[Résumé]
Maître du suspense de renommée mondiale, Stephen King est le premier
auteur de best-sellers à se lancer dans l’aventure numérique. Dans un
premier temps, en mars 2000, il décide de distribuer sa nouvelle
«Riding The Bullet» uniquement en version numérique, avec 400.000
exemplaires téléchargés dans les premières vingt-quatre heures. Suite à
ce succès à la fois médiatique et financier, l’auteur crée son propre
site web en juillet 2000 pour auto-publier son roman épistolaire inédit
«The Plant» en plusieurs épisodes. Les chapitres paraissent à
intervalles réguliers et sont téléchargeables dans plusieurs formats
(PDF, OeB, HTML, TXT). En décembre 2000, après la parution du sixième
chapitre, l'auteur décide d'interrompre cette expérience, le nombre de
téléchargements et de paiements ayant régulièrement baissé au fil des
chapitres. L’auteur poursuit d’autres expériences numériques dans les
années qui suivent, mais cette fois en partenariat avec son éditeur.
***
Stephen King est le premier auteur de best-sellers à se lancer dans
l’aventure numérique, malgré les risques commerciaux encourus, en
tentant d’auto-publier un roman épistolaire sur le web indépendamment
de son éditeur.
# Mars 2000
En mars 2000, Stephen King, maître du suspense de renommée mondiale,
commence tout d’abord par distribuer uniquement sur l’internet sa
nouvelle «Riding the Bullet», assez volumineuse puisqu’elle comprend 66
pages. Du fait de la notoriété de l’auteur et de la couverture
médiatique de ce scoop, la publication de cette nouvelle sur le web est
un succès immédiat, avec 400.000 exemplaires téléchargés lors des
premières vingt-quatre heures dans les librairies en ligne qui la
vendent au prix de 2,5 dollars US.
# Juillet 2000
En juillet 2000, fort de cette expérience prometteuse, Stephen King
décide de se passer des services de Simon & Schuster, son éditeur
habituel. Il crée son propre site web pour débuter l’auto-publication
en épisodes de «The Plant», un roman épistolaire inédit. Ce roman
raconte l’histoire d’une plante carnivore s’emparant d’une maison
d’édition et lui promettant le succès commercial en échange de
sacrifices humains. Le premier chapitre est téléchargeable dans
plusieurs formats - PDF, OeB, HTML, TXT - pour la modeste somme d’un
dollar, avec paiement différé ou paiement immédiat sur le site
d’Amazon.
Dans une lettre aux lecteurs publiée sur son site à la même date,
l’auteur raconte que la création du site, le design et la publicité lui
ont coûté la somme de 124.150 dollars, sans compter sa prestation en
tant qu’écrivain ni la rémunération de son assistante. Il précise aussi
que la publication des chapitres suivants est liée au paiement du
premier chapitre par au moins 75% des internautes.
«Mes amis, vous avez l’occasion de devenir le pire cauchemar des
éditeurs, déclare-t-il dans sa lettre. Comme vous le voyez, c’est
simple. Pas de cryptage assommant! Vous voulez imprimer l’histoire et
en faire profiter un(e) ami(e)? Allez-y. Une seule condition: tout
repose sur la confiance, tout simplement. C’est la seule solution. Je
compte sur deux facteurs. Le premier est l’honnêteté. Prenez ce que bon
vous semble et payez pour cela, dit le proverbe. Le second est que vous
aimerez suffisamment l’histoire pour vouloir en lire davantage. Si vous
le souhaitez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous: payez, et
l’histoire continue; volez, et l’histoire s’arrête.»
Une semaine après la mise en ligne du premier chapitre, on compte
152.132 téléchargements, avec paiement par 76% des lecteurs. Certains
paient davantage que le dollar demandé, allant parfois jusqu’à 10 ou 20
dollars pour compenser le manque à gagner de ceux qui ne paieraient
pas, et éviter ainsi que la série ne s’arrête.
La barre des 75% est dépassée de peu, au grand soulagement des fans, si
bien que le deuxième chapitre suit un mois après.
# Août 2000
En août 2000, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King
annonce un nombre de téléchargements légèrement inférieur à celui du
premier chapitre. Il en attribue la cause à une publicité moindre et à
des problèmes de téléchargement. Si le nombre de téléchargements n’a
que légèrement décru, le nombre de paiements est en nette diminution,
les internautes ne réglant leur dû qu’une seule fois pour plusieurs
téléchargements.
L’auteur s’engage toutefois à publier le troisième chapitre comme
prévu, fin septembre, et à prendre une décision ensuite sur la
poursuite ou non de l’expérience, en fonction du nombre de paiements.
Ses prévisions sont de onze ou douze chapitres en tout, avec un nombre
total de 1,7 million de téléchargements. Le ou les derniers chapitres
seraient gratuits.
Plus volumineux avec 10.000 signes au lieu de 5.000 signes comme les
précédents, les chapitres 4 et 5 passent à deux dollars. Mais le nombre
de téléchargements et de paiements ne cesse de décliner, avec 40.000
téléchargements seulement pour le cinquième chapitre alors que le
premier chapitre avait été téléchargé 120.000 fois, et paiement pour
46% des téléchargements seulement.
# Novembre 2000
Fin novembre, Stephen King annonce l’interruption de la publication
pendant une période indéterminée, après la parution du sixième
chapitre, téléchargeable gratuitement à la mi-décembre. «"The Plant" va
retourner en hibernation afin que je puisse continuer à travailler,
précise-t-il sur son site. Mes agents insistent sur la nécessité
d’observer une pause afin que la traduction et la publication à
l’étranger puissent rattraper la publication en anglais.» Mais cette
décision semble d’abord liée à l’échec commercial de l’expérience.
Cet arrêt suscite de vives critiques. On oublie de reconnaître à
l’auteur au moins un mérite, celui d’avoir été le premier à se lancer
dans l’aventure, avec les risques qu’elle comporte. Entre juillet et
décembre 2000, pendant les six mois qu’elle aura duré, nombreux sont
ceux qui suivent les tribulations de «The Plant», à commencer par les
éditeurs, quelque peu inquiets face à un médium qui pourrait un jour
concurrencer le circuit traditionnel.
Quand Stephen King décide d’arrêter l’expérience, plusieurs
journalistes et critiques littéraires affirment qu’il se ridiculise aux
yeux du monde entier, preuve qu’ils n’ont visiblement pas suivi
l’histoire depuis ses débuts. L’auteur avait d’emblée annoncé la
couleur puisqu’il avait lié la poursuite de la publication à un
pourcentage de paiements satisfaisant.
# 2001 et 2002
Qu’est-il advenu ensuite des expériences numériques de Stephen King?
L’auteur reste très présent dans ce domaine, mais cette fois par le
biais de son éditeur.
En mars 2001, son roman «Dreamcatcher» est le premier roman à être
lancé simultanément en version imprimée par Simon & Schuster et en
version numérique par Palm Digital Media, la librairie numérique de
Palm, pour lecture sur Palm Pilot et sur Pocket PC.
En mars 2002, son recueil de nouvelles «Everything’s Eventual» est lui
aussi publié simultanément en deux versions: en version imprimée par
Scribner, subdivision de Simon & Schuster, et en version numérique par
Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre.
Et ainsi de suite, preuve que les éditeurs sont toujours utiles.