XIV

Louis XVIII, prince infiniment plus éclairé et plus philosophe qu'on ne

le suppose, sentait profondément cette nécessité. Convaincu que la

restauration de sa dynastie ne pouvait se naturaliser que par la liberté

des discussions parlementaires et par le concours électif de la nation

elle-même à son gouvernement, il s'en rapportait à la Constitution qu'il

avait donnée de la solidité de son trône.

Mais ce trône, il ne voulait pas seulement le consolider, il voulait

lui rendre son antique prestige. Depuis François Ier, les lettres

étaient un des caractères de la France; elles brillaient sur la tête de

ses rois comme la plus belle pierre précieuse de leur diadème. C'était,

depuis les Grecs de l'antiquité et depuis les Italiens de la

Renaissance, le peuple littéraire entre tous les peuples. Richelieu lui

avait donné l'Académie, la religion lui avait donné la chaire, Louis XIV

lui avait donné sa cour de poëtes, d'orateurs, de moralistes. Le règne

de Louis XV lui avait donné Montesquieu, Voltaire, Buffon, J.-J.

Rousseau, l'Encyclopédie, la philosophie du dix-huitième siècle toute

pétrie du génie des lettres. Le règne de Louis XVI lui avait donné la

politique littéraire et oratoire, dans cette foule d'écrivains dont

Mirabeau avait été la dernière voix; il lui avait donné enfin la

Révolution, qui n'était au fond qu'une dernière explosion des lettres

françaises. Les noms des rois de nos dynasties et la gloire des lettres

se trouvaient partout confondus dans une inséparable solidarité de

rayons. Les rois faisaient corps avec les poëtes, et les poëtes

faisaient auréole avec les rois.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 42 / 232 题