MARDOCHÉE.

Quoi! lorsque vous voyez périr votre patrie,

Pour quelque chose, Esther, vous comptez votre vie!

Dieu parle, et d'un mortel vous craignez le courroux!

Que dis-je? votre vie, Esther, est-elle à vous?

N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue?

N'est-elle pas à Dieu dont vous l'avez reçue?

Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas,

Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas?

Songez-y bien: ce Dieu ne vous a pas choisie

Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie,

Ni pour charmer les yeux des profanes humains:

Pour un plus noble usage il réserve ses saints.

S'immoler pour son nom et pour son héritage,

D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage:

Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours!

Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours?

Que peuvent contre lui tous les rois de la terre?

En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre:

Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer;

Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer.

Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble;

Il voit comme un néant tout l'univers ensemble;

Et les faibles mortels, vains jouets du trépas,

Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas.

Esther n'hésite plus. Mardochée s'éloigne. Le choeur des jeunes filles

reprend sur un mode plus grave et finit par une invocation au Dieu des

combats.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 26 / 232 题