CHAPITRE IV.

_Des opérations purement mécaniques qui ont pour objet de diviser les

corps._

§. PREMIER.

_De la Trituration, de la Porphirisation, & de la Pulvérisation._

La trituration, la porphirisation & la pulvérisation ne sont, à

proprement parler, que des opérations mécaniques préliminaires, dont

l'objet est de diviser, de séparer les molécules des corps, & de les

réduire en particules très-fines. Mais quelque loin qu'on puisse

porter ces opérations, elles ne peuvent jamais résoudre un corps en

ses molécules primitives & élémentaires: elles ne rompent pas même, à

proprement parler, son aggrégation; en sorte que chaque molécule après

la trituration & la porphirisation, forme encore un tout semblable

à la masse originaire qu'on avoit eu pour objet de diviser, à la

différence des opérations vraiment chimiques, telles, par exemple, que

la dissolution qui détruit l'aggrégation du corps, & écarte les unes

des autres les molécules constitutives & intégrantes qui le composent.

Toutes les fois qu'il est question de diviser des corps fragiles &

cassans, on se sert pour cette opération de mortiers & de pilons,

_figures 1, 2, 3, 4 & 5, planche I_. Ces mortiers sont ou de fonte de

cuivre & de fer comme celui représenté, _figure 1_; ou de marbre & de

granit, comme celui représenté, _figure 2_; ou de bois de gayac, comme

celui représenté, _figure 3_; ou de verre, comme celui représenté,

_figure 4_; ou d'agathe, comme celui représenté, _figure 5_: enfin

on en fait aussi de porcelaine, comme celui représenté, _figure 6_.

Les pilons dont on se sert pour triturer les corps sont aussi de

différentes matières. Ils sont de fer ou de cuivre forgé, comme dans la

figure première, de bois, comme dans les figures 2 & 3; enfin de verre,

de porcelaine ou d'agathe, suivant la nature des objets qu'on veut

triturer. Il est nécessaire d'avoir dans un laboratoire, un assortiment

de ces instrumens de différente grandeur. Les mortiers de porcelaine, &

sur-tout ceux de verre, ne peuvent pas être employés à la trituration

proprement dite, & ils seroient bientôt en pièces si on frappoit

dedans, sans précaution, à coups redoublés. C'est en tournant le pilon

dans le mortier, en froissant avec adresse & dextérité les molécules

entre le pilon & les parois du mortier qu'on parvient à opérer la

division.

La forme des mortiers n'est point indifférente; le fond en doit être

arrondi, & l'inclinaison des parois latérales doit être telle que les

matières en poudre retombent d'elles-mêmes quand on relève le pilon:

un mortier trop plat seroit donc défectueux, la matière ne retomberoit

& ne se retourneroit pas. Des parois trop inclinées présenteroient un

autre inconvénient, elles rameneroient une trop grande quantité de la

matière à pulvériser sous le pilon, elle ne seroit plus alors froissée

& serrée entre deux corps durs, & la trop grande épaisseur interposée

nuiroit à la pulvérisation.

Par une suite du même principe, il ne faut pas mettre dans le mortier

une trop grande quantité de matière; il faut sur-tout, autant qu'on

le peut, se débarrasser de tems en tems des molécules qui sont déjà

pulvérisées, & c'est ce qu'on opère par le tamisage, autre opération

dont il va être bientôt question. Sans cette précaution on employeroit

une force inutile, & on perdroit du tems à diviser davantage ce qui

l'étoit suffisamment, tandis qu'on n'acheveroit pas de pulvériser ce

qui ne l'est pas assez. En effet, la portion de matière divisée nuit à

la trituration de celle qui ne l'est pas; elle s'interpose entre le

pilon & le mortier, & amortit l'effet du coup.

