XXII

A peine M. Duchosal fut-il arrivé chez Ellénore, qu'elle devina, à son

air contraint, à l'espèce de ménagement qu'il mettait à lui dire les

choses les plus ordinaires, qu'il était préoccupé d'un sujet difficile

à aborder. Après avoir passé par tous les lieux communs de la santé, du

mauvais temps, des fatigues de la ville, des charmes de la campagne, M.

Duchosal en vint à dire:

--J'espère que vous n'avez pas douté, madame, de la part que j'ai prise

au chagrin que vous avez éprouvé dernièrement en voyant arrêter dans

votre maison le malheureux exilé à qui vous donniez refuge.

--Je crois d'autant plus à votre bon intérêt, dit Ellénore avec un peu

de fierté, que jamais je n'en ai été plus digne.

--Vous pensez bien que cinq minutes après avoir entendu raconter cette

arrestation, j'étais chez Fouché, et que je lui demandais l'explication

de ce coup d'autorité, tout comme si j'avais eu le droit de le faire.

Un autre à sa place se serait moqué de moi, et n'aurait pas même pris

la peine de me répondre; mais Fouché est un homme d'esprit, dont je ne

défends pas les excès révolutionnaires, je suis même certain qu'il sait

à quel point ce souvenir me gêne dans ma reconnaissance pour lui, mais

je sais aussi que son esprit lui sert à reconnaître ses torts, à tâcher

de les faire oublier par de grands services, et surtout à ne pas faire

de mal inutile. Or, la persécution contre les émigrés qui cherchent à

rentrer en France me semble une mesure fort impolitique; je ne lui en ai

pas fait mystère. A cela il répond qu'il est de mon avis, et que, sans

les conspirations que les émigrés tentent chaque jour et qui forcent

l'autorité à sévir contre eux, il y a longtemps qu'il aurait demandé

leur rappel à tous; mais on vient de découvrir un nouveau complot contre

la vie de Bonaparte. Les septembriseurs et les chouans sont également

compromis. La police a besoin d'être éclairée pour atteindre les vrais

coupables, et pour ne pas tourmenter les innocents. C'est par cette

raison qu'elle réclame l'aide des gens intéressés à maintenir l'ordre,

et à soustraire leurs amis aux soupçons qui pèsent sur eux.

Pendant ce long préambule, Ellénore se disait: où veut-il en venir?

Enfin, ne pouvant deviner ce que M. Duchosal voulait d'elle, mais

sachant très-bien ce qu'elle voulait de lui, elle prit le parti de lui

demander brusquement si, par son crédit près du ministre, il ne pourrait

pas obtenir la mise en liberté d'Édouard de Montévreux.

--Cela dépend maintenant plus de vous que de moi, reprit M. Duchosal.

--De moi, qui n'ai jamais vu le citoyen Fouché? qui ne le connais que

de réputation? ce qui explique assez mon éloignement pour lui; comment

m'accorderait-il la moindre grâce? En vérité, ce serait par trop

généreux de sa part.

--Oh! les hommes d'État n'entrent pas dans ces petites considérations;

ils se servent de ceux qui leur sont utiles, et servent ceux qu'ils

détestent, sans être arrêtés par les opinions et les sentiments qu'ils

leur supposent. Je vous en donne pour exemple Bonaparte et Fouché: tous

deux se haïssent cordialement, ils sont sans aucune illusion l'un sur

l'autre; mais le premier a besoin de la ruse, des intrigues du second

pour arriver à son but, et le second espère trop bien exploiter à son

profit l'ambition du vainqueur de l'Italie, pour ne pas la servir de

tout son pouvoir.

--En quoi puis-je être utile au ministre de la police?

--Je n'en sais rien, mais il désire vous parler; et c'est pour obtenir

de vous l'honneur d'un moment d'entretien, qu'il m'a envoyé vers vous!

