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C'est à ce badinage, selon nous, un peu profanateur de la poésie, que

Boileau a dû sa plus grande popularité et qu'il la conserve. Nous

voulons parler de son poëme héroï-comique du _Lutrin_. Jusqu'à cette

oeuvre il avait été critique et modèle; critique toujours spirituel,

modèle quelquefois accompli, mais là il fut véritablement poëte,

toujours dans l'acception ingénieuse et tempérée du mot.

Les poëtes italiens jusqu'à l'Arioste; Tassoni, après lui, dans la

_Sècchia rapita_, plaisanterie assez lourde et peu digne de sa renommée;

le poëte anglais _Pope_, dans _la Boucle de cheveux enlevée_, hochet

poétique d'une incomparable délicatesse de travail, avaient été les

modèles de Boileau dans ce genre bâtard et corrompu de composition.

Boileau lui-même, en autorisant par son _Lutrin_ ce faux genre, devait

servir d'excuse à La Fontaine dans ses Contes, puis servir d'exemple au

poëme burlesque et licencieux de Voltaire, _la Pucelle d'Orléans_; et

Voltaire, à son tour, devait servir d'exemple à lord Byron dans son

poëme moqueur et satanique de _Don Juan_. Ainsi la profanation de la

poésie par le _burlesque_ devait corrompre une longue série de poètes et

amener, d'excès en excès, La Fontaine à l'obscénité. Voltaire an

scandale, Gresset à la puérilité, Byron au sacrilége. On ne ravale pas

impunément le plus beau don de Dieu, la poésie, à des trivialités

ridicules. On ne boit pas le vin de l'orgie dans le calice. La

corruption du genre entraîne celle de l'esprit. Le burlesque est la

mascarade d'une divinité.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 169 / 232 题