Son poëme de l'_Art poétique_, froide et prosaïque imitation d'Horace,
dont les pédants routiniers de collége prosaïsent et affadissent la
mémoire des enfants, est certainement le plus faible de ses ouvrages.
C'est le squelette de la poésie, décharné, décoloré, privé de vie et
d'âme par un profane anatomiste de l'inspiration. C'était déjà une faute
que d'écrire un tel poëme; les vers sont faits pour le chant,
quelquefois pour la pensée, jamais pour la pédagogie. C'est ce prosaïsme
de l'_Art poétique_ qui a le plus diminué Boileau dans l'esprit de notre
siècle; on se venge de l'ennui qui respire dans ces préceptes rimés en
oubliant les vers admirables qui parsèment les satires et les épîtres.
Deux seules grandes qualités manquent à Boileau dans ses ouvrages, la
longue haleine et l'élévation. Il est court dans son vol, il rase la
terre et il badine au lieu de toucher. Aussi est-il par excellence le
poëte des esprits ingénieux, mais médiocres, qui n'ont pas d'ailes et
qui jouent terre à terre à la poésie, au lieu de se laisser emporter par
elle dans son ciel; MUSA PEDESTRIS! poésie pédestre, qui ne bronche pas,
mais qui ne dévore pas l'espace. Le manque de profondeur fut le défaut
capital de Boileau comme de sa race gauloise; ce défaut qui était celui
de la littérature française jusqu'à Corneille, Racine, Bossuet, surtout
jusqu'à J.-J. Rousseau, défaut qui a fait une partie du succès si
prodigieux et si mérité de Voltaire, obligé de rire jusqu'à l'indécence
même pour raisonner.