La porphirisation a reçu sa dénomination du nom de la matière sur

laquelle elle s'opère. Le plus communément on a une table plate de

porphire ou d'une autre pierre du même degré de dureté ABCD, _planche

I, fig. 7_, sur laquelle on étend la matière qu'on se propose de

diviser; on la froisse ensuite & on la broye en promenant sur le

porphire une molette M, d'une pierre du même degré de dureté. La partie

de la molette qui porte sur le porphire, ne doit pas être parfaitement

plane: sa surface doit être une portion de sphère d'un très-grand

rayon; autrement quand on promeneroit la molette sur le porphire, la

matière se rangeroit tout autour du cercle qu'elle auroit décrit,

sans qu'aucune portion s'engageât entre deux, & il n'y auroit pas de

porphirisation. On est par la même raison obligé de faire retailler de

tems en tems les molettes, qui tendent à devenir planes, à mesure qu'on

s'en sert. L'effet de la molette étant d'écarter continuellement la

matière & de la porter vers les extrêmités de la table de porphire, on

est obligé de la ramener souvent & de l'accumuler au centre: on se sert

à cet effet d'un couteau de fer, de corne ou d'ivoire, dont la lame

doit être très-mince.

Dans les travaux en grand on préfère, pour opérer le broyement, l'usage

de grandes meules de pierres dures qui tournent l'une sur l'autre, ou

bien d'une meule verticale qui roule sur une meule horisontale. Dans

tous ces cas, on est souvent obligé d'humecter légèrement la matière,

dans la crainte qu'elle ne s'élève en poussière.

Ces trois manières de réduire les corps en poudre, ne conviennent pas

à toutes les matières: il en est qu'on ne peut parvenir à diviser,

ni au pilon, ni au porphire, ni à la meule; telles sont les matières

très-fibreuses, comme le bois; telles sont celles qui ont une sorte

de ténacité & d'élasticité, comme la corne des animaux, la gomme

élastique, &c. tels sont enfin les métaux ductiles & malléables, qui

s'applatissent sous le pilon au lieu de s'y réduire en poudre.

On se sert pour les bois de grosses limes connues sous le nom de rapes

à bois, _pl. I, fig. 8_. On se sert pour la corne de limes un peu

plus fines; enfin on emploie pour les métaux des limes encore plus

fines, telles sont celles représentées _figures 9 & 10_.

Il est quelques substances métalliques qui ne sont ni assez cassantes

pour être mises en poudre par trituration, ni assez dures pour pouvoir

être limées commodément. Le zinc est dans ce cas; sa demi-malléabilité

empêche qu'on ne puisse le pulvériser au mortier: si on le lime il

empâte la lime, il en remplit les interstices, & bientôt elle n'a

presque plus d'action. Il y a une manière simple pour réduire le zinc

en poudre, c'est de le piler chaud dans un mortier de fonte de fer

également chaud; il s'y triture alors aisément. On peut encore le

rendre cassant, en le fondant avec un peu de mercure. Les artificiers

qui employent le zinc pour faire des feux bleus, ont recours à l'un de

ces deux moyens. Quand on n'a pas pour objet de mettre les métaux dans

un très-grand état de division, on peut les réduire en grenailles en

les coulant dans de l'eau.

Enfin il y a un dernier moyen de diviser, qu'on emploie pour les

matières à la fois pulpeuses & fibreuses, telles que les fruits, les

pommes de terre, les racines, &c. On les promène sur une rape, _planche

I, fig. 11_, en donnant un certain degré de pression, & on parvient

ainsi à les réduire en pulpe. Tout le monde connoît la rape, & il

seroit superflu d'en donner une description plus étendue.

On conçoit que le choix des matières avec lesquelles on opère la

trituration, n'est point indifférent: on doit bannir le cuivre de

tout ce qui a rapport aux alimens, à la pharmacie, &c. Les mortiers

de marbre ou ceux de matières métalliques ne peuvent être employés

pour triturer les matières acides; c'est ce qui fait que les mortiers

de bois très-dur, tel que le gayac & ceux de verre de porcelaine & de

granit, sont d'une grande commodité dans un laboratoire.