--Voilà donc ce que vous aviez tant de peine à m'apprendre? s'écria

Ellénore... Je le conçois; car tous les soins que prend votre amitié

pour gazer une sommation brutale n'y change rien. Je suis mandée à la

police, voilà le fait.

--Vous confondez une invitation avec un ordre.

--Parce qu'il faut obéir également à tous deux, et que l'idée d'un

semblable interrogatoire me glace de terreur.

--Il ne saurait vous embarrasser. En recevant M. de Montévreux à la

campagne, vous pouviez ignorer qu'il n'eût pas la permission d'être en

France.

--Sans doute, mais je ne l'ignorais pas.

--Ah! si vous allez vous piquer de franchise avec la police, vous vous

perdrez sans sauver votre protégé. Prenez-y garde, la conspiration

dont tous les complices ne sont pas encore dénoncés rend son affaire

très-mauvaise. N'ajoutez pas au danger de sa situation par des aveux de

luxe ou par des mots injurieux. Vous êtes belle, aimable, spirituelle;

servez-vous de tous ces dons pour fléchir la sévérité de son juge. Je

ne vous dis pas d'avoir l'air de l'adorer; mais la plus honnête femme

du monde sait fort bien employer ses moyens de séduction au profit

d'une bonne oeuvre, sans qu'il en coûte rien à sa vertu. Un sourire,

une flatterie indirecte, suffisent pour apaiser la colère d'un tyran, et

changent souvent sa rigueur en clémence. Essayez.

--Je ne saurais, dit Ellénore accablée sous la nécessité de subir cet

interrogatoire. Ma nature s'y refuse. Je puis dissimuler le dégoût qu'on

m'inspire, mais feindre la bienveillance pour qui me fait horreur,

est un effort au-dessus de mon courage. Ah! mon Dieu! s'il vous était

possible de m'épargner cette cruelle épreuve! Dites que je suis malade,

en fuite... que sais-je?... trouvez un moyen...

--Il n'en est pas, interrompit M. Duchosal; croyez que si j'en avais

découvert un, je ne serais pas venu vous supplier, au nom de votre

repos, au nom de la sûreté des royalistes qui vous intéressent, de céder

à cette invitation, et d'en tirer tout le parti possible en faveur du

pauvre prisonnier, dont le sort est peut-être dans vos mains.

Après avoir perdu toute espérance de s'épargner une si pénible démarche,

Madame Mansley ne pensa plus qu'à la rendre secrète; car les rapports

avec la police, si innocents qu'ils puissent être, sont toujours

suspects.

Le ministre l'attendait le lendemain matin; il fut décidé, entre elle et

M. Duchosal, qu'elle irait le prendre pour qu'il l'introduisit chez

le citoyen Fouché à l'heure qui suit son déjeuner, moment qu'il se

réservait ordinairement pour sa correspondance particulière, et où l'on

était moins exposé à rencontrer des postulants d'audience.

--Si le malheur qui me poursuit, veut que je sois vue chez ce ministre

infernal par quelque parent de la duchesse de Montévreux, venu comme

moi dans cet antre de perdition pour en tirer le pauvre Édouard, je suis

perdue, dit Ellénore avec rage; il croira que je viens faire mon rapport

ou chercher la récompense de mon infamie! Non, tout vaut mieux que de se

prêter à affermir de si atroces suppositions. Je n'irai point... qu'on

m'y traîne prisonnière, qu'on m'y fasse subir le sort qu'on réserve aux

conspirateurs, peu m'importe; le supplice que le bourreau des Lyonnais

et de Louis XVI m'infligera sera toujours plus doux et moins honteux que

celui de passer pour être sa complice.

Et, revenue par cette idée à toute sa résistance, Ellénore n'écoutait

plus les représentations de son ami; il fut obligé de la menacer de

nouveau des malheurs dont son refus allait la rendre responsable. Il

lui en fit une peinture si effrayante, qu'elle se résigna à se rendre

à l'hôtel de la police à peu près aussi tristement qu'on marche à

l'échafaud.

