Comme écrivain, selon nous, son plus grand mérite fut d'avoir été
l'homme nécessaire au moment où il apparut dans notre littérature. Cette
littérature courait à sa perte en se dénationalisant trop sur les pas
des imitateurs du style italien et du style espagnol. Il lui fallait un
vigoureux coup de férule sur les mains qui tenaient la plume depuis
Ronsard. Sans doute Ronsard était mille fois plus poëte que Boileau; il
y avait, dans ce gentilhomme de cour et d'épée, du _Tasse_, du
_Pétrarque_, de l'_Arioste_, presque du _Pindare_; il y avait aussi de
l'_Horace_. Il y avait de plus une certaine grâce juvénile et gauloise
qui charmait l'esprit sans doute, mais qui tendait trop à faire tomber
la langue et la littérature dans une seconde enfance. Cette seconde
enfance, qui n'a pas l'inexpérience et la naïveté vraie de la première,
pouvait faire dégénérer l'esprit français en afféterie, en mignardise,
en jeu d'esprit, toutes choses indignes d'une grande langue et d'un
grand peuple.