«Vous ne devineriez jamais, ma Ghislaine, qui j’ai rencontré tantôt
sur la plage!... M. de Bresles!... Vous vous souvenez, n’est-ce
pas?... Votre ami, Marc de Bresles!
«J’étais venue voir la mer, démontée par un vent furieux, si fort que,
tout à coup, il a dénoué mon voile et l’a,--très indiscrètement,--jeté
au visage d’un promeneur qui arrivait, lequel promeneur a saisi le
chiffon de tulle en question et me l’a rendu... Tout de suite, tandis
que nous échangions de corrects saluts, j’ai eu l’impression que
j’avais déjà vu ce monsieur quelque part, et je ne sais comment le nom
de M. de Bresles a surgi dans mon souvenir.
«Mais comme je pensais votre ami bien loin de France, j’ai cru m’être
trompée. C’était lui pourtant! Le lendemain matin, sur la plage, M. de
Gannes me l’a présenté et je me suis étonnée de ne pas l’avoir reconnu
sans hésiter. Il est tellement le même qu’autrefois, plus mince et
plus brun peut-être, mais il a toujours sa même expression de visage
énergique et volontaire, son même regard très pénétrant, très vif et,
par instants, très doux,--d’une douceur inattendue, qui, comme son
sourire, ressemble à une soudaine clarté de soleil dans un paysage
sévère.
«Maman, votre ami, malgré son air un brin impérieux, doit être d’une
bonté très délicate et je ne sais pourquoi j’imagine que ceux qu’il
aime, il doit bien les aimer, mais aussi il doit pardonner
difficilement, très difficilement, à ceux qui l’ont déçu... Est-ce que
je me trompe?... Il m’a demandé de vos nouvelles. Et quelque chose
dans sa voix m’a tout à coup rappelé--et si vivement!--ce dernier jour
où je l’avais entendue, quand il était venu vous dire adieu, et que,
sans le vouloir, j’avais interrompu votre conversation... Ce dont,
encore aujourd’hui, je suis confuse! Quel vieux temps que celui-là,
n’est-ce pas, Ghislaine chérie? S’il est possible, je vous aime plus
encore qu’en ce temps-là!»