Le malheur est moins dur à supporter qu'à craindre, a écrit un auteur

moderne, et l'on en peut dire autant des démarches qu'on redoute le

plus. Il y a un fond de curiosité dans l'esprit humain qui le distrait

en dépit de sa préoccupation. Puis, le mouvement, l'aspect d'objets

nouveaux, de visages inconnus sont autant de nuages qui passent devant

votre pensée et qui la calment en la voilant.

Ellénore ne connaissant le citoyen Fouché que par ses exploits

révolutionnaires, s'en était fait une idée analogue à ses actions, et se

le figurait, avec la chevelure noire, l'oeil caverneux et le rire féroce

d'un brigand de mélodrame.

Déjà la vue des salons dorés du ministère l'avait déconcertée sur

l'austérité républicaine de l'ancien conventionnel; mais ce luxe tenant

au riche hôtel livré par ses nobles propriétaires à leurs démocrates

vainqueurs, ne prouvait rien contre la haine du maître présent pour tout

ce qui brillait, et elle s'attendait à trouver l'empereur des espions.

Dans le simple appareil

_D'un mouchard_ que l'on vient d'arracher au sommeil.

Elle fut très-étonnée, lorsque la porte du cabinet du ministre s'ouvrit,

et qu'il en sortit un petit homme blond, tiré comme on dit à quatre

épingles, et dont les manières froides et polies rappelaient beaucoup

plus celles d'un courtisan de Louis XVI que celles d'un Brutus.

--J'ai voulu servir de chevalier à madame Mansley pour la conduire

chez vous, dit M. Duchosal en allant au-devant de Fouché; on la sort

difficilement de chez elle, et j'espère que vous lui donnerez lieu de se

féliciter de la peine qu'elle prend. Pardon si je vous quitte, mais une

affaire pressante m'appelle chez mon notaire.

En finissant ces mots, M. Duchosal pressa la main que lui tendait le

ministre, et il sortit du salon.

--Quoi! vous partez? s'écria Ellénore sans penser qu'il était déjà trop

loin pour l'entendre.

--Il sait, madame, que le sujet de l'entretien que vous voulez bien

m'accorder ne doit être connu de personne, et c'est au nom de cet

inviolable secret que j'ose réclamer de votre part une confiance

entière.

Et le ministre appuyant sur chacune de ces paroles, comme pour se donner

plus de temps à examiner l'effet qu'elles produisaient et se demander

s'il fallait continuer sur ce ton de déférence, ou en prendre un plus

leste, levait timidement ses yeux bordés de rouge sur le noble

visage d'Ellénore, et se sentait dominé, malgré lui, par l'admiration

respectueuse que sa beauté inspirait.

Comme elle gardait le silence, il crut devoir s'expliquer plus

clairement.

--J'ai d'abord à m'excuser auprès de vous, madame, de la mesure de

rigueur qu'il m'a fallu prendre contre une personne que vous n'auriez

certainement pas cachée dans le pavillon de la maison que vous habitez,

si vous aviez su à qui vous donniez asile.

--Je le savais très-bien, citoyen, répondit fièrement Ellénore.

--Permettez-moi d'en douter: les femmes aiment à protéger le malheur,

mais non le crime; et si vous aviez pu soupçonner qu'en croyant faire un

simple acte d'hospitalité, vous vous rendiez complice d'un assassinat,

vous auriez...

--Édouard de Montévreux un assassin? c'est une horreur inventée pour le

perdre; il est incapable d'une lâcheté sanglante.