§. II.

_Du Tamisage & du Lavage._

De quelque moyen mécanique qu'on se serve pour diviser les corps, on

ne peut parvenir à donner le même degré de finesse à toutes leurs

parties. La poudre qu'on obtient de la plus longue & de la plus exacte

trituration, est toujours un assemblage & un mêlange de molécules

de différentes grosseurs. On parvient à se débarrasser des plus

grossières, & à n'avoir qu'une poudre beaucoup plus homogène, en

employant des tamis, _figures 12, 13, 14 & 15, planche I_, dont la

grandeur de la maille soit proportionnée à la grosseur des molécules

qu'on se propose d'obtenir: tout ce qui est supérieur en grosseur aux

dimensions de la maille, reste sur le tamis, & on le repasse au pilon.

On voit deux de ces tamis représentés _figures 12 & 13_. L'un, _fig.

12_, est de crin ou de soie; l'autre, _fig. 13_, est de peau dans

laquelle on a fait des trous ronds avec un emporte-pièce: ce dernier

est en usage dans l'art de fabriquer la poudre à canon & la poudre de

chasse. Lorsqu'on est obligé de tamiser des matières très-légères,

très-précieuses & qui se dispersent aisément; ou bien lorsque répandues

dans l'air elles peuvent être nuisibles à ceux qui les respirent, on

se sert de tamis composés de trois pièces, _fig. 14 & 15_; savoir d'un

tamis proprement dit ABCD, _fig. 15_, d'un couvercle EF, & d'un fond

GH: on voit ces trois parties assemblées, _fig. 14_.

Il est un autre moyen plus exact que le tamisage, d'obtenir des poudres

de grosseur uniforme, c'est le lavage; mais il n'est praticable

qu'à l'égard des matières qui ne sont point susceptibles d'être

attaquées & altérées par l'eau. On délaye & on agite dans l'eau ou

dans quelqu'autre liqueur les matières broyées qu'on veut obtenir en

poudres de grosseur homogène; on laisse reposer un moment la liqueur,

puis on la décante encore trouble; les parties les plus grossières

restent au fond du vase. On décante une seconde fois, & on a un second

dépôt moins grossier que le premier. On décante une troisième fois

pour obtenir un troisième dépôt, qui est au second pour la finesse ce

que le second est au premier. On continue cette manœuvre jusqu'à ce

que l'eau soit éclaircie; & la poudre grossière & inégale qu'on avoit

originairement, se trouve séparée en une suite de dépôts qui, chacun en

particulier, sont d'un degré de finesse à peu près homogène.

Le même moyen, le lavage, ne s'emploie pas seulement pour séparer les

unes des autres les molécules de matières homogènes, & qui ne différent

que par leur degré plus ou moins grand de division; il fournit une

ressource non moins utile pour séparer des matières du même degré

de finesse, mais dont la pesanteur spécifique est différente: c'est

principalement dans le travail des mines qu'on fait usage de ce moyen.

On se sert pour le lavage dans les laboratoires, de vaisseaux de

différentes formes, de terrines de grès, de bocaux de verre, &c.

quelquefois pour décanter la liqueur sans troubler le dépôt qui s'est

formé, on emploie le siphon. Cet instrument consiste en un tube de

verre ABC, _planche II, fig. 11_, recourbé en B, & dont la branche

BC doit être plus longue de quelques pouces que celle AB. Pour n'être

point obligé de le tenir à la main, ce qui pourroit être fatiguant dans

quelques expériences, on le passe dans un trou pratiqué au milieu d'une

petite planche DE. L'extrémité A du siphon doit être plongée dans la

liqueur du bocal FG, à la profondeur jusqu'à laquelle on se propose de

vuider le vase.

