[Résumé]
Nombre d’auteurs s’accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet,
que ce soit pour la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les
lecteurs ou la collaboration avec d’autres créateurs. Voici quatre
expériences parmi tant d’autres. Silvaine Arabo, poète et peintre,
propose une revue imprimée «Saraswati: revue de poésie, d’art et de
réflexion» en mars 2001 après avoir lancé sa cyber-revue «Poésie d’hier
et d’aujourd’hui» en mai 1997. Raymond Godefroy, écrivain-paysan
normand, publie ses fables sur le site web des éditions du Choucas en
décembre 1999, avec un beau design de Nicolas Pewny, avant d’en auto-
publier une version imprimée en juin 2001. Anne-Bénédicte Joly,
romancière et essayiste, crée un site web en avril 2000 en tant que
vitrine pour diffuser ses romans auto-édités. Michel Benoît, auteur de
nouvelles, utilise l’internet pour élargir ses horizons et pour «abolir
le temps et la distance».
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Nombre d’auteurs s’accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet,
que ce soit pour la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les
lecteurs ou la collaboration avec d’autres créateurs. Voici quatre
expériences parmi tant d’autres.
# Des poèmes sur deux supports
Poète et plasticienne, Silvaine Arabo vit en France, dans la région
Poitou-Charentes. En mai 1997, elle crée «Poésie d’hier et
d’aujourd’hui», l’un des premiers sites francophones consacrés à la
poésie.
En juin 1998, elle raconte: «Pour ce qui est d’internet, je suis
autodidacte (je n’ai reçu aucune formation informatique quelle qu’elle
soit). J’ai eu l’idée de construire un site littéraire centré sur la
poésie: internet me semble un moyen privilégié pour faire circuler des
idées, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au
travail, très empiriquement, et ai finalement abouti à ce site sur
lequel j’essaye de mettre en valeur des poètes contemporains de talent,
sans oublier la nécessaire prise de recul (rubrique "Réflexions sur la
poésie") sur l’objet considéré. (...)
Par ailleurs, internet m’a mis en contact avec d’autres poètes, dont
certains fort intéressants. Cela rompt le cercle de la solitude et
permet d’échanger des idées. On se lance des défis aussi. Internet peut
donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes
puisqu’ils savent qu’ils seront lus et pourront même, dans le meilleur
des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de
ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects
positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur
que pour le créateur.»
Très vite, «Poésie d’hier et d’aujourd’hui» prend la forme d’une cyber-
revue. Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo crée une
deuxième revue, «Saraswati: revue de poésie, d’art et de réflexion»,
cette fois sous forme imprimée. Les deux revues «se complètent et sont
vraiment à placer en regard l’une de l’autre».
# Des fables publiées en ligne
Le Choucas est une maison d’édition haut-savoyarde gérée par Nicolas et
Suzanne Pewny. Bien qu’étant d’abord un éditeur à vocation commerciale,
le Choucas tient aussi à avoir des activités non commerciales afin de
faire connaître des auteurs peu diffusés, par exemple Raymond Godefroy,
écrivain-paysan normand, qui désespérait de trouver un éditeur pour son
recueil de fables, intitulé «Fables pour l’an 2000». Quelques jours
avant l'année 2000, Nicolas Pewny publie ce recueil en ligne, avec un
beau design.
Enthousiaste à la vue de ses fables en version numérique, Raymond
Godefroy écrit à la même date: «Internet représente pour moi un
formidable outil de communication qui nous affranchit des
intermédiaires, des barrages doctrinaires et des intérêts des médias en
place. Soumis aux mêmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se
connaître, acquerront peu à peu cette conscience du collectif,
d’appartenir à un même monde fragile pour y vivre en harmonie sans le
détruire. Internet est absolument comme la langue d’Ésope, la meilleure
et la pire des choses, selon l’usage qu’on en fait, et j’espère qu’il
me permettra de m’affranchir en partie de l’édition et de la
distribution traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d’une
crise d’intolérance pour entrer à reculons dans le prochain
millénaire.»
