Les Bourbons étaient rentrés récemment en France après un long exil, et
par la brèche de nos désastres militaires. Ils n'avaient point ouvert
cette brèche; ils venaient au contraire pour la fermer et pour la
réparer; mais l'esprit d'un peuple vaincu et humilié est injuste envers
ceux qui prennent la rude tâche de le relever de ses ruines. Il
attribue injustement ses malheurs au gouvernement qui en porte le
premier le poids. Il n'y a point de justice à espérer d'une nation qui a
été dix ans ivre de gloire, et qui vient, par un retour nécessaire des
choses humaines, d'être abattue sous le poids des revers et des
humiliations.
Tel était alors l'état de la France. Les Bourbons étaient dans ce moment
son seul salut, mais ce salut même lui rappelait qu'elle avait besoin
d'être sauvée; elle les subissait en grondant, comme le malade subit le
remède.
Les Bourbons, de leur côté, se rendaient parfaitement compte de cette
impopularité de contre-coup qui leur faisait porter la responsabilité de
Moscou, de Waterloo, du 20 mars et des deux invasions de la France. Ils
ne pouvaient pas offrir à leur patrie un second Bonaparte pour illustrer
ses armées détruites par vingt victoires ou pour renverser par toute
l'Europe les trônes légitimes que leur retour venait au contraire de
relever ou de raffermir. Les gloires modestes et les humbles félicités
de la paix étaient les seuls prestiges qu'ils pussent opposer au
prestige qui rayonnait de Marengo, d'Austerlitz et de Sainte-Hélène. Il
fallait, de ce peuple militaire, refaire à contre-coeur un peuple
civil. La liberté parlementaire, qui ennoblit l'obéissance, les
industries, qui honorent et multiplient le travail, la légalité, les
arts, les lettres, la religion, toutes ces puissances morales étaient
leur seul moyen de gouvernement. Il fallait confondre leur nom avec tous
ces bienfaits et toutes ces gloires de la paix qui attachent un peuple à
ses princes par le bien-être, et qui lui font oublier, dans la sérénité
d'un règne pacifique, les éblouissements d'une dictature de héros.