D'après les principes hydrostatiques sur lesquels est fondé l'effet

du siphon, la liqueur ne peut y couler qu'autant qu'on a chassé l'air

contenu dans son intérieur: c'est ce qui se pratique au moyen d'un

petit tube de verre HI, soudé hermétiquement à la branche BC. Lors donc

qu'on veut procurer par le moyen du siphon l'écoulement de la liqueur

du vase FG dans celui LM, on commence par boucher avec le bout du doigt

l'extrémité C de la branche BC du siphon; puis on suce avec la bouche,

jusqu'à ce qu'on ait retiré tout l'air du tube & qu'il ait été remplacé

par de la liqueur: alors on ôte le doigt, la liqueur coule & continue à

passer du vase FG dans celui LM.

§. III.

_De la Filtration._

On vient de voir que le tamisage étoit une opération par laquelle on

séparoit les unes des autres des molécules de différentes grosseurs;

que les plus fines passoient à travers le tamis, tandis que les plus

grossières restoient dessus.

Le filtre n'est autre chose qu'un tamis très-fin & très-serré, à

travers lequel les parties solides, quelque divisées qu'elles soient,

ne peuvent passer, mais qui est cependant perméable pour les fluides;

le filtre est donc, à proprement parler, l'espèce de tamis qu'on

employe pour séparer des molécules solides qui sont très-fines, d'un

fluide dont les molécules sont encore plus fines.

On se sert à cet effet, principalement en pharmacie, d'étoffes épaisses

& d'un tissu très serré: celles de laine à poils sont les plus propres

à remplir cet objet. On leur donne ordinairement la forme d'un cône,

_planche II, fig. 2_: cette espèce de filtre porte le nom de chausse

qui est relatif à sa figure. La forme conique a l'avantage de réunir

toute la liqueur qui coule, en un seul point A, & on peut alors la

recevoir dans un vase d'une ouverture très-petite; ce qui ne pourroit

pas avoir lieu, si la liqueur couloit de plusieurs points. Dans les

grands laboratoires de pharmacie, on a un chassis de bois représenté

_planche II_, _fig. 1_, dans le milieu duquel on attache la chausse.

La filtration à la chausse ne peut être applicable qu'à quelques

opérations de pharmacie; mais comme dans la plupart des opérations

chimiques un même filtre ne peut servir qu'à une même nature

d'expériences, comme il faudroit avoir un nombre de chausses

considérables & les laver avec un grand soin à chaque opération, on y

a substitué une étoffe très-commune, à très-bon marché, qui est à la

vérité très-mince, mais qui, attendu qu'elle est feutrée, compense par

le serré de son tissu ce qui pourroit lui manquer en épaisseur: cette

étoffe est du papier non collé. Il n'est aucun corps solide, quelque

divisé qu'il soit, qui passe à travers les pores des filtres de papier;

les fluides au contraire les traversent avec beaucoup de facilité.

Le seul embarras que présente le papier employé comme filtre, consiste

dans la facilité avec laquelle il se perce & se déchire, sur-tout

quand il est mouillé. On remédie à cet inconvénient, en le soutenant

par le moyen de diverses espèces de doublures. Si on a des quantités

considérables de matières à filtrer, on se sert d'un chassis de bois

ABCD, _planc. II, fig. 3_, auquel sont adaptées des pointes de fer ou

crochets: on pose ce chassis sur deux petits traiteaux, comme on le

voit _fig. 4_. On place sur le quarré une toile grossière, qu'on tend

médiocrement & qu'on accroche aux pointes ou crochets de fer. On étend

ensuite une ou deux feuilles de papier sur la toile, & on verse dessus

le mêlange de matière liquide & de matière solide dont on veut opérer

la séparation. Le fluide coule dans la terrine ou autre vase quelconque

F, qu'on a mis sous le filtre. Les toiles qui ont servi à cet usage,

se lavent, ou bien on les renouvelle, si on a lieu de craindre que les

molécules dont elles peuvent rester imprégnées, ne soient nuisibles

dans des opérations subséquentes.

