Le roman finit au moment où M. Bouquet allait devenir
intéressant.
--Toc! toc!
(Mais je me suis trompé en écrivant le titre du chapitre précédent.
C'est ici la vraie apothéose des Funambules, avec l'air rose! Il marche
vivant dans son rêve étoilé.)
--Toc! toc!
C'est elle, Naïs, la petite Naïs avec sa robe de soie blanche et son
cachemire collé à son beau corps! Naïs avec sa tête d'enfant noyée de
tresses blondes!
--Mon cher seigneur, dit-elle en entrant, j'ai senti, où j'étais, que
vous alliez faire une bêtise! Dites, mon âme?
--Mademoiselle, répond Médéric, asseyez-vous et buvez ce vin parfumé
comme vos lèvres. Je vous jure que je vous aime comme jamais Juliette
n'a aimé Roméo. Et voici votre _dormette_, qui étale sur sa couchette
d'ébène des blancheurs de neige et d'ivoire!
Et Médéric fut si joyeux qu'il se récita tout d'une haleine _Le Triomphe
de Pétrarque_, cette ode qui ressemble à un vase de diamants empli
jusqu'aux bords de pleurs limpides.
Et il jeta par la fenêtre un exemplaire de _L'Ombre d'Éric_.
Au dehors, la nuit était sereine. Et cependant, ta poitrine, ô Naïs,
brillait plus blanche que ce clair de lune!
Et ses lèvres! ô Sappho et Phryné, mes amantes idéales, qu'eussiez-vous
dit en les voyant fleurir comme les lauriers-roses sur les bords
argentés de vos fleuves!
Cependant, plus prompt que la mort envoyée par l'Objibewas, habile à
lancer les traits;
Plus rapide que _Le Véloce_, qui brûlait plus de treize cents francs de
charbon par jour pour porter Alexandre Dumas et sa compagnie;
M. Bouquet, l'estimable concierge de Médéric, courait à toutes jambes
vers le numéro 1 de la rue du Havre, porteur d'une lettre ainsi conçue:
_A M. de Bourgjoly des Aubiers._
Monsieur,
Mon médecin et ami, le docteur Crestié, m'a, sur mes instances,
laissé voir la triste vérité dans toute son horreur. Je suis
poitrinaire, monsieur, et je ne verrai pas la nature renaître au
printemps prochain.
Il ne me reste plus qu'à pleurer l'honneur de votre alliance et
mademoiselle des Aubiers, cet ange pour lequel j'irai prier les
anges du ciel.
Je mourrai, en me disant, monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,