ESTHER À ÉLISE.

Peut-être on t'a conté la fameuse disgrâce

De l'altière Vasthi dont j'occupe la place,

Lorsque le roi, contre elle enflammé de dépit,

La chassa de son trône ainsi que de son lit.

Mais il ne put si tôt en bannir la pensée:

Vasthi régna longtemps dans son âme offensée.

Dans ses vastes États il fallut donc chercher

Quelque nouvel objet qui pût l'en détacher.

On m'élevait alors, solitaire et cachée,

Sous les yeux vigilants du sage Mardochée.

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Du triste état des Juifs nuit et jour agite,

Il me tira du sein de mon obscurité,

Et, sur mes faibles mains fondant leur délivrance,

_Il me fit d'un empire accepter l'espérance_.

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Le fier Assuérus couronna sa captive,

Et le Persan superbe est aux pieds de la juive.

Par quels secrets ressorts, par quel enchaînement

Le ciel a-t-il conduit ce grand événement?

La captivité de son peuple cependant trouble sa joie pendant son

triomphe:

Esther, disais-je, Esther dans la pourpre est assise;

La moitié de la terre à son sceptre est soumise,

Et de Jérusalem l'herbe cache les murs!

Sion, repaire affreux de reptiles impurs,

Voit de son temple saint les pierres dispersées,

Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées.

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Cependant, mon amour pour notre nation

A rempli ce palais de filles de Sion,

Jeunes et tendres fleurs par le sort agitées,

Sous un ciel étranger comme moi transplantées.

Dans un lieu séparé de profanes témoins

Je mets à les former mon étude et mes soins;

Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème,

Lasse de vains honneurs et me cherchant moi-même,

Aux pieds de l'Éternel je viens m'humilier,

Et goûter le plaisir de me faire oublier.

Mme de Maintenon, sa haute fortune, sa modestie apparente, ses soins

pour les jeunes filles de Saint-Cyr transpercent presque sans voile sous

ces allusions.

Esther appelle ces filles de Sion ses compagnes. Elles chantent devant

elle, en strophes mélodieuses et mélancoliques comme les gémissements

des harpes juives suspendues aux saules de l'Euphrate, les cantiques de

la captivité.

Mardochée paraît à leur voix, les chants cessent. Il raconte à Esther le

plan du massacre des Juifs conçu par le ministre Aman. Il encourage

Esther à tout oser pour renverser ce ministre et sauver le sang de son

peuple. L'idylle ici s'élève au ton de la tragédie.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 25 / 232 题