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Mais s'il avait les légèretés et les élégances trop superficielles de

l'esprit gaulois, il en avait aussi les qualités. C'était un esprit

probe et droit, c'était de plus un coeur courageux et honnête. Sa

constance dans ses amitiés pour Molière persécuté par les hypocrites de

son temps, pour Racine abandonné par la faveur du roi, attestent en lui

une de ces âmes fermes qui ne se laissent plier ni par la versatilité

des partis, ni par la disgrâce des rois. L'_aura popularis_, ce vent de

terre qui souffle dans la voile des grands hommes, tantôt pour les

enfler, tantôt pour les déchirer dans leur course, n'existait pas pour

lui. Il représentait ce qu'il y a de plus beau à représenter dans son

temps: la postérité.

Son amitié était si fidèle et son goût pour les hommes d'élite était si

sûr qu'il ne se trompa dans aucune de ses prophéties. Il promit la

gloire durable à Corneille, à Racine, à Molière, à Bossuet. La postérité

a tenu toutes les promesses qu'il avait faites d'avance en son nom à

ses illustres amis. Il ne parle jamais en vers de La Fontaine, bien que

ce fabuliste nonchalant fût un hôte assez assidu de son jardin d'Auteuil

et un convive voluptueux de sa table. Il le regardait, dit-on, comme un

enfant gâté du génie, mais comme un enfant noué qui ne grandirait pas

au-dessus de la taille des enfants à la stature des vrais grands hommes.

Les fanatiques sur parole de La Fontaine reprochent à Boileau cet oubli

de l'auteur des Fables et des Contes; nous n'y voyons, nous, qu'une

preuve de plus de l'exquise justesse de son jugement. La Fontaine avait

des grâces enfantines de langue et des hasards heureux de poésie qui

devaient engouer longtemps la France; mais les grâces enfantines

s'évaporent avec la jeunesse et ne survivent pas longtemps à la maturité

des peuples. La postérité veut des hommes faits, des coeurs virils, des

âmes fortes. Boileau ne s'est pas trompé. Il ne s'est trompé que sur le

Tasse et sur la littérature italienne, dont les vices le choquaient avec

raison, mais dont il appréciait trop peu les chefs-d'oeuvre. Dante, le

Tasse, Pétrarque, Arioste étaient pour lui des livres fermés; il ne

pouvait juger ces grands esprits dont il ignorait la langue.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 172 / 232 题