Dans toutes les opérations ordinaires & lorsqu'on n'a qu'une médiocre

quantité de liqueur à filtrer, on se sert d'entonnoirs de verre,

_planche II_, _fig. 5_, pour contenir & soutenir le papier; on le plie

alors de manière à former un cône de même figure que l'entonnoir.

Mais alors on tombe dans un autre inconvénient; le papier, lorsqu'il

est mouillé, s'applique tellement sur les parois du verre, que la

liqueur ne peut couler & qu'il ne s'opère de filtration que par la

pointe du cône: alors l'opération devient très-longue; les matières

hétérogènes d'ailleurs que contient la liqueur étant communément

plus lourdes que l'eau, elles se rassemblent à la pointe du cône de

papier, elles l'obstruent, & la filtration ou s'arrête, ou devient

excessivement lente. On a imaginé différens procédés pour remédier à

ces inconvéniens, qui sont plus graves qu'on ne le croiroit d'abord,

parce qu'ils se répètent tous les jours dans le cours des opérations

chimiques. Un premier moyen a été de multiplier les plis du papier,

comme on le voit _fig. 6_, afin que la liqueur, en suivant les sillons

que forment les plis, pût arriver à la pointe du cône: d'autres ont

joint à ce premier moyen l'usage de fragmens de paille, qu'on place

& qu'on arrange dans l'entonnoir avant d'y placer le papier. Enfin,

le dernier moyen employé & qui me paroît réunir le plus d'avantages,

consiste à prendre de petites bandes de verre, telles qu'on en trouve

chez tous les vitriers, & qui sont connues sous le nom de rognures

de verre. On les courbe par le bout à la lampe, de manière à former

un crochet qui s'ajuste dans le bord supérieur de l'entonnoir; on en

dispose six à huit de cette manière, avant de placer le papier. Ces

bandes de verre le maintiennent à une distance suffisante des parois de

l'entonnoir, pour que la filtration s'opère. La liqueur coule le long

des bandes de verre, & se rassemble à la pointe du cône.

On voit quelques-unes de ces bandes représentées _fig. 8_: on voit

aussi _fig. 7_ un entonnoir de verre garni de bandes de verre & d'un

papier à filtrer.

Lorsqu'on a un grand nombre de filtrations à faire marcher à la fois,

il est très-commode d'avoir une planche AB, _planche II, fig. 9_,

soutenue par des montans de bois AC, BD, & percée de trous pour y

placer les entonnoirs.

Il y a des matières très-épaisses & très-visqueuses qui ne peuvent

passer à travers le papier, & qui ne peuvent être filtrées qu'après

avoir subi quelques préparations. La plus ordinaire consiste à battre

un blanc d'œuf, à le diviser dans ces liqueurs, & à les faire chauffer

jusqu'à l'ébullition. Le blanc d'œuf se coagule, il se réduit en

écume, qui vient monter à la surface & qui entraîne avec elle la plus

grande partie des matières visqueuses qui s'opposoient à la filtration.

On est obligé de prendre ce parti pour obtenir du petit-lait clair,

autrement il seroit très-difficile de le faire passer par le filtre. On

remplit le même objet à l'égard des liqueurs spiritueuses, avec un peu

de colle de poisson délayée dans de l'eau: cette colle se coagule par

l'action de l'alkool, sans qu'on soit obligé de faire chauffer.

