À côté de l'école de Ronsard, qui triomphait à l'hôtel de Rambouillet,
et en opposition avec elle, il s'était formé une école pédantesque,
pénible, lourde, gauche, inhabilement imitatrice, mais très-orgueilleuse
et très-puissante, dont _Pradon_, _Chapelain_ et d'autres écrivains
estimables, mais sans génie, étaient les soleils, selon l'expression de
Boileau; école littéraire qui s'était emparée par la prétention, par _la
camaraderie_ et par la suffisance, de la cour, des salons, de ce qu'on
appelait alors _les ruelles_, et surtout des faveurs lucratives du
gouvernement.
Cette coterie littéraire, toute-puissante et comme inviolable dans
l'opinion, rappelait assez l'école dogmatique qui a prévalu depuis
trente ans parmi nous en politique et même en littérature, par une
volonté tenace et bien disciplinée plus que par une véritable
supériorité de génie. Les Pradon et les Chapelain obstruaient la voie
aux _Corneille_, aux _Racine_, aux _Molière_, aux _Bossuet_, aux
_Fénelon_, véritables grandeurs de la nature, éclipsées ou ajournées par
ces fausses grandeurs d'engouement. La littérature française, entre
leurs mains, allait mourir d'ennui avant d'être née.
C'est contre ces faux grands hommes que Boileau osa ouvrir une campagne
de critique âpre, mais courageuse, qui n'était ni sans danger ni sans
gloire dans un jeune homme qui n'avait d'autre appui que sa passion pour
le vrai. Mais, en tacticien habile, ce jeune homme commença, pour
assurer sa position, par désintéresser l'amour-propre du roi de cette
querelle entre les écrivains de son règne, et par payer largement à
Louis XIV le tribut de gloire ou de vanité que ce prince levait avant
tout sur les génies de son siècle.