Très certainement autobiographique, la fable «Le poète et l’éditeur»
(sixième fable de la troisième partie) relate on ne peut mieux les
affres du poète à la recherche d’un éditeur. Raymond Godefroy restant
très attaché au papier, il décide toutefois d’auto-publier la version
imprimée de ses fables en juin 2001, avec un titre légèrement
différent, «Fables pour les années 2000», puisque le cap du 21e siècle
est désormais franchi.
# Le site web d’une romancière
Autre expérience, celle d'Anne-Bénédicte Joly, romancière et essayiste,
qui habite en région parisienne. En avril 2000, elle crée un site web
en tant que vitrine pour diffuser ses livres auto-édités.
Elle relate trois mois plus tard: «Mon site a plusieurs objectifs.
Présenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-édités) à
travers des fiches signalétiques (dont le format est identique à celui
que l’on trouve dans la base de données Électre) et des extraits
choisis, présenter mon parcours (de professeur de lettres et
d’écrivain), permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilité
de laisser des impressions sur un livre d’or, guider le lecteur à
travers des liens vers des sites littéraires. (...)
Créer un site internet me permet d’élargir le cercle de mes lecteurs en
incitant les internautes à découvrir mes écrits. Internet est également
un moyen pour élargir la diffusion de mes ouvrages. (…) Internet devra
me permettre d'aller à la rencontre de lecteurs (d'internautes) que je
n'aurai pas l'occasion en temps ordinaire de côtoyer. Je pense à des
pays francophones tels que le Canada qui semble réserver une place
importante à la littérature francaise.»
Pourquoi ce choix d’auto-éditer ses oeuvres? «Après avoir rencontré de
nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons d'édition et ne
souhaitant pas opter pour des éditions à compte d'auteur, j'ai choisi,
parce que l'on écrit avant tout pour être lu (!), d'avoir recours à
l'auto-édition. Je suis donc un écrivain-éditeur et j'assume
l'intégralité des étapes de la chaîne littéraire, depuis l'écriture
jusqu'à la commercialisation, en passant par la saisie, la mise en
page, l'impression, le dépôt légal et la diffusion de mes livres. Mes
livres sont en règle générale édités à 250 exemplaires et je parviens
systématiquement à couvrir mes frais fixes.»
# Une «ouverture sur le monde»
Auteur de nouvelles (polars, récits noirs, histoires fantastiques),
Michel Benoît utilise l’internet pour élargir ses horizons et pour
«abolir le temps et la distance» entre Montréal, où il habite, et de
nombreux lieux de la planète.
Michel relate en juin 2000: «L’internet s’est imposé à moi comme outil
de recherche et de communication, essentiellement. Non, pas
essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l’on pense
“recherche”, on pense “information”. Voyez-vous, si l’on pense
“écriture”, “réflexion”, on pense “connaissance”, “recherche”. Donc on
va sur la toile pour tout, pour une idée, une image, une explication.
Un discours prononcé il y a vingt ans, une peinture exposée dans un
musée à l’autre bout du monde. On peut donner une idée à quelqu’un
qu’on n’a jamais vu, et en recevoir de même. La toile, c’est le monde
au clic de la souris. On pourrait penser que c’est un beau cliché.
Peut-être bien, à moins de prendre conscience de toutes les
implications de la chose. L’instantanéité, l’information tout de suite,
maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de
recherche. On est en train de faire, de produire. On a besoin d’une
information. On va la chercher, immédiatement. De plus, on a accès aux
plus grandes bibliothèques, aux plus importants journaux, aux musées
les plus prestigieux. (...)
Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois
exploser. Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire
en une semaine ce qui m’aurait pris des mois. Plus beau, plus
esthétique. Je me vois réussir des travaux plus raffinés, d’une facture
plus professionnelle, même et surtout dans des domaines connexes à mon
travail, comme la typographie, où je n’ai aucune compétence. La
présentation, le transport de textes, par exemple. Le travail simultané
de plusieurs personnes qui seront sur des continents différents.
Arriver à un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu’avant
le net, il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les
francophones. Plus le net ira se complexifiant, plus l’utilisation du
net deviendra profitable, nécessaire, essentielle.»