On conçoit qu'une des conditions indispensables de la filtration est

que le filtre ne puisse pas être attaqué & corrodé par la liqueur qui

doit y passer; aussi ne peut-on pas filtrer les acides concentrés

à travers le papier. Il est vrai qu'on est rarement obligé d'avoir

recours à ce moyen, parce que la plupart des acides s'obtiennent par

voie de distillation, & que les produits de la distillation sont

presque toujours clairs. Si cependant dans quelques cas très-rares, on

est forcé de filtrer des acides concentrés, on se sert alors de verre

pilé, ou, ce qui est mieux encore, de morceaux de quartz ou de cristal

de roche grossièrement concassés & en partie réduits en poudre. On

place quelques-uns des plus gros morceaux dans le fond de l'entonnoir,

pour le boucher en partie; on met par dessus des morceaux moins gros,

qui sont maintenus par les premiers; enfin les portions les plus

divisées doivent occuper le dessus: on remplit ensuite l'entonnoir avec

de l'acide.

Dans les usages de la société, on filtre l'eau des rivières pour

l'obtenir limpide & séparée des substances hétérogènes qui la

salissent: on se sert à cet effet de sable de rivière. Le sable réunit

plusieurs avantages qui le rendent propre à cet usage: premièrement, il

est en fragmens arrondis, ou au moins dont les angles sont usés; & les

intervalles que présentent des molécules de cette figure, favorisent

le passage de l'eau. Secondement, ces molécules sont de différentes

grosseurs, & les plus fines se rangent naturellement entre les plus

grosses; elles empêchent donc qu'il ne se rencontre des vuides trop

grands qui laisseroient passer des matières hétérogènes. Troisièmement

enfin, le sable ayant été roulé & lavé par l'eau des rivières pendant

une longue révolution de tems, on est sûr qu'il est dépouillé de

toute substance soluble dans l'eau, & que par conséquent il ne peut

absolument rien communiquer à l'eau qui filtre au travers.

Dans tous les cas, comme dans celui-ci, où le même filtre doit servir

long-tems, il s'engorgeroit & la liqueur cesseroit d'y passer si on ne

le nétoyoit pas. Cette opération est simple à l'égard des filtres de

sable, il ne s'agit que de le laver dans plusieurs eaux successives &

jusqu'à ce qu'elle sorte claire.

§. IV.

_De la Décantation._

La décantation est une opération qui peut suppléer à la filtration

& qui, comme elle, a pour objet de séparer d'avec un liquide les

molécules concrètes qu'il contient. On laisse à cet effet reposer la

liqueur dans des vases ordinairement coniques & qui ont la forme de

verres à boire, comme celui représenté ABCDE, _planche II, fig. 10_.

On fait dans les verreries des vases de cette figure, qui sont

de différentes grandeurs; lorsqu'ils excèdent deux ou trois pintes

de capacité, on supprime le pied CDE, & on y supplée par un pied de

bois dans lequel on les mastique. La matière étrangère se dépose au

fond de ces vases par un repos plus ou moins long, & on obtient la

liqueur claire en la versant doucement par inclinaison. On voit que

cette opération suppose que le corps suspendu dans le liquide est

spécifiquement plus lourd que lui, & susceptible de se rassembler

au fond: mais quelquefois la pesanteur spécifique du dépôt approche

tellement de celle de la liqueur, & l'on est si près de l'équilibre,

que le moindre mouvement suffit pour le remêler; alors au lieu de

transvaser la liqueur & de la séparer par décantation, on se sert du

siphon représenté _fig. II_, & dont j'ai déjà donné la description.

Dans toutes les expériences où l'on veut déterminer avec une précision

rigoureuse le poids de la matière précipitée, la décantation est

préférable à la filtration, pourvu qu'on ait soin de laver à grande

eau & à plusieurs reprises le précipité. On peut bien, il est vrai,

déterminer le poids du précipité qu'on a séparé par filtration,

en pesant le filtre avant & après l'opération; l'augmentation de

poids que le filtre a acquise, donne le poids du précipité qui y est

resté attaché: mais quand les quantités sont peu considérables, la

dessication plus ou moins grande du filtre, les différentes proportions

d'humidité qu'il peut retenir, sont une source d'erreurs qu'il est

important d'éviter.

Traité élémentaire de chimie, tome 2 Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes; avec Figures · 第 14 / 39 题