[Résumé]
Piloter les usagers sur l’internet, filtrer et organiser l’information
à leur intention, créer et gérer un site web, rechercher des documents
dans des bases de données spécialisées ou actualiser des catalogues en
ligne, telles sont désormais les tâches de nombreux bibliothécaires.
Bruno Didier, webmestre de la bibliothèque de l’Institut Pasteur
(Paris), explique en août 1999: «Nous devenons de plus en plus des
médiateurs, et peut- être un peu moins des conservateurs. Mon activité
actuelle est typique de cette nouvelle situation: d’une part dégager
des chemins d’accès rapides à l’information et mettre en place des
moyens de communication efficaces, d’autre part former les utilisateurs
à ces nouveaux outils. Je crois que l’avenir de notre métier passe par
la coopération et l’exploitation des ressources communes. C’est un
vieux projet certainement, mais finalement c’est la première fois qu’on
dispose enfin des moyens de le mettre en place.»
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Piloter les usagers sur l’internet, filtrer et organiser l’information
à leur intention, créer et gérer un site web, rechercher des documents
dans des bases de données spécialisées ou actualiser des catalogues en
ligne, telles sont désormais les tâches de nombreux bibliothécaires.
C’est le cas par exemple de Peter Raggett à la bibliothèque centrale de
l’OCDE et de Bruno Didier à la bibliothèque de l’Institut Pasteur à
Paris.
# À la bibliothèque centrale de l’OCDE
Peter Raggett est sous-directeur (puis directeur) de la bibliothèque
centrale de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement
économiques) à Paris. Réservée aux fonctionnaires de l’organisation, la
bibliothèque comprend 60.000 monographies et 2.500 périodiques imprimés
en 1998, et permet aussi la consultation de microfilms, de CD-Rom et de
bases de données telles que Dialog, Lexis-Nexis et UnCover. La
bibliothèque lance en 1996 ses pages intranet, qui deviennent
rapidement une source d’information majeure pour les chercheurs.
Peter explique en août 1999: «Je dois filtrer l’information pour les
usagers de la bibliothèque, ce qui signifie que je dois bien connaître
les sites et les liens qu’ils proposent. J’ai sélectionné plusieurs
centaines de sites pour en favoriser l’accès à partir de l’intranet de
l’OCDE. Cette sélection fait partie du bureau de référence virtuel
proposé par la bibliothèque à l’ensemble du personnel. Outre de
nombreux liens, ce bureau de référence contient des pages recensant les
articles, monographies et sites web correspondant aux différents
projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en réseau aux CD-Rom et
une liste mensuelle des nouveaux livres achetés par la bibliothèque.»
En ce qui concerne la recherche d’informations, «l’internet offre aux
chercheurs un stock d’informations considérable. Le problème pour eux
est de trouver ce qu’ils cherchent. Jamais auparavant on n’avait senti
une telle surcharge d’informations, comme on la sent maintenant quand
on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant
les moteurs de recherche disponibles sur l’internet. Lorsqu’on utilise
un moteur de recherche comme Lycos ou AltaVista ou un répertoire comme
Yahoo!, on voit vite la difficulté de trouver des sites utiles sur un
sujet donné. La recherche fonctionne bien sur un sujet très précis, par
exemple si on veut des informations sur une personne au nom inhabituel,
mais elle donne un trop grand nombre de résultats si on veut des
informations sur un sujet assez vaste. Par exemple, si on lance une
recherche sur le web pour “Russie ET transport”, dans le but de trouver
des statistiques sur l’utilisation des trains, des avions et des bus en
Russie, les premiers résultats qu’on trouve sont les compagnies de
transport de fret qui ont des relations d’affaires avec la Russie.»
Comment Peter voit-il l’avenir de la profession? «À mon avis, les
bibliothécaires auront un rôle important à jouer pour améliorer la
recherche et l’organisation de l’information sur le réseau. Je prévois
aussi une forte expansion de l’internet pour l’enseignement et la
recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques
numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une
institution à l’autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de
plus en plus devenir un bibliothécaire virtuel. Je n’aurai pas
l’occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt par
courriel, par téléphone ou par fax, j’effectuerai la recherche et je
leur enverrai les résultats par voie électronique.»
# À la bibliothèque de l’Institut Pasteur
Bruno Didier est bibliothécaire à l’Institut Pasteur à Paris.
L’Institut Pasteur est une fondation privée spécialisée dans la
prévention et le traitement des maladies infectieuses, avec plusieurs
instituts dans le monde. Séduit par les perspectives qu’offre
l’internet pour la recherche documentaire, Bruno crée le site web de la
bibliothèque en 1996 et devient son webmestre.
Il explique en août 1999: «Le site web de la bibliothèque a pour
vocation principale de servir la communauté pasteurienne. Il est le
support d’applications devenues indispensables à la fonction
documentaire dans un organisme de cette taille: bases de données
bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien entendu
accès à des périodiques en ligne (un peu plus d’une centaine
actuellement). C’est également une vitrine pour nos différents
services, en interne mais aussi dans toute la France et à l’étranger.
Il tient notamment une place importante dans la coopération
documentaire avec les instituts du réseau Pasteur à travers le monde.
Enfin j’essaie d’en faire une passerelle adaptée à nos besoins pour la
découverte et l’utilisation d’internet. (...) Je développe et maintiens
les pages du serveur, ce qui s’accompagne d’une activité de veille
régulière. Par ailleurs je suis responsable de la formation des
usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un excellent
support pour la formation, et la plupart des réflexions actuelles sur
la formation des usagers intègrent cet outil.»
Son activité professionnelle a changé de manière radicale, tout comme
celle de ses collègues. «C’est à la fois dans nos rapports avec
l’information et avec les usagers que les changements ont eu lieu,
explique-t-il. Nous devenons de plus en plus des médiateurs, et peut-
être un peu moins des conservateurs. Mon activité actuelle est typique
de cette nouvelle situation: d’une part dégager des chemins d’accès
rapides à l’information et mettre en place des moyens de communication
efficaces, d’autre part former les utilisateurs à ces nouveaux outils.
Je crois que l’avenir de notre métier passe par la coopération et
l’exploitation des ressources communes. C’est un vieux projet
certainement, mais finalement c’est la première fois qu’on dispose
enfin des moyens de le mettre en place.»