--Eh! madame, en temps de révolution, ces choses-là prennent des noms

fort divers. Ce que vous appelez, à bon droit, une horreur, passe pour

un dévouement héroïque chez les gens aveuglés par l'esprit de parti. Se

battre contre sa patrie a été de tout temps un crime puni de mort; et

l'histoire a flétri des noms les plus odieux ceux qui s'en sont rendus

coupables. Eh bien, demandez à ces messieurs de l'armée de Condé s'ils

ne croient pas faire la plus belle chose du monde en tuant le plus

qu'ils peuvent des soldats de la république française? Cependant, nous

ne pouvons pas en bonne conscience, encourager cette erreur. Encore

s'ils se bornaient à nous faire ouvertement la guerre; mais, non

contents de soulever nos plus beaux départements contre la république,

ils viennent en fraude à Paris, dans de fort mauvaises intentions, et

ils nous mettent dans l'obligation de les arrêter.

--Je crois pouvoir affirmer qu'en venant en secret à Paris, Édouard

de Montévreux n'avait d'autre projet que de solliciter sa rentrée en

France.

--Peut être aussi voulait-il voir sa mère? ajouta le ministre en fixant

sur Ellénore un regard scrutateur.

--Sa mère? répéta-t-elle avec surprise.

--Oui, reprit Fouché à voix basse, la ci-devant duchesse de Montévreux:

celle que vous connaissez trop bien, citoyenne, est en ce moment cachée

à Paris, et vous le savez aussi bien que moi.

--Je l'ignore, je vous le jure!

--Je m'attendais à cette réponse, elle fait honneur à votre caractère:

aussi n'est-ce pas dans l'espoir d'apprendre par vous où elle se cache

que je vous en parle; c'est, au contraire, pour que vous lui fassiez

parvenir un avis salutaire.

--Je n'en ai aucun moyen, vous dis-je, et je vous crois mal informé, car

la duchesse de Montévreux a trop de prudence et d'amour d'elle-même pour

s'exposer ainsi à toute la rigueur de vos lois contre les émigrés.

Puis, Ellénore, tout à la crainte de nuire par la moindre parole

inconséquente à la femme qui était la cause de tous ses malheurs, se

disait intérieurement:

--Voilà donc pourquoi je suis mandée ici; cet homme, me jugeant d'après

lui, attend de mon juste ressentiment la dénonciation qui doit mettre

en son pouvoir ma plus cruelle ennemie. Voyons ce que sa finesse tentera

pour me corrompre.

--Les plus beaux sentiments nous égarent quelquefois, reprit le ministre

avec un air de bonhomie. Vous croyez peut-être rendre service à la mère

et au fils en refusant de vous charger de faire savoir à la première que

sa lettre au citoyen Demerville a été surprise, et qu'elle contient une

phrase entre autres qui la mènerait tout droit à l'échafaud, si nous la

mettions en jugement.

Ici, Fouché s'arrêta, pour contempler la pâleur qui couvrit tout à coup

les traits d'Ellénore. Ne pouvant la soupçonner d'être si émue à l'idée

du danger d'une ennemie.--Elle aime le fils, pensa-t-il, et cet amour-là

m'aidera à tout savoir.

--Le premier consul sait, continua-t-il, que le complot tramé contre

sa vie avait pour chefs des émigrés qui ont abaissé leur fierté jusqu'à

traiter avec des républicains, ou plutôt des sectateurs de Robespierre,

et cela dans la noble intention de le faire assassiner à la sortie de

l'Opéra; lui, dont le système politique admettait l'oubli des torts

comme un moyen de s'acquérir la popularité; lui qui me recommande

tous les jours l'indulgence pour les émigrés qui se convertissent et

reviennent au culte de la patrie; lui qui a autant d'horreur pour la

guerre civile que de passion pour la guerre étrangère; l'assassiner!

pour prix de sa peine à rétablir l'ordre, à rendre à chacun les

moyens d'existence que lui ont enlevé les troubles et l'anarchie. Vous

conviendrez qu'on s'indignerait à moins, et qu'il est permis de sévir

contre des ennemis si sottement ingrats. Eh bien, ces ennemis contre

lesquels la loi serait inexorable, nous voulons leur sauver la vie; mais

à condition qu'ils sortiront sans délai du territoire de la République.

