_Lettre du général Chlopicki à l'empereur Nicolas (décembre 1830)._
«Sire,
L'assemblée délibérante (la Diète), malgré le talent et même la
popularité de ses membres, est trop faible pour pouvoir ramener la
tranquillité au milieu de l'orage. Convaincu de cette vérité, d'autant
plus que j'ai devant les yeux l'expérience des jours de terreur qui
viennent de s'écouler, j'ai résolu de réunir en ma personne le pouvoir
exécutif dans toute son étendue, afin qu'il ne devînt pas la proie d'une
foule d'agents provocateurs et de perturbateurs qui, timides à l'heure
du danger, possèdent cependant l'art de tromper les masses par des
mensonges, et de faire tourner à leur profit les nobles sentiments du
peuple. Ennemi de l'anarchie, après avoir vu renverser par elle trois
sortes de gouvernements, je me suis proposé d'appuyer le gouvernement
provisoire par une force organisée, et de rendre l'autorité à un seul
homme, en l'entourant du secours de l'armée et de l'obéissance du
peuple.
Cette mesure, Sire, a déjà rétabli la tranquillité dans les esprits;
le soldat observe la discipline militaire; la populace retourne à ses
occupations habituelles; tous confient sans crainte ce qu'ils ont de
plus cher à une autorité qui désire le bien public, et qui atteindra
désormais ce noble but. En un mot, les troubles ont cessé et les traces
de désordre s'effacent.
Mais, Sire, ces sentiments qui, dans le cours de quelques heures,
ont armé toute la capitale, qui ont réuni toute l'armée sous un même
étendard, ces sentiments qui, comme une étincelle électrique, pénètrent
tous les palatinats, et y produisent les mêmes effets, ces sentiments,
dis-je, brûlent dans tous les coeurs, et ne s'éteindront qu'avec leur
dernier soupir.
Il en est ainsi, Sire; la nation veut une liberté modérée; elle ne veut
point en abuser; mais par cela même, elle veut qu'elle soit à l'abri
de toute violation et de toute agression; elle veut une constitution
applicable à la vie pratique. Par un concours inouï de circonstances,
se trouvant dans une position peut-être trop hardie, elle n'en est pas
moins prête à tout sacrifier pour la plus belle des causes, pour son
indépendance nationale. Cependant, Sire, loin d'elle est la pensée de
rompre les liens qui l'unissent à votre auguste volonté. Le gouvernement
provisoire a déjà reconnu la nécessité d'envoyer à Saint-Pétersbourg
deux députés qui ont été chargés de déposer au pied du trône de Votre
Majesté Impériale et Royale l'expression des volontés et des désirs de
la nation, que les provinces polonaises, anciennement incorporées à
l'Empire, fussent admises à la jouissance des mêmes libertés que le
royaume.
Daignez, Sire, par humanité et par égard pour les bienfaits que vous
avez répandus sur nous au commencement de votre règne, accueillir avec
bonté les prières dont ils sont l'interprète! Que la Pologne, déjà
reconnaissante à Votre Majesté Impériale et Royale pour les bonnes
intentions que vous lui avez toujours montrées, que cette Pologne,
dis-je, puisse vous entourer, Sire, de cet amour qu'elle conserve
dans son coeur pour son auguste régénérateur! Que notre destinée
s'accomplisse! Et vous, Sire, remplissant à notre égard les promesses
de votre prédécesseur, prouvez-nous par de nouveaux bienfaits que votre
règne n'est qu'une suite non interrompue du règne de celui qui a rendu
l'existence à une partie de l'ancienne Pologne. Du reste, la jouissance
des libertés qui nous sont assurées par la Charte n'est point une
concession que le trône nous fera; ce ne sera que la simple exécution
d'un contrat passé entre le roi et la nation, et confirmé par un serment
réciproque.
Connaissant, Sire, votre magnanimité, je dois espérer qu'une députation,
qui n'a pour but que la paix, obtiendra l'effet qu'elle se propose;
les travaux du gouvernement provisoire sont consacrés à l'organisation
intérieure du pays; ses ordonnances seront respectées, comme les miennes
propres, jusqu'au moment de la réunion du sénat et de la chambre des
nonces, auxquels il appartiendra de prendre des mesures ultérieures.
«Sire, en ma qualité d'ancien soldat et de bon Polonais, j'ose vous
faire entendre la vérité; car je suis persuadé que Votre Majesté
Impériale et Royale daignera l'écouter. Vous tenez, Sire, dans votre
main les destinées de toute une nation: d'un seul mot, vous pouvez la
mettre au comble du bonheur; d'un seul mot, la précipiter dans un abîme
de maux.
Plein de confiance dans la magnanimité de votre coeur, Sire, j'ose
espérer qu'une effusion de sang n'aura pas lieu, et je me regarderai
comme le plus heureux des hommes si je puis atteindre au but que je me
propose par la réunion intime de tous les éléments de bon ordre et de
force.»
X
_Mémorandum présenté le 21 mai 1831, par la Conférence de Rome, au pape
Grégoire XVI._
I
«Il paraît aux représentants des cinq puissances que, quant à l'État de
l'Église, il s'agit, dans l'intérêt général de l'Europe, de deux points
principaux:
«1° Que le gouvernement de cet État soit assis sur des bases solides par
des améliorations méditées et annoncées par Sa Sainteté elle-même, dès
le commencement de son règne;
«2° Que ces améliorations, lesquelles, selon l'expression de l'édit
de S.E. Mgr le cardinal Bernetti, fonderont une ère nouvelle pour les
sujets de Sa Sainteté, soient, par une garantie intérieure, mises à
l'abri des changements inhérents à la nature de tout gouvernement
électif.