dit lui-même dans une de ses lettres:

«Philosophiquement, les vers me paraissent une folie!» Folie sainte,

folie plus inspirée de divinité que la sagesse vulgaire! Folie de la

lyre, dont les hommes de la trempe de Boileau ne seront jamais

coupables!

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 173 / 232 题