--Vous oubliez, citoyen, qu'il est aussi difficile de sortir de

France que d'y rentrer, et qu'à moins d'être muni de tous les papiers

nécessaires...

--Je les donnerai, interrompit vivement le ministre...

Puis s'arrêtant un moment, il ajouta:

--Dès que je saurai positivement que la ci-devant duchesse consent à en

faire usage.

--Je vous le répète, j'ignore où elle se cache. Autrement, je lui

conseillerais de profiter de votre avis.

--Et ce serait fort prudent; car son arrestation une fois ébruitée, je

ne serai plus maître d'en atténuer les suites. La lettre qui l'accuse

est déjà dans les mains du grand juge... Réfléchissez... Ah! mon Dieu!

le moindre indice peut nous mettre sur la trace. Ne nous exposez pas à

frapper à faux.

--Frappez à votre gré, mettez-moi en prison, vous n'en saurez pas

davantage.

--Même en exilant les gens qui vous sont chers?

--Mes amis sont blasés sur les persécutions.

--Pourquoi me faire repentir de leur avoir accordé de faux certificats

de résidence? C'est à cet excès de bonté que je dois l'embarras où je

me trouve et les reproches du gouvernement. Je devais me défier de

la prétendue loyauté chevaleresque de ces émigrés, qui leur permet de

prêter le serment de fidélité au premier consul le jour même où ils

méditent son assassinat.

--Tous ne sont pas si ingrats, dit Ellénore en cherchant à surmonter

son trouble. Le jeune de La Menneraye, auquel vous avez daigné vous

intéresser est, dit-on, maintenant un des officiers les plus distingués

de l'armée d'Italie, et celui-là ne vous donnera jamais lieu de vous

repentir de votre protection pour lui. Il est la preuve vivante de ce

qu'un gouvernement peut gagner à employer la générosité plutôt que la

rigueur.

--C'est précisément quelques exceptions de ce genre qui nous ont fait

fermer les yeux sur la rentrée en France des complices d'Aréna. Le jeune

Montévreux est du nombre. Sa mère les connaît tous; il faut qu'elle nous

les livre ou qu'elle partage leur sort.

--Et c'est sur moi que vous comptiez pour vous rendre ce service?

Heureusement, je n'en ai ni le pouvoir ni la volonté.

--Tant pis pour eux, car c'est la protection qu'ils trouvent contre

nous qui les perd; rappelez-vous, madame, qu'en refusant de nous aider à

trouver les vrais coupables, vous vous rangez parmi nos ennemis, et que

vous nous forcez à surveiller vos démarches.

--Surveillez, épiez même, je ne conspire pas. Je hais les assassins de

tous les partis, et ne crains pas qu'on me surprenne à les protéger.

En ce moment, on entr'ouvrit la porte du cabinet, puis une voix dit:

--C'est l'heure du conseil.

--J'y vais, répondit Fouché. Pardon, citoyenne, de vous quitter ainsi,

ajouta-t-il en se levant, mais un devoir impérieux m'appelle aux

Tuileries. J'aurais désiré m'y rendre muni des renseignements que vous

auriez pu me donner, et, par conséquent, plus en état d'agir en faveur

des gens qui vous intéressent; mais, loin d'imiter votre manque de

confiance, je vous dirai que leur sort à tous, à commencer par celui de

l'émigré trouvé chez vous, dépend de votre discrétion à ne pas parler de

cet entretien, et de votre complaisance à nous faire connaître l'asile

où se cache l'ex-duchesse de Montévreux.

En finissant ces mots, Fouché offrit sa main de la façon la plus galante

à madame Mansley, pour la reconduire jusqu'à sa voiture, et ils se

séparèrent fort mécontents l'un de l'autre.

Ellénore, Volume II · 第 22 / 47 题