XIII

Comme écrivain, selon nous, son plus grand mérite fut d'avoir été

l'homme nécessaire au moment où il apparut dans notre littérature. Cette

littérature courait à sa perte en se dénationalisant trop sur les pas

des imitateurs du style italien et du style espagnol. Il lui fallait un

vigoureux coup de férule sur les mains qui tenaient la plume depuis

Ronsard. Sans doute Ronsard était mille fois plus poëte que Boileau; il

y avait, dans ce gentilhomme de cour et d'épée, du _Tasse_, du

_Pétrarque_, de l'_Arioste_, presque du _Pindare_; il y avait aussi de

l'_Horace_. Il y avait de plus une certaine grâce juvénile et gauloise

qui charmait l'esprit sans doute, mais qui tendait trop à faire tomber

la langue et la littérature dans une seconde enfance. Cette seconde

enfance, qui n'a pas l'inexpérience et la naïveté vraie de la première,

pouvait faire dégénérer l'esprit français en afféterie, en mignardise,

en jeu d'esprit, toutes choses indignes d'une grande langue et d'un

grand peuple.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 160 / 232 题