Louis XVIII, en prince habile, voulait rappeler cette grandeur nationale
de sa maison à la nation par tous ses sens. Racine, selon lui, faisait
partie de la dynastie de Louis XIV; en popularisant Racine il
repopularisait son ancêtre. Il chercha quelle était l'oeuvre de Racine
dans laquelle le génie du poëte, la majesté de la monarchie, la sainteté
de la religion nationale étaient le mieux rassemblés, pour restituer à
ces trois institutions, la religion, la monarchie des Bourbons et les
lettres, le prestige dont il voulait éblouir la France pour la rattacher
par un légitime orgueil national à son passé monarchique. Il trouva
_Athalie_. Il ordonna à ses ministres et à ses gentilshommes de la
chambre de préparer une représentation féerique et politique
d'_Athalie_.
On choisit la salle de l'Opéra comme la scène des prodiges. Cette salle
immense et monumentale s'élevait alors dans la rue de Richelieu, à la
place où une fontaine funéraire lave éternellement la trace du sang de
l'infortuné duc de Berry, assassiné sous le vestibule de ce théâtre si
peu de mois après cette fête. On devait, pour compléter l'enchantement
de l'esprit par l'enchantement de tous les sens, représenter _Athalie_
avec les choeurs, qui sont le cadre prophétique et musical du drame.
Tous les grands artistes de la France, musiciens, décorateurs, peintres,
chorégraphes, exécutants, danseurs, danseuses, acteurs et actrices
furent invités par le gouvernement à concourir, sous la direction
poétique de Talma, à la dignité, à la splendeur, aux délices de cette
représentation. C'était l'apothéose du siècle de Louis XIV sous
l'apothéose de Racine. La France entière se pressa et se recueillit pour
y assister.